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Publié par Alain Lequien

   Vers 1h00 du matin, un très gros orage se déclenche avec de forts éclairs qui inondent la chambre. J’entends l’eau tomber et me dis que demain, ce ne sera pas une sinécure de marcher de nouveau sous la pluie avec quatre jours de soleil. C’est cela aussi le Chemin… J’ai du mal à me rendormir, les pieds me font mal et la lassitude qui me gagne.

   Finalement, c’est à 9h00 que je reprends la route à mon pas de sénateur, après avoir bu trois bols de café et mangé le pain marocain acheté la veille. Le temps est couvert, sans pluie. Ouf ! En traversant le pont sur la Dordogne, je gagne la Gironde. Au milieu du pont, une pancarte indique « Compostelle 1100 km ». Il faut ajouter 90 km pour Cabo Fisterra. Je n’en ai pas encore fait 700 km jusqu’à présent.

   Me dirigeant vers la belle église de Sainte-Foy complètement enserrée dans la ville, je découvre une statue de saint Jacques auprès de son autel. Et puis, surprise ! Je vois un pèlerin dont la physionomie ressemble comme deux gouttes d’eau à mon frère, Lucien, disparu tragiquement. Nous nous saluons. Je suis tellement interloqué, que je reviens en arrière pour confirmer ou infirmer mon impression. En fait, je ne verrais rien. L’homme est maintenant penché en avant, ayant pris sa tête entre ses mains, une position de celui qui est en pleine prière profonde. Je n’ose le déranger.

Fatigue ? Mirage ? Envie de voir mon frère ? Je ne sais pas, mais cette image étonnante va me poursuivre toute la journée.    

   Reprise du Chemin par une longue ligne droite pour sortir de la cité girondine. Aux Caris, c'est la montée parmi les vignes. Le temps de découvrir une belle pancarte bleue. Le temps aussi d’échanger avec des vignerons qui m’invitent à me joindre à eux pour les aider. Je décline en ironisant que je n’ai pas les qualifications.

   Passage dans le petit village d’Appelles où une vieille dame me lance un « Bon pèlerinage ».

J’arrive aux Lèves ou je rencontre le maire viticulteur. Son fils travaille au Conseil régional de Bourgogne. Nous échangeons sur les vins, notamment que dans sa région, on donne trop de droit à cultiver. Il n’oublie pas aussi de reprocher le coup excessif du vin bourguignon et, selon lui, le mauvais accueil de nos viticulteurs. J’ai beau dire qu’il n’a pas eu de chance, peut-être ? Que dire de plus, il défend son terroir. Je profite du lieu pour admirer la façade de l’église. Ah ! L’architecture…

   Le soleil est devenu vif. L’orage de la nuit a chassé les nuages. Tant mieux ! Les villages défilent : Caplong, Massugas, La Grenouillette, Pellegrue et sa magnifique église. Puis la longue cote vers Saint-Ferme situé à 6 km de là.   

   L'arrivée à Sainte-Ferme s'effectue par la découverte de son abbatiale d'une grande rugosité. Je préfère aller au refuge où l’hospitalier, Dominique, me reçoit. L’accueil est chaleureux devant une bière bien fraîche. Arrive un pèlerin belge à vélo. Il a choisi  de continuer le Chemin de cette manière après avoir été renversé par un véhicule à Rocroi. Médecin, il dut abandonner la marche pour utiliser provisoirement ce mode de locomotion qu’il a l’intention d’abandonner dans les Landes une fois sa blessure à la cheville consolidée.

   Nous avons passé une soirée très agréable, parlant des anciennes religions, de la découverte par Dominique d’écrits esséniens qui bousculent sa croyance catholique, du catharisme. Ancien agriculteur habitant le Quercy, Dominique est un fervent défenseur des valeurs traditionnelles de son terroir et de l’écologie non au sens politique, mais à celui du respect de la Terre qui nous nourrit.

   

    Nous parlons aussi des frères de la route, que certains nomment routards. Il est toujours heureux de leur apporter aide et amitié, disant combien ces voyageurs rejetés de la société appréciaient de rester une ou deux journées gratuitement. Ils peuvent prendre de bonnes douches et répartir avec leurs vêtements lavés.

   Notre médecin bruxellois parle peu, plus par timidité je pense que par un manque d’intérêt. Dans mon pays, on dirait que c’est un taiseux. Le repas est copieux, et Dominique va même sortir une bonne bouteille tant il se sent à l'aise dit-il. Tout cela pour neuf euros, notre quote-part au repas, et onze euros pour la nuit dans un refuge confortable.

   Une rencontre de plus enrichissante.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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