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Publié par Alain Lequien

   Nous partons tôt le matin, comme d’habitude. Hormis Antoine et Marta, nous avons fait la connaissance de Kamel, un avocat en pleine reconversion professionnelle.

   Notre destination initiale est Saint-Côme-d’Olt situé à seize kilomètres, voire Espalion sept kilomètres plus loin. En fait, nous irons plus loin, ce qui va entraînera des conséquences fâcheuses pour mon compagnonnage avec Djam. Mais, n’anticipons pas et vivons ensemble cette journée.

  Nous quittons Saint-Chély par le vieux pont romain enjambant la Boralde comme le faisaient les pèlerins d’autrefois. Nous suivons ensuite un chemin de forêt à flanc de coteau, agréable d’ailleurs. Même si le ciel est couvert, la beauté des fleurs rend lumineux le tableau.

   Au bout de neuf kilomètres, nous découvrons dans un hameau une buvette improvisée mise à la disposition des passants sur le chemin de grande randonnée. Une belle initiative. Un homme âgé portant une faux à l’ancienne vient nous voir, suivi par une dame et son fils.

C’est la classique discussion sur le Chemin, agrémentée cette fois-ci de la désertification des villages. Et je me mets à penser à cette phrase du jour : « Rien n’engendre mieux la plénitude qu’un soupir poussé de tout son cœur ».

   Le Chemin nous appelle, nous reprenons la route sans avoir oublié de mettre notre obole. En route, nous découvrons une pancarte qui a été modifiée.

Le blagueur, ou le propriétaire des lieux, a transformé le « Sauf riverains » en « Sauf pèlerains » en faisant une grosse faute au passage. C’est amusant certes, mais significatif d’un état d’esprit. A priori, certains locaux n’apprécient pas trop les nombreux pèlerins.

   Les petites routes, chemins pierreux nous amènent à Saint-Côme-d’Olt, une gentille bourgade médiévale. Après avoir cherché vainement de la charcuterie de l’Aveyron, un restaurant nous accueille pour déguster une grosse salade avec des gésiers comme plat unique. Ceci, pour un prix tout à fait abordable.

   Alors que nous voulions manger dans la salle du bar pour ne pas gêner les clients avec nos sacs et notre sueur, la restauratrice a tenu à nous installer dans la grande salle au milieu des familles endimanchées. Autant dire que certains regards en disaient long sur cette proximité. Quant à la salade géante, nous avons été servis comme des rois, à tel point qu’aucun de nous deux n’a pu finir la sienne. 

   Il est un peu plus de 13h00 quand nous quittons la table. Dans l’entrée, nous retrouvons Kamel en train de déjeuner. Comme le guide indique qu’il faut quatre heures pour rejoindre Estaing, nous prenons la décision de regrouper les deux étapes en une seule journée. Grave erreur. Nous allons le payer cher.

   Avant, nous devons passer par Espalion, importante cité située à sept kilomètres. Pour cela, nous traversons une forêt. Un vieil arbre décharné me fait penser à un saint Jacques géant – peut-être le Matamore – surveillant le passage des marcheurs. Sous un autre angle, la vision est très différente.

   Non seulement cela grimpe, mais il faut gravir, en final, un escalier fait de rondins très raide. Il faut s’accrocher, car le dénivelé est important. Ensuite, c’est la traversée de carrières aux côtes courtes, mais très pentues. Nous accédons à la Vierge géante surplombant Espalion en contrebas.      

Dans la descente, nous passons près de l’église romane de Perse, la Glèisa de Pèrsa en occitan.  Joyau de l’art roman rouergat en grès rose, elle fut la première église paroissiale d’Espalion. Puis c’est Espalion, petite ville traversée par le Lot. Magnifique, tout est beau.

  Nous faisons la connaissance de quatre jeunes d’une quinzaine d’années, deux filles et deux garçons se rendant à Conques sans grands moyens. L’une des jeunes filles s’est fait mordre par une vipère qui s’était glissée dans son sac lors d’un arrêt. Heureusement, l’intervention des secours fut efficace. Elle porte le bras en écharpe et un large hématome au coude. Faire le chemin n’est pas sans risque, il faut porter attention à tout. Le danger n’est jamais très loin.

   Passage obligé à l’office du tourisme pour utiliser le wifi nécessaire à l’envoi de deux étapes rédigées pour mon blog. En sortant, nous passons sur le classique pont des pèlerins. Mais, c’était une fausse piste puisque nous devons rebrousser chemin pour suivre le Lot. Sur la rive, on peut admirer de magnifiques maisons confirmant que nous sommes dans le sud.

   Le parcours Espalion-Estaing que nous allons suivre fait partie des sept tronçons de la voie du Puy classés au patrimoine mondial de l’UNESCO.

   Après le passage obligé en cohabitation avec les véhicules automobiles, nous arrivons à Saint-Pierre. Non seulement il y a une belle église, mais aussi un monsieur Jacques de belle facture, tout en métal, plus vrai que nature. Nous entamons une grande montée en forêt et dans des champs. Passage très difficile qui va nous marquer physiquement et moralement après l’étape difficile d’hier.

   Nous sommes fatigués. Après un gros effort, tout petit incident peut prendre des proportions inhabituelles.

En clair, l’arrivée à Estaing est électrique. Les mots échangés sont loin d’être sympathiques. Il est 21h00 (eh oui !). Nous nous quittons fâchés, chacun allant de son côté. Je choisis le gîte communal, alors que Djam ira bivouaquer quelques kilomètres plus loin. C’est l’éternelle difficulté de la constitution du groupe n’ayant pas d’objectifs communs, dépendant de la bonne volonté de chacun.

   En arrivant au gîte communal, je trouve porte close. Relativement remonté, je tambourine, car je trouve inhospitalier de laisser un pèlerin dehors. Au bout de dix minutes, enfin quelqu’un m’ouvre en me disant que chacun devait prendre une clé dans un magasin… avant 18h00. Bref, après une douche rapide, sans manger, c’est un peu fâché que je me couche. J’ai naturellement mal dormi…mais à l’abri. Comme il n’y avait pas de réseau téléphonique (ce n’est pas terrible le réseau dans ces régions), je n’ai pas pu appeler ma chérie. Ce n’est que le lendemain que je recevrais un SMS de Djam s’excusant de son comportement.

   À chaque jour sa peine, demain est un autre jour. Après la tempête, le soleil… peut-être. 

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.   

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