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Publié par Alain Lequien dit Bourguignon La Passion

C’est après un bon petit-déjeuner avec mes hôtes que je vais entreprendre ma dernière étape française complète. En effet, demain, en cours de journée je passerai la frontière suisse. Mon premier grand arrêt est à Pontarlier, la cité de l’absinthe. Le ciel est bien dégagé, et même s’il est tôt, le soleil est déjà bien présent.

Repassant au centre d’Ouhans, j’aperçois de plus près Notre-Dame des Anges, cette fois-ci, presque à mon niveau. J’entreprends d’abord une longue descente, suivie d’une longue montée asphaltée me ramenant vers la forêt. Au pied du mont Séverin, un chalet de bois me permet de faire mon premier petit arrêt. Chez Phébus, en temps normal, est un lieu permettant aux randonneurs, aux chasseurs peut-être (présence d’un dessin de sanglier) de faire une halte dégustative. Là, c’est le désert.

   Je retrouve ce que j’aime particulièrement, ces longs chemins forestiers souples et ombragés, leurs différentes odeurs, le chant des oiseaux, parfois la rosée… Ici, il fait bon, et la présence d’une coquille signalée VF (Via Francigena) me rassure, si besoin était, que je suis dans la bonne direction. En route, je rencontre des forestiers faisant leur office. La forêt est devenue une grosse exploitation, un peu comme une usine en plein air avec le bruit des tronçonneuses, le ballet des engins déplaçant les troncs… Heureusement, peu à peu ce bruit s’éloigne pour mon plus grand plaisir.

Après une traversée de champs cultivés et de pâturages en plein soleil, je retrouve de nouveau ma forêt chérie. J’y fais halte un moment. Un peu plus loin, je passe près d’un lac où j’entends des enfants s’ébattent et rirent à pleins poumons. C’est ainsi que j’arrive à Vuillecin. La route vers Pontarlier est ouverte.

   Je me rends à l’Office de Tourisme, car j’hésite entre deux routes : la voie historique passant par Jougne, à la frontière suisse, ou le chemin passant par Sainte-Croix. Après échanges, je choisis la première option me faisant passer par le Château de Joux.        

Pontarlier, la capitale française de l’absinthe depuis qu’en 1805, elle fut importée de Suisse. En 1915, la boisson est frappée d’interdiction en France, ce qui sonne le glas des distilleries locales. La fée vert sombre peu à peu dans l’oubli. Cette décision fut abrogée en 2011.

En fait, je ne vais rester que le temps de manger une grande salade. Je quitte la cité pour prendre la direction de La Cluse-et-Mijoux non par la route, mais par la forêt communale en direction de la Combe du Creux où je rejoins le GR5, le Chemin du Jura. Je me balade ainsi à 1 000 mètres d’altitude. Autant dire que la montée fut raide, mais la vue magnifique.  

   C’est ainsi que j’arrive au fort Malher, un fortin militaire construit au 19e siècle. Son nom fut donné en référence à un général de la Révolution et du Premier Empire. Il avait pour missions de protéger le fort (ou le château) de Joux, et de renforcer la défense du passage de la cluse de Pontarlier. Depuis 1968, il est inscrit aux Monuments historiques. De loin, on aperçoit en effet le château de Joux. J’y rencontre un couple de professeurs belges que je croiserais ce soir. Ils suivent le GR5 qui fait route commune avec la Francigena jusqu’à Jougne.

Le fort Malher, un fortin militaire.
Le fort Malher, un fortin militaire.
Le fort Malher, un fortin militaire.

Le fort Malher, un fortin militaire.

C’est la longue descente vers La Cluse, où je ne m’arrête pas pour visiter le château de Joux. Ce haut lieu d’histoire et d’architecture militaire domine l’étroit passage naturel de La Cluse d’une centaine de mètres. Il fut transformé par Vauban (toujours lui) pour stopper une armée ennemie, venue par la Suisse, s’intégrant dans le système défensif frontalier des citadelles de Belfort, Besançon et des forts de Salins (Jura). Des hommes illustres y furent enfermés : Mirabeau, Toussaint Louverture, ancien esclave devenu premier Général noir de l’Armée française, qui mourut dans sa cellule…

   Je continue le GR5 à travers bois et alpages. Le parcours est devenu plus épique, mal entretenu et boueux. Il est vrai qu’il a plu ces derniers temps. Pourtant, certains passages sont agréables comme ce passage devant l’oratoire de Notre-Dame des Buclés (j’ignore le sens de cette dénomination) sur la commune libre des Petits-Fourgs.  

   C’est fatigué que j’arrive aux Fourgs, un village situé au cœur des montagnes, entre 900 et 1200 mètres. C’est une station familiale réputée pour le ski de fond, et autres sports de glisse. Son nom viendrait du bas latin furca signifiant bifurcation de routes.

Mon étape du soir, un gîte ouvert par un ancien jacquet (pèlerin vers Compostelle). Mon hôte étant en activité m’a laissé un mot sur la porte pour que je puisse m’installer. C’est ce que je fais. Bientôt, il arrive avec son épouse. Nous parlons un peu de nos cheminements. Il est un peu désabusé par le comportement de certains « pèlerins » pour qui, proposer le donativo veut dire gratuité. Trop de ces pèlerins sont dans la consommation touristique à faible coût...

Le repas du soir n’étant pas prévu, et ne voulant pas retourner à la supérette au centre du village, je mange au café voisin. Bien m’en a pris. J’y retrouve le couple belge croisé avant la Cluse. Dormants sous la tente, ils vont continuer en direction des Hôpitaux-Neufs. Nous échangeons sur de nombreux thèmes, la conversation est très intéressante et dure près d’une heure. Après le verre de l’amitié, nos chemins se séparent de nouveau pour la seconde fois. Au cas où je les croiserais demain, ils me promettent de me préparer le petit-déjeuner.

   Le gîte est confortable, la cuisine bien équipée. Avant de me coucher, une bonne tisane bien chaude. Dans la nuit, je suis réveillé par la pluie : j’avais laissé une fenêtre ouverte et j’ai froid. La montagne…

   À demain… Alain dit Bourguignon la Passion

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