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Publié par Alain Lequien

   Je me lève aux environs de 6h00, fatigué. J’ai des douleurs sous les pieds et deux ampoules au pied droit. Finalement, je reste dans le sac de couchage et me rendors. Vers 7h30, j’émerge de nouveau sans envie réelle de me lever. C’est la première fois que cela m’arrive aussi fort. Mon corps semble me lancer des alarmes.

   « - Donc, me dis-je, soit raisonnable, je ne ferais qu’une étape courte et moins longue que celle que j’avais prévue ».

   Quand je sors, tout est calme. Je prends la direction du village de Sarzay. Enfin, au bout de deux kilomètres, je retrouve le fléchage tant recherché, et une belle pancarte annonçant que nous y sommes vraiment. Ouf ! En fait, j’étais sur le chemin de Saint-Martin de Tours. Heureusement, il rejoint la voie de Vézelay.

   Descente dans un chemin herbeux, puis sur un chemin boueux. Depuis le départ, il ne pleut pas, un miracle ! Dans un village, comme j’étais égaré, j’arrête une boulangère faisant sa tournée avec sa camionnette pour distribuer le pain. Eh oui, cela existe encore, et c’est bien. Elle me remet dans le droit chemin en me disant que je ne suis pas le premier à me tromper. « - Ouf, me dis-je, je ne suis pas le seul idiot ».

   J’arrive enfin à l’ancienne abbaye cistercienne de Varennes très bien rénovée. Elle a connu bien des vicissitudes avec les guerres de Religion, la Fronde et la Révolution. Classée monument historique, elle inspira George Sand qui y situa plusieurs épisodes de son roman Les Beaux Messieurs de Bois Doré.

   Alors que je m’approche pour demander si je peux visiter le cloitre roman, la propriétaire me foudroie d’un regard froid et me dit : « Revenez dimanche.» Je lui explique que je suis un pèlerin de passage aujourd’hui. Elle me fait la même réponse. Je n’insiste plus et me mets à pester que c’était jadis un lieu où l’on accueillait les pèlerins sans se poser la question du jour ou de l’heure. Autres temps, autres mœurs, il faut faire marcher le commerce. Cela n’empêche pas que j’ai « volé » une photo pour le plaisir. C’est peut-être un peu gamin, mais bof !

   Toujours des chemins boueux jusqu’à un croisement avant Neuvy-Saint-Sépulchre où je suis arrêté par une brave vieille dame qui me raconte ses histoires d’arthrite aux doigts de pied. Cela vous fait sourire, mais elle avait envie de parler. Pour moi, c’était une petite pause.

   Je visite la basilique construite au XIe siècle à l’image de celle de Jérusalem. Les onze colonnes témoignent des onze Apôtres après la défection de Judas. Huit fenêtres éclairent les trois élévations représentant celle du Christ. Au XIIIe siècle, au milieu de la rotonde, s’élevait un reliquaire monumental en forme de grotte. À partir de 1257, des gouttelettes du sang du Christ et un fragment de son tombeau furent envoyés d’Italie. Elles sont présentes dans cette chapelle.

   En sortant, je tombe sur un jacquet faisant le trajet avec un groupe. Il est resté se reposer deux jours au presbytère avant de les rejoindre en voiture. Un cyclotourisme s’arrête pour me prendre en photo. « Cela me rappelle des souvenirs », me dit-il, ayant parcouru la route de Bourges au lieu de celle de Nevers.

   Quittant les lieux, je suis des petites routes, puis des chemins herbeux ou boueux. Comme je suis fatigué, je décide de m’arrêter à Cluis. Sur le chemin, je rencontre un couple de chevaux, l’un est blanc, l’autre est noir. La Lumière et les ténèbres, le bien et le mal, le pavé mosaïque…

   De loin, j’aperçois une énorme carrière en activité. C’est un ballet de camions toutes les trois minutes. Il pleut de nouveau, de cette pluie fine qui vous transperce. Je passe devant les restes d’une ancienne forteresse, quitte la route pour me diriger vers le centre du village où se trouve le refuge pèlerin.

   Une hospitalière vient m’installer dans un local très propre. Je paie mon habituelle obole, 10 euros, et m’installe. Après la douche bien chaude, je lave du linge, car le gîte possède une machine à sécher électrique. Une aubaine.  

J’apprends qu’il existe une fête de l’escargot ayant lieu le 1er mai. On l’appelle ici le luma. On lui organise une cavalcade et il défile, comme un Géant, dans la ville. Et même, ne rigolez pas, dans le cadre du championnat européen de formule Luma 1, de nombreuses écuries internationales seront présentes dans le lumadrome de Cluys. 

   Vers 18h00, je suis rejoint par un pèlerin hollandais, Jon, entr'aperçu de loin au foyer de Saint-Amand-Montrond. Pendant toute la soirée, nous avons discuté de religion, de séjours dans les monastères, de ce que l’on attendait du Camino, de sa vie aussi maintenant qu’il est libéré du travail.

   Un poème est affiché. Je vous le livre.

   « - Va, pèlerin, / poursuis ta quête ; / Va sur ton chemin, / Que rien ne t’arrête ! / Prends ta part de soleil, / et part de poussières ; / Le cœur en éveil, / Oublie l’éphémère ! / Tout est néant, / Rien n’est vrai que l’amour. / N’attache pas ton cœur / à ce qui se passe ! / Ne dis pas : j’ai réussi, / Je suis payé de ma peine. / Ne te repose pas dans les œuvres / Elles vont te juger. / Garde en ton cœur la parole ; / Voilà ton trésor ! »

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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