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Publié par Alain Lequien

   La nuit fut courte, car le refuge est situé en zone bruyante. Comme j’ai le Wifi, je me suis levé vers 4h00 pour mettre à jour le blog que vous êtes nombreux à suivre (merci de vos encouragements) et mon courrier en attente.

   C’est vers 8h30 quand je prends le cheminement. Merci pour l’attention de notre hospitalier ayant laissé des petits paquets de gâteaux pour la route du lendemain. Avant de quitter les lieux, je laisse mon obole puisque le gîte est classé donativo. Une petite photo de l’entrée du refuge cohabitant avec un vieux chêne planté en 1848, un arbre de la Liberté mesurant cinq mètres de diamètre. La légende locale raconte qu’il serait issu d’un gland récolté auprès du vieux chêne de Saint-Vincent de Paul, ce gland ayant été amené par une sœur religieuse à Mont-de-Marsan.

   La sortie de la ville s’effectue par la remontée d’une longue route commerçante qui doit, dans un premier temps, me faire passer par Saint-Pierre-du-Mont. En cours de route, je reçois des encouragements d’un homme âgé qui arrête sa voiture à ma hauteur dans l’entrée d’un parking d’un petit supermarché. Une voiture qui le suivait se met à klaxonner. Cela n’a pas l’air de gêner notre homme qui me dit : « Laisse tomber, encore un pressé qui n’a rien compris ». Il continue de me parler du Camino.

   Un peu plus loin, je m’arrête à une boulangerie pour prendre un pain complet tranché. Une habitude bien pratique que j’ai prise désormais pour avoir rapidement des tranches pour déjeuner. Elle me sert et, sans rien me dire, en prépare un second sans me le faire payer. « Ce sera pour la route », me dit-elle simplement. Je bredouille un remerciement rapide. Sans attendre, elle me dit avoir aperçu Jean-Pierre avec son cheval passer la veille.

   Alors que je suis en train de mettre le pain dans mon sac en dehors de la boutique, un homme s’approche de moi pour me dire qu’il a vu et même reçu chez lui Jean-Pierre. « Un homme sympathique, mais qui boite maintenant, car il a un problème de hanche ». C’est toujours notre risque sur le Camino, le pépin de santé. J’espère que mon compagnon s’en remette, il le mérite, car c’est un homme attachant. C’est aussi un grand plaisir d’avoir des nouvelles des uns les autres. Radio Camino.

   En route, je traverse de nombreux chemins sablonneux, le paysage a la beauté des mélanges de couleur. Le soleil est très présent. J’entends les oiseaux gazouiller, sans oublier les insectes et les moustiques. Tout va bien, trop bien peut-être.

   À Benquet, je suis accueilli par plusieurs personnes, dont une dame de 74 ans qui s’est arrêtée pour me parler alors qu’elle faisait son footing. Eh oui ! À son âge ! Elle rêvait de faire le Chemin, mais l’âge faisant, elle y a renoncé. C’est étonnant le nombre de personnes qui, depuis mon départ, m’ont déjà fait cet aveu.

   Je visite l’église et sa magnifique décoration. C’est un festival de couleurs assez différent des églises rencontrées. Tout ici est dans la recherche harmonique. Les paroissiens ont laissé un message d’accueil pour les pèlerins, et posé sur une table un livre d’or à l’attention des passants. Leur attention a été jusqu’à mettre une chaise pour permettre le repos du visiteur. Une belle attention pour le marcheur.

   Hélas, après ces moments joyeux, les choses vont se gâter, car le marquage a disparu. Ne le voyant plus, j’ai continué sur la route empruntée. Une erreur déjà connue auparavant dont je n’ai pas tiré la leçon. Une sorte d’entêtement me fait continuer au lieu de revenir en arrière. D’où, un grand détour à cause d’une voie rapide non signalée sur mon plan.

   Pour rattraper la route de Saint-Sever, et éviter de trop m’éloigner, je prends l’option de parcourir la voie de chemin de fer qui apparait désaffectée sur plusieurs kilomètres. Si certains passages sont aisés, d’autres sont plus ardus au milieu des cailloux et aux supports des rails en bois. Fatigant. Enfin je quitte cette galère pour en prendre une autre, suivre le bas-côté d’une route départementale très fréquentée naturellement, face aux voitures. Il faut constamment faire des allers et retours entre chaussée et bas-côtés selon le passage des voitures. Les camions sont les plus dangereux, car ils ne s’écartent pas, passant au plus près. La guerre camion-voiture existe aussi vis-à-vis des piétons.

   Mes pieds me font souffrir. C’est un mauvais moment où je râle et peste contre tout bien que de toute façon, cela soit inutile. C’est le vécu du pèlerin d’aujourd’hui, très loin de nos ancêtres pèlerins qui avaient bien d’autres soucis.   

   Avant de passer à l’office de tourisme pour me rendre au gîte jacquaire, un petit moment de détente pour mes pieds sur les bords de l’Adour. Agréable, il va sans dire. Ils en ont bien besoin ces pauvres supports de ma carcasse. Je me questionne sur mes chaussures car j’ai les pieds enflés par la chaleur. Peut-être faut-il que j’abandonne les chaussures fermées au profit des sandales ? Après tout, qu’est-ce que je risque ? Un petit investissement pour plus de confort. Après, je déciderai…  

   Après ce petit repos bien mérité, c’est la montée vers l’ancienne cité par une pente raide sur un chemin caillouteux. J’y croise un jeune vététiste qui descend à pleine vitesse, et qui a quand même le temps de m’envoyer un sympathique salut.

   À l’office du tourisme, la préposée me donne le code contre le paiement de huit euros pour la nuit et le petit déjeuner. Voilà un gîte qui vaut la palme. Je suis accueilli dans l’entrée par un étonnant saint Jacques. Après une douche bien chaude et réconfortante, je dois faire quelques courses pour manger ce soir. Je n’ai pas envie d’aller dans un estaminet. Je suis trop crevé physiquement et j’ai une grosse courante.

   Me dirigeant vers un parking pour demander où se trouve la grande surface, je rencontre Patrick qui se propose de m’y emmener. Paysan du cru, il me dit être malade à cause des produits chimiques utilisés sur les cultures. « Mais, rajoute-t-il avec un sourire, je suis un fervent défendeur de la corrida. » Même si je ne partage pas cette passion, nous avons échangé devant le supermarché sur les traditions. Nous avons conclu qu’elles portent l’esprit et le comportement des gens de chaque pays. « Nous sommes un pays de gens peu fortunés, possédant de petites exploitations. Il est naturel chez nous que tout le monde s’entraide. Quand on voit des jeunes s’installer sans trop le sou, chacun apporte ce qu’il peut pour que tout le monde mange ». Une belle leçon de vie que je partage tout naturellement.

   Après avoir fait les courses dont un poulet rôti, pour ce soir et demain, je rejoins à pied le gîte pour me reposer un peu. Je sors ensuite pour visiter la cathédrale, monument classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, objet de la chronique ci-après. Sans oublier le couvent des Jacobins qui abrite le gîte pèlerin, et d'acheter les fameuses sandales.

  De retour, je me force à manger. Il est encore tôt, et pourtant, le sommeil va vite venir. C’est vrai que je me suis réveillé ce matin de bonne heure.

   À lire, l’histoire de l’abbatiale Saint-Sever ci-après. Alain, Bourguignon la Passion.

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