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Publié par Alain Lequien dit Bourguignon La Passion

Sans prendre mon petit-déjeuner, l’hôtel ne le préparant pas, et ne trouvant rien sur ma route, je pars à la fraîche vers 6 h 30 en direction de Baroville, un village viticole, en passant par Fontaine. Il faut grimper, mais pas si haut que cela. Le temps est lourd, et peu à peu, je passe au milieu de vignes avant et après le village avec de beaux petits dénivelés.    

En suivant des chemins agricoles blancs, je rejoins la forêt domaniale de Clairvaux. Pendant plusieurs kilomètres, je vais suivre la Sommière des Moines sur plusieurs kilomètres. Cette voie rectiligne servait aux bêtes de somme à déplacer des grumes importantes et encombrantes. Quasiment tout le long, je suis agressé au moindre arrêt par des guêpes agressives. De loin, j’aperçois même deux sangliers traverser le chemin forestier.   

Au bout d’une dizaine de kilomètres depuis mon départ, je m’approche de Clairvaux. En longeant les murs de l’abbaye, je rencontre la dame vue hier à Bar-sur-Aube avec son mari sportif. Elle attend ce dernier qui doit bientôt arriver en courant à dix kilomètres par heure. Nous nous donnons rendez-vous près du pont de l’Aube où elle a stationné son camping-car.

   C’est au Val d’Absinthe qu’en 1115, un jeune abbé cistercien, le futur Bernard de Clairvaux accompagné [1]de quelques moines venus de Cîteaux, vint défricher une clairière de terre aride au cœur de la vieille forêt gauloise aux confins de la Champagne et de la Bourgogne. Cette Clara vallis, cette Claire vallée plantée de vignes, de forges et de moulins va devenir un haut lieu de l’histoire religieuse. L’abbaye resta puissante jusqu’à la Révolution où, confisquée, elle fut vendue à un industriel. 

En 1808, Napoléon modifia le régime pénal français. Il racheta Clairvaux pour en faire la plus grande prison de son temps. La prison fermera en 2022. En 1832, Clairvaux fut au centre d’un débat de société sur la peine de mort grâce à Victor Hugo[2] qui en fit le lieu d’un de ses ouvrages. J’ai moi-même, dans Haine tenace contre un Républicain, raconté comment le héros de cette histoire vraie vécut ses deux années d’emprisonnement pour avoir porté une cocarde tricolore.

Je ne peux pas visiter le lieu, les groupes sont limités, et il fallait retenir sa place par Internet, Covid oblige. Masque obligatoire, c’est normal, et prise de photo prohibée à cause de la Maison centrale me dit-on. Dur ! dur ! Je reste donc dans l’entrée. Encore un lieu où il va falloir revenir.

Au pont, je retrouve mon sportif et son épouse. Il vient d’arriver tout en sueur et déshydraté. Nous nous asseyons sur un banc pour manger un morceau. Et puis, comme il me reste du chemin à parcourir, je repars. Je rejoins une forêt où je vais rester un bon moment.

En cherchant le gîte et le couvert pour ce soir, je quitte le tracé officiel de la Francigena pour rejoindre Cirfontaines-en-Azois, sur le chemin historique où j’arrive liquéfié. Entre-temps, je suis passé de l’Aube à la Haute-Marne.

   En cours de chemin, j’ai essayé à plusieurs reprises de contacter la famille d’accueil de ce village, en vain. J’arrive à contacter Marie-Hélène à Braux-le-Châtel qui accepte de m’accueillir. C’est un détour de sept kilomètres d’autant que j’ai déjà parcouru 29 kilomètres. Je sens que je vais me traîner… Apercevant une famille devant sa maison, je m’y dirige pour demander de l’eau. Me voyant dans un état de fatigue, Jean-Claude me propose d’entrer pour boire un café. Ils étaient en famille et nous discutons de mon cheminement.

Généreusement, ce militaire de Chaumont se propose de m’emmener en voiture pour terminer l’étape. Je ne peux qu’accepter étant donné que le thermomètre avoisine les 40°.  Merci Jean-Claude.

   C’est ainsi que j’arrive chez mon hôtesse du soir qui m’accueille avec simplicité et grand cœur. Après la douche, le lavage du linge, je me repose dans la fraîcheur de ce petit studio jusqu’au dîner. Un bon repas d’autant que j’ai peu mangé aujourd’hui.

   Nous faisons un tour dans l’église du village avec une élue locale.

   C’est bien fatigué que je m’endors dans un lit moelleux. Merci à vous Marie-Hélène.

   À demain… Alain dit Bourguignon la Passion

 

[1] Saint Bernard, inspirateur de la règle de vie des Templiers, justifia théologiquement leur statut de moines-soldats en confirmant qu’il n’était pas incompatible pour un religieux de porter l’épée et de tuer.

[2] Victor Hugo, Claude Gueux, collection « Les Atemporels » de JDH Éditions.

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