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Publié par Alain Lequien

   Je suis réveillé à 6h30 par un compagnon bordelais sachant qu’aujourd’hui, j’ai du chemin à parcourir en passant les Pyrénées. Après le petit-déjeuner convivial, je suis parmi les premiers à prendre la route vers 7h15.  

   Le brouillard recouvre en partie la route. Devant moi, deux jeunes Suédois marchent tranquillement. Portant la tente, ils ont dû bivouaquer. Au bout de deux kilomètres, je les rejoins.

Dans un paysage grandiose, nous apercevons des chevaux  de montagne du Pays basque de petites tailles en liberté, des troupeaux de brebis et de moutons. Nous arrivons à la Vierge de Biakorri (1095 mètres) dite aussi Vierge des Bergers à Arnéguy. La sculpture a été édifiée pour protéger les troupeaux de la foudre, mais aussi pour guider le chemin des pèlerins. Un camping-car français est présent. Selon l’homme qui se trouve devant, sa famille a dormi ici.

Superbe vue vers les montagnes.

   Le temps de prendre une photo dans le brouillard qui tombe de plus en plus. Je repars en compagnie de plusieurs pèlerins et nous arrivons en vue de la Croix Thibaut (1200 mètres) devant le camion d’un Français qui s’est installé ici pour vendre des boissons, barres de chocolat… Il m’explique descendre en ville la nuit venue tard pour se ravitailler. Il dort dans son véhicule. Demandant la nationalité de chacun, il le marque sur le côté de sa camionnette. Je trouve courageuse cette initiative lui permettant de faire face à ses difficultés d’emploi. J’en profite pour boire un café pour un euro.

   Le temps de discuter et de boire le café, voilà qu’arrive Simon, un Québécois dont j’avais apprécié la présentation au gite. Sa démarche est animée par une recherche spirituelle profonde. Comme il me dit qu’il avait apprécié la mienne, nous décidons d’un commun accord de faire route ensemble.

   C’est ainsi que je vais apprendre à le connaitre tout en cheminant. S’occupant de jeunes en difficultés, son travail est axé sur la compréhension et l’aide aux jeunes pour les aider à surmonter leurs difficultés. Son cheminement est pour lui le moyen de réflexion pour faire le vide et se recentrer sur lui-même, démarche qui nous unit.

   Revenons au chemin. Dans l’herbe verte apparait un calvaire en pierre sculptée marquant la fin du bitume : la Croix Thibaut ou Croix d'Urdanarre, de construction récente. Sur son socle, on lit Ni naiz bidea (je suis le chemin dans le sens être le chemin). Elle est entourée d’une barrière de fer rouillée sur laquelle sont accrochés des chapelets, rubans ou cordelettes de couleur jaune, rouge, bleu… Ce n’est pas sans me rappeler les couleurs chatoyantes bouddhiques. À ses pieds, des pèlerins ont déposé pierres et autres objets dont une cannette (c'est nul)… avant de monter jusqu’à la crête rocheuse.

   Nous quittons la petite route, au profit d'un sentier nous conduisant à un petit abri de bergers et à un col. Le replat nous mène à la fontaine de Roland et au passage frontalier. Tout près, la stèle qui annonce l'arrivée en Navarre. Nous sommes à plus de 1 300 mètres d’altitude. Le brouillard continue à nous entourer, on n’y voit pas à vingt mètres.

   La montée n’est pas terminée. Nous traversons maintenant une forêt protégée du vent, puis la montée finale vers le col de Lepoeder à 1 455 mètres d’altitude, l’un des hauts points mythiques du pèlerinage.

Selon la tradition, c’est le lieu présumé de la bataille de Roncevaux (à moins que cela soit au col de Roncevaux) qui opposa en 778 l'arrière-garde de l’armée de Charlemagne commandée par Roland aux Vascons. On retrouve la trame légendaire de La Chanson de Roland et de la Chronique du Pseudo-Turpin faisant partie du Codex Calixtinus[1].

   La borne 198 est notre premier contact avec la frontière espagnole. Le balisage jaune de l'Espagne est déjà présent.  Si j'en crois la borne, Santiago est à 765 kilomètres. Nous suivons la crête du col jusqu’à la borne 199.

   Nous n’avons pas pu découvrir le paysage environnant à cause du brouillard intense régnant autour de nous. Dans la descente, le soleil parait même si le fond de la vallée est dans une sorte de coton blanc. Nous rejoignons Roncesvalles (Roncevaux) avant midi. Entretemps, Simon a trouvé un bâton qu’il va utiliser jusqu’à la fin de notre étape.

   Je ressens dans ce jeune homme à peine âgé d’une trentaine d’années, une volonté d’apprendre et de découvrir de nouvelles choses. Après avoir fait valider notre crédentiale, visiter l’église, nous nous attablons pour boire une bonne bière, du moins moi. Simon en profite pour déjeuner, ce qui n’est pas mon cas, je n’ai pas faim.

Nous sommes rejoints par un Suisse rencontré à Orisson qui déjeune sur place et décide de passer la nuit au refuge municipal.

   Vers 13h00, nous reprenons la route en direction d’Espinal/Aurizberri. En cours de route, nous rencontrons une croix blanche dont la présence est expliquée par un petit descriptif écrit en plusieurs langues : « Le bois de Sorginaratzaya qui signifie chênaie avait accueilli la célébration de certains des plus grands sabbats du XVIe siècle qui furent à l’origine d’une répression retentissante qui mena neuf personnes vers le bûcher. La croix blanche est le symbole de la protection divine de cette chênaie ».

   Deux kilomètres plus loin, nous faisons une halte dans un petit supermercato local pour acheter notamment des fruits. Les prix sont sans commune mesure avec les prix français, tout est vendu à l’unité. Un peu plus de trois euros, une misère…

   Toujours des échanges intéressants entre nous. Les kilomètres défilent rapidement. Comme il encore tôt, nous décidons de continuer après avoir visité une très belle chapelle dont les décors sont fabuleux.

L’occasion d’expliquer à Simon le sens de la visite d’une église, de l’Occident vers l’Orient par le Septentrion, puis retour de l’Orient vers l’Occident, chargé d’Amour, par la voie du midi. Il est particulièrement intéressé.

   Nous arrivons enfin, cinq kilomètres plus loin à Bizkarreta où finalement nous dormons chez l’habitant pour dix euros par personne. Carmen nous prépare le repas du soir (superbe avec du poisson) pour dix euros.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

[1] Le Liber sancti Jacobi, ou Livre de saint Jacques, désigne l'ensemble des textes réunis dans le manuscrit connu sous le nom de Codex Calixtinus, réalisé au XIIe siècle, dont le plus ancien est conservé à la cathédrale de Compostelle. Le livre IV parle de Charlemagne et comporte la Chronique du pseudo-Turpin (pseudo, parce qu'elle ne peut avoir été écrite par Turpin, le compagnon de Charlemagne et Roland.)

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