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Publié par Alain Lequien

     Lorsque je me lève, je vois à travers la fenêtre qu’il pleut. Je sais que « pluie du matin n’effraie pas pèlerin », mais enfin… « Encore une journée de galère », pensais-je, si bien que j’ai trainé un peu pour me mettre en route.

   Il est presque 9h00 lorsque je descends du gite. Alors j’allais passer le pas de la porte du refuge pour aller visiter l’abbatiale, je tombe sur Yves, mon hospitalier. Tout de go, il me dit s’excuser de ne pas être venu me voir hier soir pour parler. Ayant vu mon état de fatigue, il a préféré me laisser me reposer. Intérieurement, j’apprécie cette bonne intention.

   Il m’apprend qu’étant psychologue, son cheminement a été le déclencheur de son changement de métier plus en aspiration avec ses attentes. Nous nous sommes mis à parler de nombreuses choses que nous partagions. Étant allé sur Internet, il avait noté que j’avais écrit de nombreux bouquins notamment sur le Moyen âge, sa période passion. Nous avons parlé d’architecture, d’histoire, mais aussi de ce que je pouvais voir dans l’abbatiale. En passant, je lui ai indiqué que j’avais perdu ma gourde fétiche. Eh bien ! Alors que je marchais sur la route en quittant Bénévent, j’ai eu la bonne surprise de le voir me la rapporter. Il était allé la chercher avec son 4x4. Un vrai geste de fraternité jacquaire.

    Si le monastère fut construit en 1030 sur le lieu actuel, la collégiale initiale fut fondée en 1080 dans le cadre de la réforme grégorienne avec des chanoines réguliers.

On y plaça en 1105 des reliques de saint Barthélemy en provenance de Bénévent, en Italie. D’où l’origine du nom du lieu. Vers 1150, une nouvelle église est bâtie. Comme de nombreuses églises, elle subit des modifications au fil du temps. On peut y admirer trente-huit chapiteaux historiés dont six sont à consonance celtique et un vitrail placé en 1875 dont la signification est proche du symbolisme maçonnique.

   Est-ce un miracle ? Alors que je quitte Bénévent, le soleil se mit à briller de mille éclats m’obligeant à alléger mes vêtements. Cette longue étape fut une succession de passages en forêt ou sur des petites routes, de nombreuses montées et d’autant de descentes parfois dans des chemins gorgés d’eau. Une étape qui va se révéler un peu difficile.

   Les villages et les hameaux se succèdent : Marsac (une petite halte après une montée raide), Les Rorgues et son église (j’ai raté le chemin pierreux m’obligeant à un grand détour par la route), Arrènes avec son église hélas fermée, et cette étrange ancienne porte, du moins je le suppose, au milieu d’un mur avec une décoration de coquille, L’Abbaye (questionnée, une personne du pays ne connaissait pas l’origine du nom de ce hameau). 

   Alors que je monte un petit chemin creux après ce hameau, je suis rejoint par Michel, le pèlerin rencontré à la sortie de La Souterraine. Contrairement à mon attente, il se montre chaleureux, me raconte sa soirée chez des Anglais. Il fut très ému d’y voir prises en charge des personnes handicapées par sa famille d’accueil.

   « Il y a quand même beaucoup de gens sympathiques et engagés sur le chemin de Compostelle », me dit-il. Il n’a plus rien à voir avec celui croisé hier. Le Chemin fait-il son œuvre ? Nous avons marché de concert pendant un kilomètre.

  

Comme il est plus rapide que moi, je le laisse filer vers Champegaud. J’y fis une halte de vingt minutes pour déjeuner sur un banc de pierre. Puis, ce fut une longue montée en forêt. Ce fut difficile avec quelques arrêts pour reprendre mon souffle. Je me mis à réfléchir sur l’attitude de Michel. Peut-être ai-je été un peu raide dans ma chronique d’hier en prenant pour argent comptant ce qu’il disait ? Après tout, il a le droit de penser ce qu’il veut. Je me promets, si je le rencontre de nouveau, de partager un verre avec lui.

   Passage à Saint-Goussaud, l’un des points hauts de la voie de Vézelay. J’y découvre un fanal, une lanterne des morts. Interrogée sur la présence d’un éventuel ancien cimetière où se situait ce type de monument, une vieille femme du cru ne put me répondre. Je pensais aussi y voir des vestiges gallo-romains annoncés sur la carte. Que nenni, je ne trouve aucune indication du lieu.

   Peu à peu, mes pas me mènent à Châtelus-le-Marcheix. Pour remplir mon engagement moral, j’ai traversé le pays pour voir si j’apercevais Michel. Il m’avait dit qu’il s’y arrêtait. Pas de Michel, ni de café-bar ni d'habitants d'ailleurs.

   Voilà plus de vingt kilomètres que je marche. Il m’en reste une dizaine à parcourir. Je reprends donc la route sans tarder. Dans un virage, je change de département, passant de Creuse en Haute-Vienne. J’ai beaucoup appris des Creusois, des gens de qualité et de grande franchise. Ils habitent dans des paysages restant à découvrir pour beaucoup d’entre nous, comme l’ont fait de nombreux peintres impressionnistes. C’est donc un bon souvenir même si parfois j’ai souffert. C’est cela aussi le Chemin.

   Les hameaux se succèdent, et enfin j’arrive aux Billanges. Malgré mes deux appels téléphoniques, Françoise, mon hospitalière ne m’a toujours pas donné de nouvelles. Autrefois, j’aurais râlé, maintenant non. En traversant le village, je trouve le gite. Françoise est absente, mais l’ouvrier qui tond la pelouse m’y donne accès. Discussion de tout et de rien pour passer le temps. Je vais attendre près d’une heure pour voir arriver la mère de Françoise qui m’installe.

   Il est 18h30. Comme elle ne sait pas à quelle heure mon hôtesse rentrera de Limoges, elle m’invite à prendre le repas du soir chez elle. Alors que je suis installé autour de la table à manger, Françoise arrive. Nous partageons le diner familial. Tout va bien, des discussions intéressantes et passionnées s’engagent autour des légendes, des ovnis… 

   C’est le retour au gite où je règle mon dû (30 euros pour la demi-pension), et découvre les œuvres de Françoise, artiste-peintre. Et enfin un repos bien mérité.

    J’ai beaucoup aimé cet adage écrit à la craie sur un tableau noir, dont je partage le contenu : « Le pèlerinage peut être tenu pour une forme d’initiation en ce qu’il dépouille l’homme de ses repères habituels et le soumet à une série de codes d’apprentissage qui sont autant d’étapes conduisant vers un état nouveau ».     

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

 

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Pierre 17/09/2017 12:35

Je ne sais pas comment tu as fait pour rater les ruines gallo-romaine car on les traverse à pied dans la montée du col. Y a même un panneau qui indique que c'est un ancien théatre !

lardillier 17/07/2014 18:43


Cher pélerin,une explication concernant les vestiges gallo-romains de st Goussaud:ils existent bel et bien mais sous forme de traces(un reste de fondations d'un temple dédié à jupiter,le mont
"jouer",et un tracé d'amphithéâtre envahi d'arbres).Pour voir ces vestiges il aurait fallu prendre à droite au niveau de l'église de St Goussaud et emprunter le gr 654 vers Séjoux,Besse et...les
Billanges .Quant à la lanterne des morts je crois avoir lu qu'elle fut déplacée au 19ieme siecle,lors de l'abandon de l'ancien cimetière,mais il faudrait vérifier.Salutations jacquaires.

Alain Lequien dit Bourguignon La Passion 20/07/2014 13:01



Merci de ces informations. Cordialement. Alain



adosdanes 08/06/2012 16:59


Salut Alain, pour la lanterne des morts, si elle se situait bien dans un cimetière, celle-ci fut déplacée pour être posée là, pourquoi ? tourisme peut-être...


Les ruines gallo-romaines sont bien à St Goussaud, mais sur le GR, pas sur la route que tu as emprunté. Ce sont les ruines d'un temple et un petit amphithéâtre assez bien conservé.


Bonne route, Yves