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Publié par Alain Lequien

 

C’est relativement tôt que je quitte seul le gîte de Lauzerte. Je fais le tour du village, il n’y a aucun bar ouvert. Je me contente donc d’un thé vert, le dernier qu’il me reste dans mon sac, avant de prendre la route.

   Au détour d’une descente, je découvre une stèle inaugurée le 1er octobre 2006 en présence du chef indien Clifford Moar. En voici le contenu : « Cette terre est dédiée à la Nation des Indiens Innus (Montagnais) du Québec en reconnaissance de l’hospitalité  chaleureuse que les autochtones d’Amérique ont réservée à nos ancêtres navigateurs européens. La Terre n’appartient pas aux hommes. C’est l’homme qui appartient à la Terre. » C’est beau.

   Quatre kilomètres après mon départ, je découvre en haut d’une côte la tente de Djam. Nous décidons de continuer à faire le chemin en commun. J’attends qu’il plie son matériel. Durant ce temps, je suis piqué par des moustiques locaux. Il faut croire que ceux-ci aiment le Bourguignon.

   Une demi-heure plus tard, nous reprenons la route. Mon compagnon est de bonne humeur. Nous découvrons une étrange pièce de maison placée sur pilotis. Pour quelle raison ? Cela n’a rien à voir avec quelque chose de connu.

   Un peu plus loin, dans la pente d'un vallon boisé, c’est une chapelle romane désaffectée sous l’égide de saint Sernin. Lorsque nous ouvrons la porte, un pigeon qui semble s’être égaré en profite pour s’échapper en nous rasant.   

Continuant notre parcours, nous longeons une plantation de cerisiers. Le propriétaire a eu la bonne idée d’éviter que les marcheurs, promeneurs et pèlerins aillent cueillir les fruits dans les arbres. Il a mis à disposition des plateaux de fruits mûrs cueillis, en mode donativo au profit des enfants. Ils sont les bienvenus, nous les dégustons avec plaisir.

   Les chemins herbeux sont agréables.

Contrairement aux routes goudronnées ou aux chemins pierreux, le sol est meuble et fatigue beaucoup moins les pieds et les muscles. Par contre, le tracé fait de nombreux détours pour éviter de traverser les cultures. On peut le repérer en prenant comme référence une maison située à cinq ou six cents mètres à vol d’oiseau. Nous sommes passés devant il y a une demi-heure. C’est normal, il faut respecter les propriétés.

   Nous avons parcouru une douzaine de kilomètres. Le manque de caféine est présent.

Passant devant un hôtel, nous demandons si on peut nous en servir un. La réponse positive nous rassure, et nous nous attablons sur la terrasse. Djam est pressé de continuer son cheminement. Je ne le reverrai qu’à Moissac.

   Comme il y a le wifi, je reste un moment à écrire et à poster un article sur mon blog. J’apprends par l’hôtelière que Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre, y a fait halte lorsqu’il cheminait pour y fêter son anniversaire. « Ce fut un grand moment », me dit-elle. Je veux bien le croire, c’est une bonne publicité pour son établissement.   

   Je dépasse Durfort-Lacapelette, un village sans église alors qu’il en existe cinq disséminées dans la campagne. J’en croise une petite, quasiment une chapelle de pierres et briques, dédiée à Saint Martin de Montaure qui, hélas est fermée. J’y apprends que Djam est déjà passé.

   De nouveau des passages en forêt avec quelques montées raides suivies de descentes par des petites routes goudronnées. Passant sur l’une d’elles, non loin de Moissac, je découvre des arbres fruitiers protégés par des filets. Il fait maintenant très chaud, et je commence à traîner les pieds.

   À l’entrée de Moissac, dans un rond-point, deux pèlerins taillés dans de la tôle nous accueillent au milieu des fleurs. Je profite de la présence d’un supermarché pour faire quelques courses, notamment une bouteille de Coca. Oui, je sais ! C’est plein de sucre, mais j’ai besoin de sucre.

   Je ne sais toujours pas où est Djam pour qui j’ai retenu le gîte à l’accueil chrétien de la collégiale, chez les Sœurs de la Miséricorde. J’apprendrais plus tard qu’il s’était mis à l’écart pendant une heure et demie pour faire sécher sa tente.

   J’arrive enfin au refuge où je suis accueilli par une hospitalière. Après ma douche rafraichissante, j’arrive à contacter Djam qui se trouve maintenant à l’entrée de Moissac. Je vais au-devant de lui. Il est lessivé et c’est avec plaisir qu’il se met à l’abri. Dans l’entrée de la maison de carmélites trône un Saint-Jacques de belle facture.

   Nous savons qu’à 18h00, a lieu la bénédiction des pèlerins, messe traditionnelle pour ceux qui partent sur le Chemin. C’est ouvert à tous ceux qui le veulent, qui ressentent une spiritualité. Elle a lieu dans l’une des chapelles latérales.

   Avant d’y assister, je redécouvre le portail de l'abbatiale, réalisé entre 1110 et 1130. Son tympan évoque l'Apocalypse de Jean, représentant le Christ entouré de quatre évangélistes (dont trois sont représentés par des animaux) et des vingt-quatre vieillards musiciens. Elle est toujours aussi belle que dans mon souvenir, même si elle manque d’entretien et de mise en valeur.

   Qui dit abbatiale, dit abbaye. Celle de Saint-Pierre de Moissac remonte à l'époque mérovingienne. Une légende l'attribue à Clovis pour remercier Dieu de lui avoir permis de vaincre les Wisigoths en 506. Il serait monté sur une colline proche pour y lancer son javelot. Celui-ci se serait fiché dans un marais où l'abbaye a été bâtie. En fait, les plus anciens vestiges trouvés par les archéologues remontent au VIIe siècle. 

Son cloître est un pur chef-d'œuvre de l'art roman datant de la fin du XIe siècle. On dit que c’est le plus ancien cloître historié du monde ! Ses 76 chapiteaux sont une merveille, une bande dessinée. Chacune des quatre faces d’un chapiteau raconte un épisode des deux Testaments et de la vie des martyrs.  Des scènes de l'Apocalypse, de la prise de Jérusalem par les chrétiens lors de la première croisade, de la décapitation de Goliath… Chaque pilier d’angle est agrémenté d’un couple d’apôtres.

   La messe à laquelle nous assistons est dite par un prêtre en pèlerinage. Son homélie fut très universelle. Il nous parla du pardon, une nécessité pour les personnes impliquées puisse sortir de la situation de conflit. À la sortie, en compagnie d’une ancienne juge de parquet présente, nous eûmes un échange avec l’officiant sur ce sujet. Selon nous, moi en tant que juge consulaire, nous pensons que le pardon ne peut être que le fait d’une initiative personnelle. Par contre, le rôle de la société n’est pas de pardonner, mais de savoir prononcer les sanctions équitables, nécessité de traiter uniformément les droits des justiciables.

   Le soir, nous dînons avec notre hospitalière. Elle nous fait tirer à chacun une pensée.

   La mienne : « On peut aussi bâtir quelque chose de bien avec les pierres qui entravent le chemin ».

   À méditer.

   Vers 21h00, nous dormons tous. Demain est un autre jour.  

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

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