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Publié par Alain Lequien

 

  Après un solide petit-déjeuner pris en famille, Martine me donne un morceau de gâteau au chocolat pour la route. Une photo avant de partir avec le pèlerin de bois, emblème du lieu.

   Il est 8h00 lorsque je traverse le village après une longue descente. La maison de mes hôtes est sur les hauteurs.  

   J’avance rapidement ce matin par des chemins fleuris et de nombreuses petites routes goudronnées où ne doivent passer que quelques véhicules par jour. Le soleil brille déjà, mais le petit vent frais vient atténuer ses dards. Au détour d’un chemin, je tombe sur la chapelle du calvaire situé à sept cents mètres d’altitude. Selon la tradition, un membre de la famille Destre arrêté sous la Terreur serait revenu sain et sauf. Il fit ériger cette chapelle, en reconnaissance à Dieu de lui avoir sauvé la vie.

   Au bout de huit kilomètres, j’arrive au pont de Mars signalé comme un lieu étonnant de capharnaüm où l’on trouve de tout. Aujourd’hui, mardi, c’est fermé. Alors que je prenais une photo, le propriétaire sortit pour savoir si j’avais besoin de quelque chose. Je lui demande un café. Aimablement, il me sert sur la terrasse tout en parlant de ces voyageurs de Compostelle qui s’alimentent chez lui.

   Après un nouveau passage en forêt, dans des chemins creux herbeux et de nombreuses montées-descentes, j’arrive en vue de Charlieu qui se dessine au loin. Près d’un village, j’admire des réalisations en fer forgé, notamment un joueur de flute réalisé avec des matériaux de récupération. L’artiste-propriétaire, âgé de quatre-vingt-cinq ans, sort de sa maison et m’explique qu’il existait jadis sur son œuvre un serpent. Celui-ci s’étant détaché, il n’a jamais eu le courage de le ressouder. Faut-il y voir le fait que le serpent (le démon ?) a échappé aux plaisirs des sons de la musique enchanteresse ? Il me raconte plusieurs histoires locales imbriquées dont j’ai du mal à contenir le sens. Je crois qu’il a beaucoup envie de parler, mais le Chemin m’appelle.

   J’arrive à Charlieu avec une grosse montée et une chaleur devenue étouffante. Le temps passe par des excès. Je m’arrête dans un café. Ne faisant pas de sandwich, il me renvoie à la boulangerie située à quelques mètres de là. Ils travaillent ensemble. Assis sur la terrasse devant mon coca, je regarde les gens passer. Certains, dont des enfants, n’hésitent pas à dire bonjour. D’autres, moins sympathiques,  détournent les yeux. Deux mondes cohabitent ainsi plus ou moins.

   Direction de l’ancienne abbaye bénédictine. Magnifique. L’accueil est fermé, mais comme il n’est pas loin de 14h00, la responsable de l’accueil me fait rentrer pour me mettre au frais. « J’ai vu que vous étiez en train de vous endormir au soleil », me dit-elle. Elle n’avait pas complètement tort. Il est vrai qu’ils nous arrivent ainsi de faire de mini-siestes  inconcevables dans le monde du travail. Bien que… (Humour !). J’achète une carte postale que j’envoie à ma bien-aimée.

   Direction La Bénisson-Dieu, église vantée par mon ami Jean-Louis de Sainte-Cécile. Je ne connaissais pas ce lieu qui m’apparaît magique d’après sa description. Pour y accéder, il faut effectuer douze kilomètres en plein cagnard, d’autant que j’ai prévu de coucher à Noailly plusieurs kilomètres plus loin.

   Tout commence par une montée raide, puis des petites routes plus ou moins ombrées. En passant devant un château restauré, je suis interpellé par les propriétaires en train de tailler les rosiers. Ils m’offrent un jus d’orange bien frais. L’homme a parcouru partiellement le chemin vers Compostelle. Une bonne demi-heure d’échanges.  

   Je traverse Saint-Nizier-sous-Charlieu, puis Pouilly-sous-Charlieu. À Briennon, traversée du port du canal. Petite discussion avec le propriétaire d’un bateau qui se propose de me déposer à La Bénisson tant je lui apparais fatigué. Je décline son invitation non par témérité, mais parce que je dois poursuivre mon chemin. La montée vers La Bénisson-Dieu trois kilomètres plus loin est pénible, mais l’apparition progressive du village et du clocher de l’ancienne abbatiale valait bien ces efforts. C’est d’une grande beauté.

   Tranquillement, je visite l’abbatiale en prenant mon temps. Il y fait frais et je m’y sens bien. Cela fera certainement partie des sites que je revisiterai dans d’autres conditions avec ma Pauline.

   En sortant, je consulte le plan des circuits locaux et ne trouve pas le village de Noailly. Je pressens qu’il se trouve plus loin que je le pensais : un kilomètre hors chemin. Je demande à une jeune dame du village qui m’informe que Noailly se trouve à plusieurs kilomètres de là. Devant mon air effaré, elle me dit qu’elle connait une dame pouvant peut-être m’accueillir. Elle lui téléphone et celle-ci accepte de me recevoir. La chaine d’union…

   C’est ainsi que je fais connaissance d’Anne-Marie avec laquelle je vais passer une soirée enrichissante. Elle m’offrit le gite et la nourriture, lava mon linge (merci à la jeune dame de l’avoir séché). Sur le plan intellectuel, ce fut une grande richesse. Engagée religieusement, Anne-Marie a quitté la religion catholique pour la religion réformée où, me dit-elle, « Elle se sent plus libre de vivre sa foi en Dieu ». Cela m’a fait plaisir, car on est très loin de mon expérience de la veille avec la dame catholique intégriste possédant une vérité indiscutable.  Malgré nos vues différentes, nous nous sommes enrichis de nos différences.

   C’est donc le cœur léger, mais le corps épuisé, que Morphée m’accueillit dans ses bras réparateurs.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.   

 

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