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Publié par Alain Lequien

   Je me lève à 6h00 pour mettre à jour mon ouvrage. Le problème, quand on écrit, c’est que l’on ne choisit pas le moment où les idées viennent à l’esprit. Je ne suis pas très vaillant, je ressens encore la fatigue de la veille. Mais bon, si le pèlerin ou cheminant doit savoir écouter son corps, il ne doit pas non plus se laisser diriger par lui.

   Vers 8h30, après un bon café et un peu de pain – je n’ai pas faim ce matin -, je quitte le gite pour prendre la route. Comme mes pieds me font souffrir, surtout aux talons où je ressens maintenant une sorte de piqure, je décide de tester la marche avec les sandales acquises hier. Certains pèlerins parlent de liberté dans le mouvement. Je vais donc me faire mon opinion.

   Je ne suis pas déçu puisque je vais les conserver toute la journée. Le passage dans l’herbe mouillée par la rosée du matin est particulièrement agréable, mouillant les pieds d’une sensation de grande fraicheur. Agréable pour ne pas dire plus. C’est ainsi que vont se dérouler les premiers kilomètres m’amenant à Audignon, par des petites routes arrosées parfois par l’eau d’arrosage des champs de maïs.

   L’eau est tirée de la rivière à l’aide de grosses pompes dont le bruit envahit la campagne environnante. Sur un petit chemin, je suis cordialement arrosé par l’eau dont la pompe est un tracteur. Ce n’est pas désagréable. Mon petit-fils Yohan s’en serait bien amusé. Hier, j’ai été content de recevoir son SMS : « Prends soin de toi… » Brave garçon.  

À Audignon, l’église est fermée pour travaux. Citée dans les chroniques, c’était une étape importante où se rejoignaient jadis les voies du Puy et de Vézelay. Maintenant, celle-ci s’effectue à Ostabat-Asme. Il y avait deux hôpitaux tenus par des Hospitaliers, la première par la Commanderie du Saint-Esprit, la seconde par l’Ordre espagnol de Calatrava. 

   M’étant rendu à la mairie, le maire m’en confia la clé. Au milieu de l’église remplie d’échafaudages, je découvre un retable anglais gothique du XIVe siècle, un véritable chef-d’œuvre. Il est vrai que la région fut anglaise pendant plus de trois siècles, de 1152 à 1453. Ce fut pour moi l’occasion de discuter avec cet édile de la promotion culturelle, un tel joyau ne pouvant pas rester caché, il doit être mis en valeur. 

   Je reprends ma route vers Horsarrieu où, après une cote très raide, j’ai le plaisir de découvrir une table avec des bancs me tendant les bras. Petite discussion avec un employé venu tondre la pelouse sur le Chemin, le temps… L’occasion aussi de finir le poulet acheté la veille. Une dame sort pour aller chercher son courrier, elle me parle sans répondre à mes questions. Elle doit être sourde. À l’entrée de l’église, je découvre une stèle comportant des signes qui ne me sont pas étrangers. Bizarre.

   Direction Hagetmau où je voulais visiter la crypte Saint-Girons. Hélas, un postier m’indique qu’elle est fermée. Quasiment deux kilomètres pour rien. Je traverse la cité bien proprette, très fleurie qui respire plus le commerce que l’authenticité. Pourtant, le panneau d’accueil du Chemin de Vézelay est bien mis en valeur à l’entrée de la cité. Peut-être que les habitants que j’ai questionnés m’ont pris pour un frère de la route, c'est-à-dire un clochard ou un routard.  Comme il fait chaud, on me sert chichement de l’eau fraiche. Ici, je ne semble pas être le bienvenu.

   Je quitte rapidement la cité peu accueillante pour prendre la direction de Labastide-Chalosse où je suis censé trouver un gite. Hélas, j’apprends que le gite est mis à disposition des loueurs de la salle des fêtes. Donc, inaccessible.

   À la sortie, je frappe à une maison pour demander de l’eau. La dame me permet non seulement de remplir ma gourde, mais m’offre une bouteille de cinquante centilitres de coca bien fraiche. Un vrai régal par ce temps lourd. L’occasion de discuter sur le foie gras qu’elle est en train de préparer pour son fils.

   Reprenant mon cheminement, je me dirige vers Beyries situé à six kilomètres de là. Quelques belles côtes à grimper, si bien qu’à Argelos, un couple a pitié de moi. Il m’emmène en voiture au gite communal de Beyries où trônent deux lits de camp et des matelas posés sur une estrade moquettée. Cela me va très bien, je viens de faire trente-et-un kilomètres sous la canicule. Ce lieu paisible où je suis seul me ravit malgré le rudimentaire.

   Alors que je sommeillais, Évelyne qui gère ce lieu vient me donner les consignes. Je donne ce que je veux sachant qu’il faut régler la petite épicerie mise à disposition. Elle la complète pour que je ne manque de rien.

Elle me laisse le livre d’or et tamponne ma crédentiale. Elle et son mari doivent partir au village voisin pour la fête du 14 juillet. Dans le village, il n’y a prévu aucune festivité.

   Dehors, le vent souffle fortement et la pluie s’annonce. Après le temps de canicule de la journée, ce n’est pas étonnant que l’orage vienne.

   Vers 20h00, je m’endors épuisé. 

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.  

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