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Publié par Alain Lequien dit Bourguignon La Passion

Il est 8 h lorsque je quitte l’Hospice du col du Grand-Saint-Bernard après le petit-déjeuner pris en commun. Plusieurs marcheurs prennent le bus stationnant vers le lac qui redescend vers Martigny. C’est le cas du prêtre, du vétérinaire… Quant aux deux alpinistes, portant de grandes cordes accrochées à leurs sacs à dos, ils prennent la direction du Mont-Blanc.

Je me retrouve donc seul, après la traversée de l’ancienne frontière italo-suisse abandonnée, à prendre le sentier 103 en direction de Saint-Rhémy-en-Bosses, en Val d’Aoste. Je fais un petit signe à la statue de Saint-Bernard comme pour lui dire au revoir (bizarre ce matin, non ?) avant de quitter les lieux. Il fait beau même si le ciel est nuageux. L’endroit est naturellement venteux. Mon étape du jour est en forte descente, puisque je vais passer de près de 2 500 mètres d’altitude à 600 mètres environ.    

Je traverse la route et me retrouve sur un chemin empierré en pleine déclivité. Les pierres sont humides, il faut faire attention à ne pas glisser. Le bâton est bien utile. Peu à peu, le terrain devient moins pentu. Mes premières rencontres matinales sont pour des marmottes se baladant en poussant des petits cris. Mignonnes. Un peu plus loin, une grande maison sur ma gauche semble être un ancien refuge.

   Sur les routes passent au loin quelques cyclistes et voitures. Progressivement, par des sentiers pentus, j’arrive à Saint-Rhémy où Sigéric a dormi lors de son passage. Le petit village à 1 500 mètres d’altitude est calme, pas un autochtone en vue, simplement des chiens aboyeurs. Le classique, quoi. J’ai déjà descendu près de mille mètres de dénivelé en moins de deux heures.

Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.
Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.
Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.
Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.
Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.
Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.
Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.
Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.
Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.

Du Grand-Saint-Bernard à Saint-Rhémy-en-Bosses.

Direction du hameau de Saint-Léonard où j’ai la chance de trouver un bar ouvert. J’y bois un café en terrasse. Le temps s’est découvert, le soleil commence à apparaître. J’ai le plaisir de découvrir un beau vitrail en l’honneur de Saint-Bernard.

   Nouvelle descente à travers de prairies. Petit à petit, je me retrouve sur la route de Saint-Bernard à Saint-Oyen où les statues de deux cerfs, me semble-t-il, enveloppés dans du plastique durant des travaux trônent devant un édifice public. Sympa !

Descente de nouveau pour éviter la grande route avant de la rejoindre de nouveau pour me retrouver sur un petit sentier la surplombant. J’arrive à Etroubles, à 1 300 mètres d’altitude. À l’entrée de la vieille cité, dans la rue piétonne, le pharmacien tamponne ma crédenciale. Un peu plus loin, la jolie église paroissiale Santa Maria Assunta datant du 19e siècle, bâtie près d’une tour romane. Elle est close. Je dois revenir en arrière pour retrouver mon chemin.

Etroubles et vers Echevennoz.
Etroubles et vers Echevennoz.
Etroubles et vers Echevennoz.
Etroubles et vers Echevennoz.

Etroubles et vers Echevennoz.

À la sortie du village, je suis un long sentier de terre. Progressivement, je me retrouve à Echevennoz. Ayant déjà parcouru quinze kilomètres, me trouvant à mi-chemin d’Aoste, je quitte le tracé en hauteur pour aller manger une grande salade au bar du village. C’est l’occasion d’échanger à distance avec un couple de Genevois sur mon cheminement. Un groupe de motards allemands installés non loin de là fait beaucoup de bruit, buvant de grandes bières. Un autre monde !

Je rejoins le sentier en direction de Gignod en suivant un canal d’irrigation pendant plusieurs kilomètres dénommé Le Ru tout simplement. Sur ce sentier en sous-bois, j’arrive à une grotte avec une Vierge à l’Enfant, la grotte du « Je te salue ». Elle fut installée en 2005 pour protéger Le Ru et devenir une étape spirituelle sur la Francigena.

Dans cette belle grotte naturelle, le curé fit installer une statue de pierre blanche représentant Jésus adolescent en compagnie de Marie, sa mère lui indiquant la route. L’eau coule abondamment de la roche, tombant dans un vieux bénitier. Symboliquement, l’eau qui désaltère représente la vie et le pardon. Un autel est présent pour un éventuel office.  

Après de nombreux détours dans la nature, et vingt-deux kilomètres de marche, j’arrive à Gignod situé à 1 000 mètres d’altitude. Tout de suite, mon regard est attiré par la belle église Saint-Hilaire. Hélas, elle aussi est close. Un petit arrêt pour me reposer à l’ombre, car le soleil tape avec force avant de repartir vers les hameaux voisins. Il me reste sept kilomètres à parcourir pour atteindre Aoste, soit environ deux heures de marche.

   En arrivant à Signayes, Aoste apparaît en contrebas. Je découvre sur le bord de la route la beauté des fresques de l’église Saint-Bernard. J’ai rarement vu un tel décor extérieur d’une si belle qualité picturale. La personne faisant le ménage me laisse entrer dans cette petite église pour admirer le chœur baroque.

Signayes, église Saint-Bernard.
Signayes, église Saint-Bernard.
Signayes, église Saint-Bernard.

Signayes, église Saint-Bernard.

Cette petite pause à l’abri du soleil m’a fait du bien. Je repars vers Aoste. Je pensais que le chemin pour y parvenir était direct, mais pour éviter la route encombrée de voitures, le tracé passe par une petite route montante demandant un gros effort après une trentaine de kilomètres parcourus. Je me retrouve bientôt dans les vignes. Il est vrai que cette région est réputée pour ses vins.

  Après une grande descente, je me retrouve devant la Cappella della Consolata. Il y a un banc sur lequel je m’assois à côté d’une vieille dame pour boire un peu d’eau. Parlant un peu français, elle me dit avoir vu un couple de pèlerins passer par là il y a quelque temps. Mes compagnons d’Orsières ou d’autres ?

Je repars en direction de la cathédrale. Hélas, il est déjà tard et elle est fermée au public. Cela ne m’empêche pas de faire ce petit reportage (à compléter) sur la cité. Voir après cet article. Je traînaille un peu en ville, mon logeur du soir, François, un Français installé dans un village voisin n’est disponible qu’à partir de 19 h.

C’est alors que je rencontre mon compagnon anglais d’Orsières qui a trouvé avec sa compagne de voyage nipponne un Airbnb pour se loger. Il me propose d’y aller boire un verre. Je me retrouve avec eux dans une maisonnette où nous buvons du vin du pays. Nouvelle belle rencontre. Nous nous donnons rendez-vous pour demain.  

Alors que je me rends à la gare où a lieu ma rencontre avec François, je profite d’un banc pour appeler mon épouse. Elle me demande de revenir pour des raisons familiales. Tout naturellement, la famille passe avant tout.

   À la gare, je constate qu’y aller en train est très compliqué, il faut faire plusieurs changements. Heureusement pour moi, l’employé me dit qu’un bus Flixbus passe par ici, se rendant à Paris. Par l’application, je m’aperçois qu’il y en a un dans quelques heures, à 22 h 45. Il peut me déposer à Dijon vers 4 h 30 du matin. Avouez que j’ai une sacrée chance, il reste de la place et je peux réserver ma place à l’aide de mon smartphone. Ouf ! Demain, je serais à Dijon.

   Naturellement, lorsque François arrive, je lui indique que je dois repartir le soir même pour la France, prouvant ma bonne foi avec ma réservation de dernière minute. Je lui propose par geste amical que nous mangions un morceau ensemble, ce que nous faisons dans la zone piétonne. Merci, François. Désolé pour ce contretemps.

   Avec un peu de retard, le bus arrive. Beaucoup de monde en descend, nous sommes deux à monter, une femme se rendant à Chamonix. Il y a donc de la place. Le trajet passant sous le tunnel du Mont-Blanc, notre bus se trouve bloqué pendant plus de 30 minutes par un contrôle de la Police aux frontières (Paf) française. Ayant collecté nos papiers d’identité, l’un des passagers semble leur poser question. Après explications, le bus repart. J’arrive à Dijon fatigué, ayant mal partout. Ce voyage n’est pas confortable, ayant sommeillé, recroquevillé une bonne partie du trajet sur deux sièges. C’est la vie !

   Mon cheminement est terminé pour cette année, il ne serait pas raisonnable de repartir, mon devoir étant d’être près des miens. De plus, les nouvelles sur la propagation de la Covid en Italie ne sont pas bonnes. Je n’ai pas le droit de prendre le moindre risque pour ma famille.

   À l’an prochain… pour la suite de ce cheminement. Alain dit Bourguignon la Passion

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