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Publié par Alain Lequien

   Il pleut à verse lorsque je quitte Cluis. Heureusement, mes vêtements sont secs. Aujourd’hui, je ne souffrirais pas trop de l’humidité. Cette nuit, dans le refuge, il a fait très chaud. J’ai mal dormi à cause d’une douleur persistante sous le talon gauche. Les douleurs physiques font partie intégrante des inconvénients qu’il faut savoir supporter, car le défi pour mon corps un peu usagé est réel.

   Même si je me suis entraîné, les conditions de vie, la répétitivité des kilomètres parcourus, le poids du sac sont autant d’éléments que je n’avais peut-être pas mesurés au bon niveau.

   D’ailleurs, en ce qui concerne mon sac de randonnée. Le mien semble avoir un certain nombre d’inconvénients auxquels, sur les conseils de pèlerins chevronnés, je vais porter plus d’attention en faisant l’acquisition d’un nouveau plus adapté à l’occasion. Une plus grande capacité, une seconde poche pour la nourriture, des sangles plus larges pour permettre une meilleure tenue sur le dos. Et surtout, une meilleure cambrure pour épouser celle du dos. Promis, Clémens, Jon, je vais faire le nécessaire.

   Après un chemin pierreux, je traverse un grand viaduc surplombant la vallée. Avec la pluie, j’ai une vision étonnante de cette région. Je croise un homme promenant son gros chien, l’oreille collée à son téléphone. Il ne répond pas à mon bonjour. Bof !

   J’arrive sur une petite route goudronneuse après avoir descendu un petit chemin pierreux glissant. Je vais suivre une route départementale pendant quelques kilomètres.

À la croisée de plusieurs routes, une petite chapelle se pose là, seule, au milieu, et me propose d’y faire une petite halte. Elle est fermée, mais ce n’est pas grave, le moment est venu de prendre un peu d’eau et de manger quelques dattes. La pluie a cessé de tomber. 

   Je reprends la route, le fléchage est de bonne qualité. De temps à autre, il m’amène vers des chemins de terre. Alors que je suis en train de gravir une côte assez raide, dans un virage, je tombe presque nez à nez avec une biche. Je m’arrête et évite tout geste brusque. Nous nous regardons comme pour nous tester. Cela n’a duré que quelques secondes. D’un seul coup, elle s’est enfuie par un petit passage dans la forêt. Je n’ai même pas eu le temps de prendre mon appareil photo. Je rêve à ce moment-là de pouvoir photographier une telle vision subite rien qu’en clignant des yeux. Un jour peut-être, la technologie le permettra, allez savoir ! Cet instant vivace reste encore gravé dans mon esprit.

   Puis, c’est de nouveau une longue route goudronnée avant l’arrivée à Gargilesse-Dampierre qui s’effectue par une très longue descente bien raide. En traversant le village, classé parmi les plus beaux de France, je découvre qu’il est habité par de nombreux sculpteurs.

   C’est ici que se rejoignent les deux voies en provenance de Vézelay, celle passant par Nevers (celle que j’ai suivie), et celle passant par Bourges.

   Visite de l’église romane dont George Sand disait : « C’est un petit chef-d’œuvre… Elle est parfaitement homogène de style au dehors et charmante de proportions. À l’intérieur, le plein cintre et l’ogive molle se marient agréablement. Les détails sont d’un goût et d’une riche simplicité. On descend par un bel escalier à une crypte qui prend vue sur le ravin et le torrent. »

   On peut y voir une bande dessinée taillée dans la pierre, mêlant dans les 129 chapiteaux des animaux fantastiques et symboliques (lions, centaures, oiseaux…), des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Les plus célèbres, probablement inspirés du tympan de Moissac, représentent par groupe de trois les vingt-quatre vieillards de l’Apocalypse de Jean.

   Sous le chevet, les voûtes de la vaste crypte sont décorées de fresques datant du XIIIe au XVIe siècle. Elles représentent des scènes des Écritures. Selon la tradition, la statue en bois de la Vierge située au-dessus de l’autel aurait été ramenée d’Orient par un croisé.

   Je décide de déjeuner devant le château. Il y a des touristes qui vont et viennent, me regardant avec étonnement. Un camion de boucher ambulant arrive en klaxonnant. Les gens du village sortent et s’attroupent pour faire leurs achats.

   Je prends le temps de jeter un œil rapide au château avant de me diriger vers la petite maison de deux pièces offerte à George Sand par Alexandre Manceau, son compagnon. Dans celle-ci, dénommée Algira, du nom d’un papillon à la robe rayée de gris originaire d’Afrique, l’écrivaine s’y réfugia pendant 27 ans pour écrire ses œuvres. Étonnamment, un petit ru passe en dessous d’une des pièces.

   Je quitte le village par une montée raide. Mon parcours se perd au milieu de petites routes, de chemins de terre ou en forêt. Je vais même longer un temps une retenue d’eau d’EDF. Comme le chemin de Compostelle n’est plus indiqué depuis un long moment, j’ai suivi le fléchage bleu-rouge des chemins de grande randonnée avec l’impression de faire des kilomètres en plus. Je me dis qu’il faut être fou pour faire un tel périple sans une carte bien détaillée. J’aperçois enfin une voiture qui arrive, que je m’empresse de héler. Les deux jeunes gens me remettent dans le droit chemin.

   Plus d’une heure à tourner en rond… Autant dire que je râle autant sur moi que sur le mauvais balisage.  Après Les Chérons, et le passage en creux d’une combe (cela veut dire grande descente et longue remontée), j’arrive à Cuzion.

   Alors que j’étais assis pour me désaltérer, Jon arrive tout fringant bien qu’il soit parti plus d’une heure après moi. Après quelques minutes, chacun reprend son chemin. Il s’arrête chez des congénères. Ayant contacté l’office de tourisme d’Éguzon-Chantôme, le gite pour pèlerins censé me recevoir étant occupé par un groupe de personnes handicapées, on me proposa un gite rural au tarif pèlerin situé au barrage, avant la ville. Cela veut dire trois kilomètres de moins aujourd’hui et trois kilomètres de plus demain.

   Une personne arrivée en voiture m’attend à l’arrivée. L’endroit est désert. Elle me remet les clés, me fait payer mon écot, 13,15 euros pour la nuit, et je m’installe. Ayant besoin de nourriture,  il n’y avait rien à Gargilesse-Dampierre, je suis dans l’obligation d’aller à Éguzon pour me ravitailler. Heureusement pour moi, l’auto-stop marche bien tant à l’aller qu’au retour.  

   Seul, après avoir bien mangé, je me suis endormi rapidement. Demain sera une longue étape.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

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