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Publié par Alain Lequien

   Il est relativement tôt lorsque nous nous levons pour prendre la route vers l’avant-dernière étape française avant de rejoindre le Camino espagnol. Nous savons que l’heure de notre séparation approche. Bruno et Djamel vont rejoindre le Camino Frances par Roncevaux, Alain va rentrer chez lui avec quasiment une semaine d’avance sur son programme et votre serviteur rejoindra le Camino del Norte par Irún.

   Deux chemins sont possibles pour rejoindre la fin de notre étape du jour.

Nous décidons de suivre celui de la crête en espérant que le temps se dégage. Ce n’est pas gagné, on voit au loin un brouillard épais. C’est ainsi que nous entamons les premières montées de la journée par des chemins agréables, et quelques routes goudronnées. Le paysage est très beau. Nous n’entr’apercevons les Pyrénées… qu’en scrutant l’horizon. Pas grave, le détour en valait la peine.

   Notre première halte est pour la petite église Saint-Just d’Olhaïby annoncée sur la route. Les quatre cents mètres font en fait près d’un kilomètre. Ah ! Publicité mensongère… Nous faisons le détour pour aller la visiter. Hélas, comme souvent, elle est fermée. Nous reprenons la route après quelques instants de repos.

   Alors que nous avions parcouru deux ou trois kilomètres, et que Djam caracolait en avant avec Bruno, notre compagnon s’est aperçu qu’il avait oublié son téléphone sur le muret de l’église. Djam est sujet du fait : crédential, bâton… un jour, il va oublier sa tête. Il doit donc retourner en arrière.

   Nous, les vieux (silence svp), nous continuons à marcher de notre pas de sénateur. Parfois, nous découvrons des marquages assez différents. Alain, notre ami, pensant que l’étape pouvait peut-être être un peu longue pour lui, avait réservé une place dans un gîte plus proche. Mais, se sentant en forme, il l’annula et décida de nous accompagner jusqu’à Ostabat-Asme.

   Assis en haut d’un col pour nous restaurer, nous voyons passer un étrange équipage en train de gravir la côte. Il s’agit d’un couple de Portugais ayant pris le Chemin à l’envers avec l’intention de trouver du travail en France. L’homme demande une cigarette à Alain qui lui offre son paquet. À l’évidence, la femme est exténuée, à la limite de l’écroulement, comme le petit chien noir qui les accompagne. L’homme ne semble pas être du genre à discuter. En fait, nous éprouvons un malaise face à cette situation.

   Sur la route, nous trouvons de nombreux signes jacquaires comme une petite statue de monsieur Jacques intégrée dans une pierre posée sur la route. Pour les voir, il faut savoir observer. Je crois que depuis je chemine sur les chemins, de Compostelle ou en montagne, je suis devenu plus sensible à ce qui m’entoure.

Étape 45 : Aroue (64) à Ostabat-Asme (64) – 26 km (1167 km)
Étape 45 : Aroue (64) à Ostabat-Asme (64) – 26 km (1167 km)
Étape 45 : Aroue (64) à Ostabat-Asme (64) – 26 km (1167 km)
Étape 45 : Aroue (64) à Ostabat-Asme (64) – 26 km (1167 km)

   Petit à petit, par des petites routes, en gravissant un chemin particulièrement pierreux et raide, nous arrivons à la stèle de Gibraltar à Uhart-Mixe appelée aussi carrefour du Saint-Sauveur. Le nom de Gibraltar, Xibaltarre en basque, est fréquent en Pays basque. Il indique le lieu de campement des Gitans venus d'Andalousie. Sa construction est récente puisque le socle comportant les différentes orientations date d’août 1964. Il est surmonté d’une stèle discoïdale basque provenant du cimetière de Sorhapuru, aujourd’hui Larribar-Sorhapuru.

La stèle symbolise la jonction des trois grands itinéraires français vers Compostelle définis par Aimery Picaud, à savoir la voie de Tours (via Turonensis), la voie du Vézelay (via Lemovicensis) et la voie du Puy-en-Velay (via Podiensis).

   Si c’est mon second passage après celui de l’an dernier en provenance de Vézelay, c’est le premier pour mes petits camarades Alain et Bruno, sans oublier Djam qui nous rejoignit au dernier moment.

Heureusement, il a retrouvé son téléphone à l’endroit où il l’avait laissé. Entretemps, nous avions pris le temps de manger un morceau. Il ne faut pas tomber d’inanition. Comme de bien entendu, il faut immortaliser ce moment historique (sourires). Chacun fit prendre sa photo souvenir.

   La journée est loin d’être finie. Il nous reste à effectuer lentement la montée de deux kilomètres en plein cagnard pour atteindre la chapelle de Soyarza. Située sur la colline de Soiartz (du basque So artizarra : Regarde l’étoile du berger, c’est-à-dire l’étoile du matin), elle fut érigée à l’emplacement d’un sanctuaire plus important érigé par les Prémontrés vers le XIIe siècle. Ce lieu subit un incendie au XIXe siècle, seule une statue de la Vierge subsiste encore.

   Devant ce « miracle », les habitants rebâtirent une chapelle en 1845. En 1894, ils placèrent au-dessus de la porte gravée sur une plaque de pierre, la formule de leur invocation : « Errauntsi gaixtoetarik, begira gaitzazu, Jauna » (des mauvaises averses, délivre-nous Seigneur) – « Otoiz egizu guretzat, Ama Birjina » (priez pour nous, Mère Vierge). À noter que la Vierge d’origine se trouve à Bayonne et qu’il s’agit maintenant d’une copie réalisée par un artiste thaïlandais.

   Grâce à l’amabilité d’un vététiste local, le quatuor put poser devant ce monument qui ne comporte aucune dégradation. Nous avons pu le constater, Jean-Claude.  

   Descente ensuite par un chemin de terre pour arriver à la chapelle Saint-Nicolas de Harambeltz, close lors de mon premier passage. La chance est avec nous. Elle est accessible. Un membre d’une des cinq familles copropriétaires de la chapelle nous la fait visiter en apportant des commentaires très intéressants et passionnés.
   À l'origine, la chapelle romane dépendait d'un prieuré dont la date de fondation est inconnue. Par contre, l’hôpital accueillant pèlerins et malheureux est cité au XIIe siècle. La porte de la chapelle, en plein cintre à double voussure, est surmontée d'un tympan décoré d'un chrisme datant du XIIe siècle. L'intérieur possède un riche décor refait aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment le retable baroque contant la légende de Saint Nicolas et des trois enfants. On peut admirer de nombreux panneaux de bois peints, une voûte lambrissée au décor peint avec la représentation des Evangélistes, une magnifique croix dorée

Chapelle Saint-Nicolas de Harambeltz.
Chapelle Saint-Nicolas de Harambeltz.
Chapelle Saint-Nicolas de Harambeltz.
Chapelle Saint-Nicolas de Harambeltz.

Chapelle Saint-Nicolas de Harambeltz.

   Nous reprenons le chemin, les yeux remplis d’images, pour aller au terme de notre étape. L’entrée d’Ostabat-Asme se fait par un chemin où courent des rus mêlant pierres et eau. Son ombrage fait penser à un tunnel. Porte historique de la Navarre, il existait au XIVe siècle dans le village une quinzaine d’auberges pour accueillir les pèlerins. 

 

  Nous décidons d’aller dans le nouveau gîte ouvert depuis peu dans une ancienne grange aménagée, Aire One. Bruno se mit à la cuisine pour nous concocter un bon repas qui se déroula dans la joie et l’amitié, avec en fond les Pyrénées que nous allons gravir bientôt.

   Il est 23h00 quand nous rejoignons nos lits.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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