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Publié par Alain Lequien

   Avec Thomas, nous prenons la route vers 8h00, accompagnés jusqu’au fléchage par André, notre hospitalier. Montant la côte pour sortir de la ville, Thomas m’avoue être en rupture avec la société, chose que je trouve tout à fait normale à son âge. J’avais tenté de faire de même, ceci est une autre histoire. Il veut suivre la voie la plus courte en longeant la route nationale.

   Comme cela ne me parait pas tranquille, nos chemins se séparent. Je préfère suivre la voie sinueuse plus calme des petits chemins sans véhicule. Nous nous donnons rendez-vous pour le soir au refuge de Mont-de-Marsan. En fait, il n’en fut rien, je me suis retrouvé seul. Je ne l’entendrais donc pas jouer de sa guitare électrique.

   Pourquoi cette absence ? Les raisons sont multiples, lui seul peut y apporter sa réponse. Peut-être que la marche lui a semblé trop dure ? Peut-être n’avait-il pas les moyens de financer son voyage ? Peut-être trouvait-il que la présence d’un vieux auprès de lui n’est pas propice à réaliser son propre chemin ? Peut-être que l’abandon de celui qui devait l’accompagner dans son périple lui pèse ? …

   Je me suis mis à repenser à ce que m’avait conté André. Voyageant de concert avec un jeune sur le Camino, celui-ci lui avait dit un jour : « Il faut que l’on marche chacun de son côté. Là, nous faisons un chemin ensemble. C’est bien, mais nous ne faisons pas chacun notre propre chemin ». Sur le coup, André avait été surpris, mais après réflexion, il avait trouvé normale cette demande. Chacun doit en effet effectuer son propre chemin, celui-ci est unique. C’est tout à fait le sens du mien actuellement.    

   Pour en revenir à cette journée, tout a commencé par des routes sinueuses, une petite discussion à la sortie de la ville avec un ancien en train de jardiner. De la route, je sentais l’odeur des multiples fleurs de son jardin.

   Après un passage rapide le long de la route nationale, c’est la traversée de la forêt en suivant un chemin sablonneux. En passant dans un petit village, une petite église landaise, et devant une maison, un mât décoré de fils bleu et de blanc avec cette mention : « Honneur à notre président » avec le dessin humoristique d’un personnage de dessin animé portant un fusil. Peut-être la maison du président de la société de chasse ? .
   Arrivée à Bostens, je suis en harmonie avec son étonnante église. L’enfilade de ses colonnes, son étroitesse, sa pierre, tout est magnifique. J’y ai trouvé notamment un magnifique vitrail d’une Vierge à l’enfant qui fera l’objet certainement d’une belle photo pour ma puce

Étape 30 : Roquefort (40) à Mont-de-Marsan (40) – 28 km - (818 km)Étape 30 : Roquefort (40) à Mont-de-Marsan (40) – 28 km - (818 km)

 

  Attenant à l’église, l’association des Neuf Fontaines a créé une halte pèlerin très bien aménagée avec fauteuils, café, thé. Merci à ces bénévoles qui nous mettent du baume dans un monde de brutes (je rigole !).

   À la sortie du village, j’aperçois de nouveau une statue d’une Vierge à l’enfant posée sur un socle et entourée de colonnes réalisées en briques. Le soleil venant éclairer la tête de la Vierge. J’en profite pour ramasser des noisettes. Hélas, beaucoup sont vides. Ainsi va la nature…

   En chemin, j’ai apprécié le geste généreux et gratuit du propriétaire d’une belle villa qui met à la disposition des pèlerins de passage une fontaine d’eau où chacun peut se désaltérer.

   J’arrive maintenant à l’entrée de Bougue. Sur le trottoir, présence de crottes fraiches de cheval. Jean-Pierre est-il passé par là ? Je sais qu’il est devant, car nous suivons la même route. Petit arrêt devant l’église intéressante notamment par son avancée et ses colonnes torsadées. Elle est hélas fermée. J’en profite pour m’asseoir sur un banc pour manger un morceau.

   Deux campings-caristes viennent me voir au sujet de mon pèlerinage. Leurs questions sont surtout pratiques pratiques. Il faut de tout pour faire un monde.

M’étant déchaussé pour faire respirer mes pieds, mes interlocuteurs aperçoivent quelques-unes des marques classiques du marcheur tels qu’ampoules et autres babioles. Ils se disent impressionnés par tout le chemin fait ou à faire. Je les rassure avec un peu d’ironie, j’y prends du plaisir. Après ses considérations, ils s’éloignent en papotant. J’entends indistinctement un commentaire du style « Ah ben, ce n’est pas moi qui ferais cela ! », ce qui me fait sourire.

   De nouveau, il faut repartir. Après une petite côte assez raide, je découvre la piste cyclable du Marsan et de l’Armagnac qui va me mener à Mont-de-Marsan. J’y arrive environ une heure plus tard. Je profite du passage près d’un magasin discount pour faire quelques courses. Pas sympas les jeunots au caddy plein qui sont devant moi. Ils font semblant de ne pas me voir. Alors que je n’ai que quelques babioles, je dois poireauter plus de dix minutes.

   En plus, ce sont des râleurs avec la caissière. Auparavant, j’aurais réagi devant ces enquiquineurs. Là, je les ai simplement regardés dans les yeux sans rien dire, avec un grand sourire moqueur. Ils ont baissé les yeux. Après tout, la politesse s’apprend et ils n’ont peut-être pas reçu l’éducation adéquate. Enfin, c’est la vie.

  Je recherche le refuge de pèlerins installé dans les anciens Bains-Douches géré par une association jacquaire. Ayant récupéré la clé dans un supermarché voisin, je suis de nouveau seul. Michel, l’hospitalier, passe vers dix-huit heures. Nous réglons les formalités d’enregistrement, il tamponne ma crédentiale prouvant mon passage.

   Pour le diner, je me rends à La Casa, un restaurant tout proche proposant un menu pèlerin simple et copieux. Auparavant, comme le fond de l’air est frais, je passe en ville faire l’acquisition d'un pull en solde (quinze euros) et une clé USB pour remplacer celle laissée à Blandine pour sauvegarder ses photos. J’en profite pour réaliser les tirages photo promis à mon Brésilien de Bazas (merci pour la responsable du magasin pour m’avoir attendu après les horaires de travail). Il faut savoir tenir ses engagements. Je les ai déposées dans une boite aux lettres.

   De retour au gite, il ne faudra pas longtemps pour m’endormir du sommeil du juste.

    À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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