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Publié par Alain Lequien

   Après quatre séances de dédicaces de mon dernier ouvrage[1] en Savoie, j’ai profité du lieu pour parcourir, une semaine avant mon départ pour Compostelle, les vieux chemins historiques franchissant la montagne de l’Épine. Une petite randonnée de quatre heures où le temps alterna entre le soleil, la pluie et même un peu de grêle sur des chemins encore un peu enneigés.

Peu de monde sinon un ancien forestier du village me contant la solitude des lieux et sa lutte contre les envahisseurs en quad. Par le petit village de Saint-Sulpice situé à une dizaine de kilomètres de Chambéry, j’ai gravi la voie sarde pour atteindre le col du Crucifix.

   Situé à un peu plus de neuf cents mètres d’altitude, le col du Crucifix a une histoire assez récente. Au XVIIe siècle, le passage des Échelles fut restauré par le roi sarde Charles-Emmanuel II, ce qui fit que l’itinéraire par le col Saint-Michel se trouva délaissé. Faute d’entretien, il devint impraticable. Toutefois, les habitants souhaitaient conserver un passage reliant directement Chambéry à Novalaise.

   En 1735, la Maison de Savoie répondit favorablement à cette demande, et envoya un ingénieur dénommé Garella. Ce dernier fit le choix de créer un nouveau passage passant par le col du Crucifix au lieu de remettre en état l’ancienne voie romaine. Contrairement à cette dernière qui gravit la montagne en écharpe, la nouvelle voie suivit une pente régulière avec plusieurs lacets.

Elle nécessita la construction de nombreux murs de soutènement et fut entièrement pavée. Les travaux s’étalèrent sur soixante-dix-sept ans pour se terminer en 1812 : un vrai travail de Romain (sic)… Aussi, ces dalles que beaucoup considèrent comme romaines sont en fait sardes. Il en reste peu de vestiges en raison des éboulements et du réemploi des matériaux. 

Sur le chemin existe la grotte François 1er. La tradition veut qu’en 1516, le roi de France, fils de Louise de Savoie, vienne à Chambéry pour s’incliner et prier devant le Saint-Suaire, alors présent dans la capitale savoyarde. Il voulait rendre grâce à Dieu pour les bonnes fortunes reçues depuis le commencement de son règne. Sur le chemin de retour, en pleine traversée de la chaîne de l’Épine, le roi et sa cour furent pris sous un violent orage comme cela arrive parfois en montagne. Dans ces lieux sauvages, éloignés de tout, la seule protection fut ces grottes situées à flanc de montagne. Ils les investirent pour la nuit. Depuis, le lieu est fréquenté par les montagnards et les marcheurs qui s’y abritent pour les mêmes raisons.

   Le col de Saint-Michel - le col Montjoux d’avant la christianisation, situé à moins de neuf cents mètres, était le plus bas passage de l’affaissement de la montagne. Il était jadis le point de passage de la voie romaine allant de Vienne à Milan par Aoste et Lémenc (aujourd’hui Chambéry). Près du col existaient un temple païen et une mansion (maison d’accueil) romane. Sur leurs ruines furent élevés un petit prieuré-hospice servi par quelques moines et une chapelle dédiée à saint Michel et à saint Germain. Il n’en reste de nos jours que quelques pierres.

À proximité, un bassin de pierre considéré comme un sarcophage. Selon la tradition, il aurait abrité le corps de saint Germain mort en Italie en 448.  

   Descente par la voie romaine à flanc de montagne qui s’élargit au fur et à mesure. Ces quatre heures en milieu de forêt furent un vrai plaisir même si la température avoisina les cinq degrés.

   À me suivre désormais... sur le chemin de Compostelle dès le 2 juin 2013. Alain, Bourguignon la Passion.

 

[1] Les Mystères de Savoie, Éditions de Borée.

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