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Publié par Alain Lequien

   Je me suis endormi rapidement dans la petite chambrée. Ce fut le chant des nombreux oiseaux qui m’ont réveillé aux alentours de 6h00. J’ai passé un peu de temps à sauvegarder mes photos sur mon ordi, relu quelques textes.

   Vers 7h30, je suis descendu prendre le petit déjeuner. La confiture faite maison est succulente. Comme mon intention est de visiter la cathédrale, Jean qui en possède la clé se propose d’être mon guide. Le hasard - toujours lui – est qu’en fait, il est le vice-président de l’association de sauvegarde de la cathédrale. Avec son épouse, ils ont rédigé un livre comprenant des commentaires et des photos sur les 64 vitraux de la cathédrale[1].

   Une question me taraudait. Pourquoi ce titre de cathédrale ? En fait, l’archevêque de Bordeaux, bien que l’on soit toujours en Gironde, possède  les deux dignités, celles de Bordeaux et de Bazas. En effet, du Ve siècle jusqu’à la Révolution française, soixante-quatre évêques se sont succédé, tous cités dans la magnifique rosace. De fait, Bazas a conservé son titre de cathédrale. Une spécificité du lieu, important pour le tourisme de cette ville de cinq mille habitants.

   La cathédrale gothique date du XIIIe siècle et dut subir les affres des guerres de religion et de la fureur des révolutionnaires. Consacrée à Saint-Jean-Baptiste, elle conserva une relique jusqu’à la Révolution. La légende citée par Grégoire de Tours, raconte qu’une dame de Bazas avait assisté à la décapitation de Jean sur les ordres d’Hérode. Soudoyant un garde, elle aurait trempé un linge dans le sang du futur saint qu’elle ramena en son pays. Cette relique fut conservée pendant de nombreux siècles.

   Avec Jean, mon hospitalier et guide, nous avons passé plus d’une heure à admirer ce chef-d’œuvre de construction et de luminosité qui mériterait d’être mieux connu. Jean possède une grande culture et une passion à toute épreuve. 

   Je prends le chemin pour mon étape suivante indiquée par Pierrette. Elle se trouve hors du chemin, dans une ferme située au Billon. Je vais suivre au sud de Bazas l’ancienne voie de chemin de fer devenue un chemin de terre. Au début très agréable entre les arbres, elle se transforme au fur et à mesure de la descente vers le sud en chemin de terre et de pierres au milieu des pins.

   Parfois, je rencontre un pont coupé m’obligeant à descendre et à remonter de l’autre côté une pente raide. Parfois, c’est un arbre tombé par un orage qui bouche le chemin. Autrefois, c’était une technique employée par les voleurs pour dépouiller les voyageurs. Les temps ont bien changé heureusement.

   Ce long chemin me mène à Captieux, un village sans vraiment beaucoup d’intérêt pour le pèlerin. J’y vais quand même pour acheter du pain et boire une bonne bière bien fraiche à la terrasse d’un café. On est pèlerin certes, mais il faut quand même un peu s’entretenir. L’occasion d’échanger quelques mots avec deux touristes allemands tout surpris de me voir.

   Reprenant le chemin, j’aperçois au loin un groupe compact auprès duquel je me rapproche assez rapidement. Enfin, j’aperçois une famille avec deux ânes. Pourquoi enfin ? Tout simplement parce que cette famille fait parler d’elle sur le Camino. Un couple avec trois jeunes enfants, dont l’un à la jambe cassée, accompagné de deux ânes, cela ne laisse pas indifférent.

   Il y a ceux qui sont foncièrement contre. Selon leurs dires, comment une famille responsable peut-elle entrainer ses enfants dans une telle aventure ? C’est le projet des parents, pas des enfants… En gros, le rejet. Il y a ceux qui sont plus nuancés, comme moi d’ailleurs, qui trouve risqué d’entrainer des enfants dans une telle expédition. Je ne l’aurais jamais réalisé avec les miens.

Et puis, il y a les enthousiastes, ceux qui pensent que cette aventure ne peut être que bénéfique pour le couple et les enfants. Donc, un bon échange en perspective.

    Une seconde raison plus personnelle me pousse à entamer la conversation, c’est que nous avons des amis communs, Isabelle et Philippe, qui m’en ont parlé longuement de Blandine et d’Arnaud à Dijon et lors de notre visite au château de Bussy-Rabutin (Côte d’Or) pour la Saint-Jean.

   C’est donc une grande surprise pour cette famille de découvrir quelqu’un sur le Camino qui a des attaches communes. Comme je dois me rendre dans une airial (clairière au milieu des pins éloignée du bourg où cohabitent une maison landaise, des pelouses, des arbres centenaires, un four à pain, un colombier et de multiples dépendances permettant de vivre en autarcie), nous décidons de nous y rendre ensemble et de partager la soirée.

   Celle-ci fut très riche d’échanges sur la famille, la philosophie. Blandine et Arnaud tenaient une boulangerie en Haute Côte d’Or dont la réputation était telle qu’il venait vendre leur pain jusqu’aux Halles de Dijon. Arnaud est Compagnon boulanger, ce qui dans l’esprit de mon voyage rejoint mon cheminement personnel. Tourangeaux, Cœur à l’ouvrage, puisque tel est nom compagnonnique, m’a impressionné par son engagement, sa réflexion, sa soif d’apprendre et de partager. Blandine, son épouse, partage les mêmes passions. Je dois dire aux grincheux qui jugent un peu vite que les trois enfants, Gabin, Prune et Maviko vivent pleinement et avec le sourire ce voyage partagé avec leurs parents. Ils sont heureux même s’ils vivent sous la tente avec la complicité des deux ânes Balou et Calichon.

   J’ai passé une excellente soirée autour de l’agape communautaire préparée par Blandine sous la terrasse de mon gite. Un repas de fête composé de ce que nous avons dans nos sacs. Plus que la nourriture physiologique, ce fut la nourriture spirituelle qui l’emporta.

   Il a fallu la nuit et la fraicheur pour que l’on se sépare après la vaisselle. Alors que la famille rejoignait sa grande tente, j'ai sauté dans mon lit. .  

    À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

[1] Texte Jean Barran, Photos Pierrette Barran, Les vitraux de la Cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Bazas, disponible à l’Office du tourisme.

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