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Publié par Alain Lequien

   Les Sœurs m’avaient préparé le petit déjeuner lorsque je suis descendu. Dans la partie refuge, plus aucun bruit. Lorsque j’ai quitté l’accueil vers 7h30, les religieuses entamaient les laudes. Malgré le plan fourni, la sortie de la ville m’a paru longue et pénible. Comme promis au curé de Feytiat, je prends la direction de l’abbaye de Solignac, distante par la route de 14 kilomètres. Pour voir cette belle abbatiale, il va falloir faire un détour. Le plus difficile est le bruit de la circulation avec le va-et-vient de camions se rendant dans une carrière. On est loin de la quiétude des chemins creux.

   La première abbaye fut bâtie par le célèbre saint Éloi (de l’époque du roi Dagobert) au VIIe siècle « en l'honneur des saints Pierre et Paul Apôtres, Pancrace et Denys Martyrs et leurs compagnons, des saints Martin, Médard, Rémi et Germain Confesseurs ». La nouvelle abbatiale date du XIIe siècle. 

   Près de Solignac, j’ai la chance de rencontrer un habitant qui se propose de m’y amener en voiture, ce que j’accepte d’autant que je suis hors du Chemin de Compostelle.

Gérard souhaite y prier en ma compagnie. Je suis un peu gêné, ayant pris de la distance avec la pratique religieuse catholique.

   Nous  visitons ensemble cette grande église dépouillée, lieu qui me fait penser aux édifices cisterciens. L’édifice n’avait pas vocation à évangéliser le peuple, mais était un lieu où la prière était au centre de la vie. D’ailleurs, l’abbaye fut le siège d’un grand séminaire. Tout respire calme et recueillement. Par sa taille, l’abbaye était entourée de grands murs et constituait une petite cité dans la ville.

   À l’issue de notre visite, Gérard se propose de me ramener en voiture sur le Chemin, à Aixe-sur-Vienne. J’accepte volontiers ce geste d’autant que mon hôte se confie en voiture. Atteint d’un cancer de  la  prostate, il venait d’être opéré et sauvé in extrémis. Il souffre beaucoup. Je ressens qu’il éprouve le besoin de parler, d’échanger. Tout de go, il me dit que pour lui, la rencontre fortuite avec un pèlerin de Compostelle ayant choisi de faire le détour pour venir à Solignac ne peut être due qu’à la main de Dieu. Honnêtement, je n’ai su que répondre. Ce qui est important dans les rencontres, c’est que chacun y porte sa valeur symbolique personnelle.

   En arrivant à Aixe-sur-Vienne, il tient à me montrer une église qui lui tient particulièrement à cœur, le sanctuaire marial Notre-Dame d’Arliquet situé sur les bords de l’Aurence. « C’est ici, alors que je venais jouer au tennis tout près, que la Foi m’a rattrapé ». Cette église tranche avec les églises limousines construites en pierres du pays. Elle est toute en briques rouges, avec des parties blanches. Anciennement Notre-Dame des douleurs, elle devint le second sanctuaire dédié à la Vierge. Lors de son couronnement en 1892, les habitants des environs offrirent des bijoux pour confectionner sa couronne.

   Sans Gérard, je n’aurais pas découvert cette perle située en dehors du Chemin. Nous nous rendons au cœur de la cité. Avant de se quitter, il me demande si je n’ai besoin de rien : nourriture, argent… car pour lui, le geste du chrétien est d’aider son prochain. Je décline cette offre en le remerciant très fortement de ces deux heures passées ensemble qui sont loin de me laisser indifférent. J’ai senti dans cet homme une foi profonde que j’ai rarement vue.

   Avant de partir de l’église, un homme vient me serrer la main. Il me dit que son épouse est actuellement sur le Chemin en Espagne. Il me demande de prier pour elle.

   Je reprends mon parcours par des petites routes en direction de Les Cars que j’avais prévu comme destination du jour. En chemin, c’est l’alternance entre pluie fine et pénétrante et parfois un rayon de soleil qui montre son bout du nez. Le poncho est encore à la fête.

   Je longe pendant un bon moment l’Aixette au débit parfois bruyant. Tout le long, on peut apercevoir de nombreux moulins. Passage au Breuil, à Saint-Martin-le-Vieux où je rencontre un groupe de randonneurs handicapés accompagnés par des moniteurs. Nous discutons un peu. Cela me fait chaud au cœur de voir qu’ils ne sont pas laissés pour compte. Leur minicar me croisera un peu plus loin, le chauffeur me klaxonnant en me saluant.

   J’arrive à Flavignac sous la pluie. Voyant qu’il y a un refuge, je décide de m’y arrêter pour ce soir bien qu’il soit tôt (15h00).  Je paie mon écot à la mairie (dix euros) et prends possession des lieux. Après la douche, je fais les courses pour ce soir et demain sans oublier de visiter l’église de l'Assomption-de-la-Très-Sainte-Vierge qui se trouve en face du refuge. Classée monument historique, elle vaut son pesant d’or avec cette décoration étonnante. Un petit saut à l’Étang Saint-Fortunat.   

   Vers 17h30, alors que je somnolais, deux pèlerins débarquent. Je fais connaissance de Mischa, un Suisse de Berne, et de Ronald, un jeune Allemand. Grands, élancés, ce sont de grands sportifs. Mischa a entamé un tour du monde passant par les différents chemins religieux, dont Compostelle. Son sac est placé sur une sorte de roulotte qu’il tire au lieu de porter, ce qui lui permet d’emporter plus de choses.

   Avec Mischa, nous parlons football (ce soir la France joue contre l’Angleterre, je l’avais oublié). Nous nous rendons au café en espérant qu’il y a une télé. Mais point. Alors, nous buvons une bière sur la terrasse. La pluie revenant, nous rejoignons le refuge. Autant Mischa est disert, autant la conversation avec Ronald est limitée. Il ne parle pas français et est d’une grande timidité. La soirée se passe ainsi en conversations diverses sur l’Europe, l’histoire, la démocratie en Suisse… Un vrai moment d’échanges entre Européens, et une meilleure compréhension des raisons pour lesquelles la Suisse ne souhaite pas rejoindre la Communauté européenne.   

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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