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Publié par Alain Lequien

   Parti pour effectuer 24 kilomètres, les nombreux détours provoqués par le fléchage du Conseil général de la Gironde vont me pénaliser fortement comme me l’indiqua mon hospitalière du soir. 

   Parti d’Eysines vers 8h00, j’ai rejoint la gare de Bordeaux-Saint-Jean en bus et en tram avant de prendre le train qui m’amena vers 11h00 à La Réole.

   Mauvaise nouvelle, la pluie s’est mise à tomber m’obligeant à porter de nouveau le poncho. Peu de  monde sur la route mouillée, les kilomètres vont s’afficher rapidement au compteur. Je passe entre des champs plantés principalement de maïs, non loin de la Garonne.

   À Floudès, je découvre à l’entrée du village une étonnante petite statue représentant un dauphin ou un autre poisson. Pour quelle raison ? Le village est désert, et donc pas moyen de poser la moindre question. Ah ! La curiosité !

   Après quelques détours dus au fléchage, et un passage sur un canal, j’arrive à la commanderie Saint-Antoine de Pondaurat. Elle dépendait de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Antoine (les Antonins)  fondé à la fin du XIe siècle, ordre absorbé par décision papale par celui des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (Ordre de Malte) au XVIIIe siècle. La Commanderie semble dater du XIIIe siècle. Merci à l’association locale d’avoir aménagé une halte pèlerine permettant de se restaurer et de trouver de l’eau potable.

 

La commanderie de Pondaurat (33).
La commanderie de Pondaurat (33).
La commanderie de Pondaurat (33).
La commanderie de Pondaurat (33).
La commanderie de Pondaurat (33).

La commanderie de Pondaurat (33).

   Alors que la pluie avait cessé en arrivant à Pondaurat, peu de temps après la sortie du village, elle redoubla avec grande force. D’ailleurs, le ciel est resté très sombre. Puis elle se calma après mon parcours sur un chemin boueux et être passé sur un original pont de bois.

   À l’entrée d’un hameau, j’aperçois un morceau de carton portant la mention « attention aux chiens » écrite à la main. C’est bien ma chance. Je n’attends pas longtemps pour me retrouver quasiment encerclé par quatre chiens aboyant avec force. Usant de mon bâton, me déplaçant sans brusquerie, j’effectue des demi-cercles rapides tout en appelant les propriétaires de la maison. La cour de celle-ci est encombrée par de nombreux matériaux de toutes sortes. Il doit s’agir de ferrailleurs ou de quelque chose comme cela. Aucune réponse malgré la présence de camionnettes. Il faut me débrouiller. Peu courageux, les chiens se trouvant derrière moi pour peut-être me mordre les mollets se sont éloignés. Je me concentre sur ceux restés devant. Avançant doucement, après avoir tapé sur le sol, l’un d’eux s’éloigne à son tour. Seul, le gros chien noir continue à être hargneux. Je tape de nouveau sur le sol pour lui faire voir que je n’ai pas peur. Il continue à aboyer en montrant ses dents, mais se tient à distance. La peur du bâton ? Soudain, il s’éloigne à son tour.

   À plusieurs reprises, je me suis retourné pour m’assurer qu’il ne me suivait pas. J’avoue humblement que j’ai eu la trouille et me suis mis à maudire leur propriétaire peu accueillant. Bon, je suis passé sans dégât, mais qu’en serait-il de personnes moins armées ? Rebrousser chemin ?

   Après un passage en forêt, je rencontre devant une maison deux autres chiens ayant la taille d’un saint-bernard. Décidément, c’est mon jour ! Ils ont l’air tranquilles. L’un d’eux s’approcha de moi pour me sentir, puis s’éloigna sans même esquiver le moindre geste négatif. Là aussi, personne. Un peu plus loin, tout près d’Auros, je rencontre une étrange voiture-balai. Le conducteur s’arrête et nous entamons la discussion. Il m’explique qu’il est chargé de ramener chez eux les personnes ayant participé à un mariage la veille pour leur éviter qu’ils prennent leurs véhicules. J’ai trouvé ce geste très raisonnable. La décoration du véhicule est significative : deux balais reliés par un drap, dépassant du hayon arrière.

   Au centre d’Auros, près de l’église, un habitant me déconseille de continuer par le chemin fléché qui doit longer une rivière. « Il est plus long que par la route, et en plus il est boueux ». Va, j’opte  pour la route même si au fond de moi-même, je préfère nettement prendre les chemins de terre. La suggestion de ce brave homme, qui me fit un grand geste amical quelques minutes plus tard en passant avec sa  voiture, me permet de rencontrer deux kilomètres plus loin Jean-Pierre en train de faire brouter sa jument dans l’herbe du bord de la route.

   Parti de Metz, cet ancien gendarme effectue le chemin avec sa monture. Naturellement, nous sympathisons et décidons implicitement d’effectuer les huit derniers kilomètres nous menant à Bazas. Durant plus de deux heures, j’apprends de nombreuses choses sur sa monture, le caractère parfois fantasque de son animal, la manière de le nourrir, les difficultés du parcours avec les blessures, la perte de ses fers… Intéressant car je découvre un monde, celui de l’équitation.

   Mais, bien sûr, c’est le personnage haut en couleur qui m’interpelle. Nous échangeons longuement. Du moins, disons c’est plutôt lui qui parle. Il parle longuement : de la médiumnité et du canal entre le haut et le bas – sa seconde épouse était médium –, de l’astrologie (ma Pauline aurait aimé), de la réincarnation, du hasard qui choisit nos rencontres, bref de sa vision de la vie.

   « Les gens vivent en baissant la tête comme étant dans le guidon. Il leur suffirait de lever un peu cette tête et de regarder devant. Il découvrirait autour d’eux le besoin d’amour et ferait alors de belles rencontres ».

   Je pense que sa philosophie est assez juste. En arrivant dans la cité girondine, la jument attire toutes les attentions. Des enfants viennent la caresser. Devant un refuge distribuant des denrées alimentaires, un jeune brésilien vient nous apporter des prunes. Le geste est particulièrement gentil. Il nous indique l’arbre où l’on peut se servir à satiété. Il me demande une photo que je lui ai promis de lui envoyer. C'est fait. Maintenant, c’est la montée vers la cathédrale où Jean-Pierre attache sa jument à une barre de stationnement. Le défilé des jeunes et des touristes continue. Une vraie attraction. Avant de nous quitter, nous avons partagé une bière. Il me confia qu’il y avait longtemps qu’il n’avait pas parlé aussi longuement avec quelqu’un.

   Me rendant à l’office du tourisme, je trouve porte close malgré les horaires affichés. Me retrouvant sans refuge, je parviens à joindre Pierrette qui, après m’avoir fait la leçon du fait qu’il fallait réserver au moins 48h00 à l’avance, se radoucit. Elle propose de me dépanner et de me recevoir chez elle à la bonne franquette. Jean-Pierre, de toute façon, a l’intention de camper en dehors de la cité.

   C’est ainsi que je suis accueilli par Pierrette et Jean, deux retraités ayant parcouru le Chemin il y a 14 ans, dans leur maison à Saint-Côme, à trois kilomètres de Bazas. Je découvre des gens charmants, intéressants, tant et si bien que notre conversation va durer près de trois heures. Au menu, mes hôtes me proposent de partager les restes de la fête organisée pour leurs cinquante ans de mariage. Un bien bel anniversaire ! Sans oublier une bonne bouteille de vin.

   De nouveau, j’apprends mille choses, notamment l’histoire rocambolesque de l’écriture du livre de Paulo Coelho sur le Chemin de Compostelle.  À l’évidence, mes hospitaliers sont tombés sous le charme de la Galice. Après une bonne tisane, c’est l’heure d’aller se reposer.

    À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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