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Publié par Alain Lequien dit Bourguignon La Passion

Lever vers 7h00. Après la douche et un solide petit-déjeuner, je quitte le sanctuaire et mes compagnons pour rejoindre Pierre-Marie avec l’intention initiale de me rendre à l’abbaye Notre-Dame de la Paix à Castagniers située hors du chemin de randonnée (GR). Contactées, les sœurs me confirment ne pouvoir me recevoir. J’envisage donc une solution de secours en me rendant dans un gite d’étape à Saint-Jeannet, de l’autre côté du Var, situé également hors du GR. C’est donc vers là ce matin que je vais me diriger.

Lors de l’annonce de mon cheminement sur le blog, Pierre-Marie a pris attache avec moi pour me proposer de réaliser cette seconde étape de concert. Un moyen pour lui de la découvrir, un plaisir pour moi de faire connaissance. C’est donc avec un grand plaisir que je le rejoins lorsqu’il me prévient qu’il se trouve devant le sanctuaire. Tout de suite, le courant passe. Nous sommes de la même veine, c’est un cherchant qui se cherche… Nous apprenons progressivement à nous connaitre. Si je suis content d’avoir un compagnon de route, très vite, je m’aperçois que j’ai les jambes en coton c’est-à-dire avec peu de peps comme disent les jeunes. Cela va s’accentuer dès la première montée sérieuse après Drap.

Certes, il s’agit de parcourir quatre cents mètres de dénivelé positif en quelques kilomètres dans le vallon de Cantaron jusqu'au col de Bordinas. Ils vont être difficiles à monter. Non seulement je manque de souffle, mais ces efforts vont me faire restituer à la terre nourricière mon petit-déjeuner. Les fruits acquis à Drap vont bien être utiles pour compenser en partie cette perte.     

Très gamin peut-être, je n’ose d’abord l’avouer : c’est une mauvaise journée qui s’annonce. Ce n’est pas la première fois qu’un tel événement m’arrive. Lorsque je suis seul, ce n’est pas bien grave. Je m’arrête, j’attends de voir venir, je me repose à l’ombre d’un arbre en somnolant et attends que cela passe. Personne ne dépend de moi. Par contre, lorsque je marche avec un compagnon de route avec lequel j’ai pris un engagement moral, cette situation est préjudiciable à ma sérénité.

À plusieurs reprises au cours du chemin, Pierre-Marie va m’attendre et m’encourager. Je le remercie sincèrement pour sa fraternité jacquaire. Cela va se traduire pour lui par un retard.

Arrivé à Tourrette-Levens, je me pose sérieusement la question de savoir s’il est raisonnable de continuer aujourd’hui. La solution n’est-elle pas de me reposer ici pour être plus en forme demain ? Devant l’église et d’une fontaine, Pierre-Marie m’attend et m’a même préparé un sandwich. Mais quand l’estomac est bousculé, on n’a pas faim. J’accepte son don en lui disant que je le mangerai plus tard. Après notre discussion autour des gites (l’accueil téléphonique de Saint-Jeannet est mitigé et commercial), il me propose de contacter le presbytère de La Gaude situé non loin de ce gite qui accueille les pèlerins gracieusement. C’est sur le Chemin. J’accepte cette proposition, et la réponse est positive. Direction donc La Gaude.  

Me disant que le plus dur est fait, nous repartons en direction du col d’Aspremont. De nouveau deux cents mètres de dénivelé positif… Au bout de dix-huit kilomètres, il faut me rendre à la raison, je ne suis pas en condition de parcourir la trentaine de kilomètres prévue. J’annonce à mon compagnon de cheminement que je rends les armes. Nous avons pris déjà deux heures de retard, et cela ne va pas s’arranger par miracle. Et puis, je ressens en moi une certaine honte, je l’avoue.

Il existe un hôtel qui est fermé. Les gens du village interrogés disent qu’il n’y a rien aux alentours. Je dis à mon compagnon de continuer, mais il se sent une certaine responsabilité envers moi.  C’est alors que va se produire un événement imprévisible, improbable, ce que certains appellent le hasard ou la synchronicité, d’autres plus croyants peut-être une sorte de miracle. Pierre-Marie voit apparaitre au carrefour un camion conduit par Georges, une personne qu’il n’a pas revue depuis longtemps. Pierre-Marie lui explique la situation et Georges qui habite justement La Gaude accepte de m’y emmener.

Que dire ? Ma bonne étoile est toujours là. Encore un exemple que lorsque la situation est assombrie, la petite lumière de l’espoir apparait… Je vais donc profiter de ce mode de locomotion qui me sort du pétrin. Merci encore à toi Pierre-Marie et à ta bienveillance. Je suis de tout cœur avec toi dans ta souffrance personnelle. Tu es une belle personne.

Arrivé sur place, je fais la connaissance de Jean-Marc qui tient le restaurant La Gaudriole. Il est censé détenir les clés du presbytère. Nous allons sympathiser, il va même m’offrir la bière d’arrivée. Une journée qui avait mal commencé pour moi au point de vue physique, et qui se termine avec des rencontres enrichissantes. Il ne faut jamais désespérer.   

Au presbytère, je fais la connaissance des personnes faisant la préparation d’un groupe de jeunes préparant leur confirmation. En partageant les pizzas de Jean-Marc, nous allons échanger sur le pèlerinage. Un moment sympathique. Comme je suis fatigué, je vais vite rejoindre mon lit que ces personnes ont sorti de la réserve.

Qu’ai-je vu du Chemin ? Beaucoup de choses certes, mais je n’en ai pas profité comme si j’avais été normalement bien physiquement. Je n’ai pas visité l’église consacrée à Saint-Jacques d’Aspremont… Chaque jour est un jour nouveau dit-on. Autant hier j’ai eu plaisir à vivre des émotions sur ce que j’ai vu, senti, ressenti, autant ce jour fut riche de la bienveillance de Pierre-Marie, de la sympathie de Georges, de Jean-Marc et des responsables du presbytère. Cela fait chaud au cœur de rencontrer de belles personnes qui ont cette notion du don.

À suivre.

Alain, dit Bourguignon la Passion.

P.s. : naturellement, dans le kilométrage indiqué, je ne mets que les kilomètres effectivement parcourus.

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AmiGilbertAhuy 02/05/2018 18:56

Tous ces ennuis physiques et ces galères nous apprennent l'humilité sur ces grands Chemins ! Moi même j'ai connu ça, lors de mon premier voyage vers Compostelle depuis Dijon... mes ennuis ont commencer vers Moissac...grosses tendinites au tendon d'Achille du pied droit ! je n'ai pas voulu tout de suite abandonner...et j'ai galérer en boitant jusqu'à Arzaq Arraziguet où j'avais passé 3 jours pour essayer de me soigner, et où il m'avait fallu abdiquer. J'ai rejoint Pau en bus pour prendre un train et revenir sur Dijon. Cela ne m'a pas empêché de repartir sur des chemins de Compostelle durant les 8 années suivantes ! mais ces fois là, je ne me prenais plus pour le roi de la marche à pied !
Gilbert d'Ahuy