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Publié par Alain Lequien

   Il est presque 7h30 lorsque nous quittons les Gentianes de la Maïté de l’Aubrac. Le petit-déjeuner fut copieux.

   L’Aubrac ! On m’avait dit que c’était beau. Eh bien, je vous le confirme. C’est superbe, même sous la pluie. On ne peut rester insensible à l’amoncellement de gros rochers, à ces murs de pierres sèches, à cette nature mêlant richesse et pauvreté. Richesse de la lumière, pauvreté des prairies rases. Que dire des vaches ? Très présentes le long de la traversée du plateau, elles nous séduisent par la beauté de leur pelage blond et leurs yeux cernés de noir, comme un maquillage qui fait ressortir les yeux.

Elles sont superbes, tout est superbe, je vous le dis.

   Je suis tombé amoureux de ces lieux qui me font penser aux peuplades celtiques. Bien entendu, s’il y avait eu un peu de soleil, cela en aurait augmenté le charme. Mais, celui-ci se cache derrière les nuages, à l’état latent, n’attendant qu’un signe pour apparaitre.   

Après un passage à Rieutort d’Aubrac et Montgros, nous arrivons à Nasbinals où se déroule la compétition annoncée. Même si je m’en défends, je retrouve l’ambiance de compétition de ma jeunesse, à l’époque où je participais à ces courses de montagne. Nous parcourions alors la France, avec mon épouse et mes enfants, dans un camping-car. Une autre époque !

   Tout de suite, les questions fusent. Nostalgie, quand tu nous prends… On nous offre café et barres énergisantes pour la suite de notre cheminement.

Mon Dieu ! Comme tout cela est loin. Je ne peux m’empêcher d’aller sur la ligne d’arrivée pour applaudir celles et ceux qui se battent pour se réaliser de cette manière.

   Qui dit Nasbinals dit aussi la belle église romane auvergnate Notre-Dame de la Carce datant du XIe siècle, auprès de laquelle trône la statue du cantonnier Pierre Brioude, surnommé Pierrounet.  Grâce à un don naturel, il soigna aussi bien les animaux que les humains.

Apprenant sa mort, le chagrin des habitants de Nasbinals fut touchant :

   « De que farolou monde, aro que Pierrounet este morte ? (Que feront les gens, maintenant que Pierrounet est mort ? »

   Nous reprenons le Chemin, et croisons des compétiteurs dont certains ont du mal à terminer le trail. Voilà la voiture-balai, ici, des marcheurs vêtus de jaune ramassant dans des sacs poubelles tout ce qui a été jeté par les coureurs, ainsi que les banderoles. Un geste écologique à noter dans un monde où il faut protéger l’avenir de notre planète.    

  Neuf kilomètres après Nasbinals, après être passés au col de l’Aubrac, nous quittons la Lozère pour l’Aveyron afin de rejoindre Aubrac. Avant le village, nous pouvons voir la stèle érigée par le sculpteur alsacien Jean-Claude Lanoix . Elle est réalisée en utilisant le nombre d’or, le nombre de l’harmonie universelle. Son tronc symbolise le séjour terrestre de l’homme. Quant à l’anneau, on peut y voir l’alpha et l’oméga, le début et la fin… On y aperçoit l’église d’Aubrac, Notre-Dame-des-Pauvres. Le clou en bronze de l’association de Saint-Jacques d’Alsace nous confirme que nous sommes bien sur le Chemin menant à Santiago de Compostela. L’inscription : « Dans le silence et la solitude, on n’entend plus que l’essentiel » est bien dans l’esprit du plateau, avec ses espaces généreux.

      A Aubrac, il y a aussi la dômerie du même nom, un ancien monastère fondé au début du XIIe siècle, par l'abbaye de Conques[1]. Rapidement, l’hôpital et le monastère furent soumis à la règle de Saint-Augustin. Plus tard, les chevaliers de l’Ordre du Temple suivis de leurs successeurs furent chargés de la protection des pèlerins. En 1353, le monastère se dota d’une tour haute de 30 mètres destinée à lutter non seulement contre les routiers qui infestaient la région, mais aussi pour se protéger des exactions infligées par les Anglais. D’où son nom de Tour des Anglais.

   La tour de l’église renferme la cloche Maria, dite cloche des perdus. Elle avait pour vocation de guider les pèlerins égarés dans la neige ou le brouillard en direction de la dômerie.

   Il est maintenant temps de se restaurer chez Tante Germaine, le café connu de tous les pèlerins passant par ici. On peut y déguster ses immenses parts de tarte. On ne peut y résister. Djam et moi n’allons pas déroger à la tradition. Nous croquons à belles dents ces gâteaux qui feront notre repas de midi. Attirant l’attention, des clients du lieu, dont un touriste connu d’Auxerre, vont nous prendre en photo.      

   Mais, il ne faut pas trainer et hélas, il faut reprendre la route pour se rendre à Saint-Chély-d’Aubrac, se trouvant théoriquement à sept kilomètres de là. En fait, nous allons faire une erreur de parcours en suivant un groupe qui avait l’air de bien connaitre les lieux. Nous empruntons le GR6 qui va nous faire faire un détour de plusieurs kilomètres en passant par le Puech du Pommier à 1300 mètres d’altitude. Dans la difficulté, les caractères se révèlent.

   Fatigués, nous sommes accueillis au gîte municipal par Marta et Antoine qui désormais, vont faire partie intégrante de notre voyage pour les jours à venir. Mais, ceci est une autre histoire. Pour le diner, nous ne mangerons qu’une petite soupe chinoise laissée par des pèlerins. Sinon, c’était pain sec… 

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.   

 

[1] Adalard, vicomte de Flandres, fit don du terrain nécessaire.  La légende veut qu’Adalard, pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle ayant été attaqué par les loups, fît le vœu de construire sur les lieux mêmes de l'attaque, une dômerie pour accueillir les pèlerins si Dieu et saint Jacques venaient à son secours, et s'il restait en vie pour pouvoir poursuivre son pèlerinage. Ce qui fut fait sur ce secteur périlleux de la traversée du plateau (brouillard, loups, voleurs). Elle développa une importante fonction d'accueil des pèlerins et voyageurs. Le nom de dômerie est lié au fait que le voyageur était reçu par le dom, l’abbé, qui lui lavait les mains et les pieds.

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