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Publié par Alain Lequien

 

  Comme d’habitude, je pars tôt, aux environs de 6h30, avec l'avantage de profiter de la fraicheur du matin sans voitures ni touristes. Les premiers êtres aperçus sont des pécheurs sur les plages, mais aussi des biquettes m'observant sur le bord de la route nationale. Elles auraient bien aimé par curiosité la traverser pour me dire un petit bonjour. Ici, ce n’est plus le Camino del Norte, mais le Camino de la Costa à El Pontarrón. J’aurais pu suivre le senda de littoral, le sentier du littoral. Une autre fois peut-être ?   

   En changeant de route, une statue régulièrement bien fleurie fait son apparition, puis des petites routes sympathiques à travers la campagne.

   Arrivée à Rioseco (Guriezo), sur une colline, je découvre la magnifique église de San Vicente de la Maza. Elle est majestueuse et riche dans son architecture et ses sculptures. C’est étonnant de voir un si bel ouvrage dans un si petit village. Parmi ces décors du porche, la représentation d’Adam et d'Ève avant qu'ils soient chassés du Paradis. Hélas, je ne pourrais pas la visiter, l’heure est trop matinale. Dommage pour moi, on y annonce sur un panneau deux figurations de saint Jacques. Au pied de la colline, une chapelle/ermitage est d’une grande pureté.

 

San Vicente de la Maza (Rioseco / Guriezo).
San Vicente de la Maza (Rioseco / Guriezo).
San Vicente de la Maza (Rioseco / Guriezo).
San Vicente de la Maza (Rioseco / Guriezo).

San Vicente de la Maza (Rioseco / Guriezo).

   Je prends maintenant la direction de La Magdalena avec la sensation que je fais un détour pour aller voir une chapelle qui est fermée. Ce qui me déçoit de nouveau. Contrairement à mes attentes, je n’ai pas entr'aperçu le figuier censé pousser sur son toit.  

   Reprise du cheminement dans la forêt. Une montée raide pour y accéder, suivie d'autres, plus courtes et bien pentues, avec parfois des passages difficiles (chemins creusés par la pluie, pierres…).

Il fait maintenant très chaud. Je suis toujours aussi seul depuis de nombreux kilomètres.

   Soudain, alors que je marchais lentement, voilà Miguel déjà rencontré accompagné de deux jeunes Allemands qui me doublent facilement dans la montée. Arrivé sur une partie plate suivie d’une descente, je les rattrape, les dépasse et finis par les lâcher. Je sais, je sais mes amis, je ne suis pas sur le Chemin pour réaliser une compétition, mais pousser un peu la machine comme quand je le faisais lorsque j’étais un sportif accompli, cela fait du bien au moral. Et puis, j’ai trouvé une raison : ces jeunes-là n’ont pas répondu à mon bonjour. Cela vaut bien une petite leçon, non ?

   Le chemin vers Hazas (Liendo) est long, pierreux, recouvert de cette teinte blanche où se réverbère les rayons du soleil.

   J’effectue une descente pour passer sous une autoroute. Après quelques centaines de mètres, je m’assois dans un bar pour prendre un bon café accompagné de tortillas. J’ai à peine terminé de les déguster qu’apparaît Miguel, suivi quelques minutes plus tard des jeunes Allemands. L’un d’eux lève le pouce en me disant bravo. Je sais, je sais, mais pourquoi ne pas dire que mon égo en est content !

   Je visite l’église Nuestra Señora de la Asunción (Notre-Dame de l’Assomption) de Liendo.

   Cinq  kilomètres plus loin, c'est Laredo. Que dire ? C’est une cité balnéaire avec de très nombreux touristes. Il faut descendre de nombreux escaliers pour y accéder. Pour rejoindre la pointe permettant de prendre le bateau pour Santoña, il faut parcourir toute la plage sur une longue distance. Avec mon sac à dos, je le parcours les pieds dans l’eau.

   Je sais, je suis un peu provocateur, mais si la majorité des gens doivent se demander qui est ce fou qui agit ainsi. De temps en temps, j’entends des buen Camino, mais aussi le mot peregrino chuchoté aux enfants. Je dois dire que cette marche est fatigante. Heureusement que j’ai acheté une bonne bouteille de coca pour la soif.

   Je dois prendre le bateau sur une plage sans la présence d’un quai ou d’un marquage. Je suis étonné. Comme j’aperçois d’autres gens en train d’attendre avec des sacs de courses, alors je fais de même. Arrive un bateau à moteur venu de la cité d’en face qui, pivotant sur lui-même, s’approche de la plage. Un marin fait glisser un pont en bois qui vient se ficher dans le sable. Des passagers en descendent. Drôle de vision d’un passé révolu, mais bien présent. Cela me fait penser aux bateaux américains arrivant sur les plages de débarquement. 

  C’est maintenant à notre tour d’embarquer, aidé parfois par un marin. Nous sommes une bonne vingtaine à prendre place sur les bancs placés de chaque côté. Pendant la traversée de la Ria de Treto qui dure quelques minutes, un marin passe pour collecter le prix du passage, soit deux euros.

   Nous arrivons à Santoña, de l’autre côté de la baie. Selon la légende (?), c’est ici qu’aurait été construit le vaisseau amiral de la flotte de Christophe Colomb, la Santa Maria. Son propriétaire, Juan de la Cosa, est considéré comme le codécouvreur des Amériques. Il serait aussi, entre autres choses, l’inventeur de la mappemonde.

   En ville, je cherche l’auberge de jeunesse où je dois dormir ce soir. Elle se trouve très excentrée, près d’une lagune et de conserveries d’anchois, la spécialité de la cité. Je vais y rencontrer de nouveau Mélanie, et faire la connaissance de Jean-Philippe, un Français professeur d'école de retour d'un détachement au Maroc.

  

Après le diner pris en commun dans la salle de restaurant de l’auberge, c’est servi tôt et moyennement copieux, Jean-Philippe et moi allons en ville pour déguster un verre de vin du pays. Nous rentrons juste à temps avant la fermeture de l’auberge. La clé remise ne fonctionnant pas, nous nous retrouvons à la porte. Heureusement, l’hospitalière nous a aperçus alors qu’elle quittait les lieux. Elle est venue nous ouvrir. Ouf !

   Le silence régnait déjà dans les chambrées. Il n’a pas fallu longtemps pour tomber dans les bras de Morphée.       

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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