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Publié par Alain Lequien

   À 7h30, je quitte le refuge et prends la route. Mes trois collègues sont déjà partis depuis une bonne heure, mais aujourd’hui, j’ai envie d’être seul. Pour cela, je choisis de prendre la Voie Romana dite aussi Vía Trajana située plus au nord plutôt que de passer par celle du sud, la voie officielle du Real Camino Frances, longeant la route asphaltée. Pour être seul, je vais l’être puisque je ne vais rencontrer que deux marcheurs en tout et pour tout sur ce parcours de trente-quatre kilomètres. Sans oublier une quinzaine de cyclistes. Donc, un vrai moment de solitude… sur un terrain non ombragé. D’où mon arrivée en état de liquéfaction au refuge le soir.

   Le soleil est déjà haut, et je ne peux m’empêcher de prendre le type de photo portant mon ombre en marchant. Le fléchage a changé, il est plus humoristique. La première partie de mon parcours sur me mène par Los Matorros, Campera Blanca, El Tollo au  village de Calzadilla de los Hermanillos. En passant par une fontaine ombragée construite par les habitants en 1989. 

  En arrivant, je prends mon café américain avant de découvrir l’ermitage de Nuestra Señora de los Dolores dans lequel je vais me reposer quelques instants. Un recueillement de près de trente minutes tant je me sens bien dans ce lieu. Une dame me propose de poser le tampon du lieu sur ma crédentiale, ce que j’accepte volontiers. 

  Ce furent les moments heureux de cette journée, car la suite sur la voie Romana fut dure, très dure. Un soleil pesant, pas d’ombre. Dans l’étape 49, j’ai beaucoup parlé de la difficulté de parcourir la Via  Aquitana entre Carrión et Calzadilla. Là, ce fut pire. Je comprends pourquoi le Camino passe plus au sud en longeant la route avec des arbres.

   À la sortie de Calzadilla, passage sur le canal Bajo de Payuelos. Comme la voie suivie est parallèle au Camino Frances, je passe à quelques encablures du village d’El Burgo Ranero. Cela me fait penser à l’histoire du pèlerin dévoré contée par le Bolonais Dominico Laffi[1]. La voici :

   Vers 1673, dit-il : « Nous partîmes pour El Burgo Ranero (Brunello pour Laffi) à quatre bonnes lieues, mais au bout de trois lieues approximativement sur ce terrain sableux, nous trouvâmes un pèlerin mort que deux loups convoitaient et avaient commencé à dévorer. Nous fûmes aux aguets, puis continuâmes vers El Burgo Ranero. Quand nous arrivâmes durant l'après-midi, nous partîmes à la recherche de l'aumônier pour qu'il envoie quelqu'un chercher le mort.

Nous trouvâmes un hébergement assez pauvre ; en effet nous dûmes dormir à même le sol, car ici s'arrêtaient tous les bergers de cette ville constituée de cabanes recouvertes de paille ».

   Comme quoi le chemin n’était pas sûr. Une albergue porte aujourd’hui son nom en souvenir de cet épisode.      

Sur ce chemin, toujours des croix de ceux ayant perdu la vie en parcourant le Chemin. Ce pèlerin est décédé en mars 2009. Un Espagnol m’expliqua qu’étant donné le nombre de pèlerins transitant sur le Camino, il n’est pas anormal qu’il y ait quelques décès. Si la réflexion est juste statistiquement, cela déclenche toujours une émotion.

   En passant, j’aurais pu m’arrêter à Reliegos en faisant un détour. Cela aurait été certainement raisonnable vu la canicule, mais je préfère poursuivre la voie vers Mansilla de las Mulas.

   En entrant dans la cité, je tombe sur Éric qui a suivi la voie du sud, donc qui n’a pas subi les affres du soleil. Il est toutefois crevé, et veut aller dormir sous la tente en dehors de la ville. Après avoir partagé une bonne bière bien fraiche, il s’éloigne. On se donne rendez-vous devant la cathédrale de León.

Après la photo du maitre Jacques du lieu, je vais prendre mon repas Pellegrino à huit euros cinquante (spaghettis, poisson local, glace).

   Je dors au refuge municipal où je ne reconnais personne. Que dire ? C’est bruyant, c’est moyennement propre, on est entassé… Mais, c’est ainsi.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

[1] Dominico Laffi, Voyage au ponant, à Saint-Jacques de Galice et Finisterre à travers la France et l'Espagne. Traduction de José Martinez-Almoyna.

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