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Publié par Alain Lequien

 

  Il n’est que 6h30 lorsque je franchis la porte d’Auvillar après une bonne nuit réparatrice. Après un bon petit-déjeuner, je prends la route lorsque le soleil commence à pointer son nez. Je déambule seul dans les rues de la petite cité médiévale. Mes pas et le bruit de mon bâton résonnent comme dans un amplificateur.

   Sur la route, l’ombre de ma marche vaut bien une photo. Ombre et Lumière. Voilà un beau sujet matinal. Le soleil aurait certainement aimé transpercer l’être que je suis. Mais, la part sombre de moi-même fait écran et se déplace à mon pas de sénateur.  Pour l’instant, beaucoup d'asphalte. Toutefois, il arrive qu'un chemin de terre qui lui est parallèle permette d'éviter le goudron et surtout le risque d’être bousculé par une voiture. Une fois suffit à ma peine.

   J’arrive enfin, au bout de huit kilomètres, à Saint-Antoine sur l'Arrats que j’avais projeté d’atteindre hier. C’est aussi l’entrée dans le Gers. C’est un joli petit village où trône l’église Saint-Antoine de belle facture. Il est vrai que les Antonins (membres de l'ordre des chanoines hospitaliers de saint Antoine) y vécurent pendant plus de cinq siècles.

   Je décide de prendre un café au seul bar ouvert. J’ai été attiré par une proposition de repas créole, étonnante en ce lieu. Les propriétaires ont quitté la belle ile de la Réunion pour s’installer ici. Il le regrette, car l’ile paradisiaque leur manque. Ils ont comme projet d’y retourner. J’apprends que Djam a dormi tout près, sur un carré d’herbe. C’est bien.

   Je reprends mon cheminement après avoir croisé un cheval et un poney traversant le village.

La route est belle, l’environnement verdoyant. Un peu plus loin, un fermier propose de l’eau et du café en mode donativo. Cette fois-ci, je passe mon chemin.

   À Flamarens, je rencontre des pèlerins connus. Nous admirons une église partiellement détruite en cours de rénovation. Mais ce qui attire l’œil, c’est le château féodal du XIIIe siècle. Son propriétaire actuel met beaucoup  d’argent et surtout de temps personnel pour lui donner son allure actuelle.  

À Miradoux où se déroule le marché, je recroise la famille alsacienne rencontrée à Moissac lors de la bénédiction. Ils ont dormi au gîte de Saint-Antoine et me demandent des nouvelles de Djam. Sa présence sur le Chemin ne laisse personne indifférent, et questionne beaucoup de monde. Cela est bien en soi. « Radio Camino » fait le reste. En passant, je ne peux m’empêcher de photographier un monsieur Jacques de belle facture dans sa niche.

   Dans une descente herbeuse, je peux admirer un château perché sur sa colline. Depuis quelque temps, j'aperçois de plus en plus d’ardoises portant la signature de l’Alchimiste, reprenant des citations de Paulo Coelho. Cet alchimiste, un homme à rencontrer même si certains – mais, ont-ils raison ? – le classifient comme sectaire. Par principe, j’aime me faire mon opinion par moi-même, car tout ce qui se situe hors de la normalité suscite toujours de la jalousie et un rejet. On dit parfois n’importe quoi quand on n’a pas d’arguments sérieux.

À Castet-Arrouy, après vingt-deux kilomètres de marche (treize pour lui), je retrouve Djam attablé. « Je t’attendais », me dit-il simplement. Et bien soit, nous finirons l’étape ensemble. Le parcours se déroule sans éléments majeurs. L’arrivée sur Lectoure, cité posée sur une colline est éprouvante sous un soleil de plomb. Il faudra deux bonnes bières bien fraiches pour étancher notre soif.

   Je choisis d’aller à l’Étoile occitane, un gîte de pèlerins. C’est ainsi que je vais rencontrer pour la première fois Jean-Claude, le responsable des hospitaliers de Saint-Jacques des Pyrénées-Atlantiques qui suppléait l’absence de la propriétaire absente.

   Djam choisit d’aller au camping. Après m’être douché, Jean-Claude me dit que je peux aller aux Thermes situés en face pour quelques modiques euros (tarif pèlerin). Je profite donc du jacuzzi, du sauna et de la piscine pendant une petite heure. Un vrai moment de délassement après ces nombreux kilomètres parcourus.   

De retour, je retrouve Djam. Il n’a pas trouvé le camping. Jean-Claude lui propose de l’accueillir gracieusement. Après sa douche, Djam commence à s’énerver je ne sais pour quelle raison. Il décide de quitter immédiatement le gîte. « Je ne me sens pas bien ici », me dit-il.   

Décidément, je ne le comprendrais jamais complètement. A-t-il mal pris la proposition concernant les Thermes ? Peut-être est-il mal à l’aise de ma présence ? Je me dis qu’il faut désormais que je m’éloigne de ce garçon qui me pourrit mon Chemin. Je ne suis pas là pour cela.

   Le soir, nous partageons avec Jean-Claude un bon repas. Vers 21h00, je vais me coucher. Je suis le seul pèlerin dans le gîte.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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