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Publié par Alain Lequien

 

  Ce matin, départ vers 8h30. La nuit fut un peu bousculée par l’arrivée intempestive vers une heure du matin de plusieurs femmes espagnoles particulièrement bruyantes. Je pense qu’elles sont venues  squatter les lieux. Enfin, on ne peut refaire le monde.

   Nous n’avons pas envie de marcher rapidement aujourd’hui, nous sommes qu’à 112 kilomètres  officiellement de Santiago.

Cette arrivée provoque des impressions différentes. En même temps, l’envie de terminer en beauté et celle que l’aventure ne finisse pas trop rapidement, et une sorte de deuil à faire. De toute façon, l’aventure ne s’arrête pas à Santiago, mais à Cabo Fisterra, le Cap Finisterre, le bout de la Terre.

   Décidément, l’être humain est compliqué. Nous prenons donc le temps de prendre le petit-déjeuner, puis de traverser la ville qui, d’après ce que nous avons vu, ne possède pas de grands attraits.

Profitant d’un arrêt pour quitter ma veste du matin, Charles entame une vraie course de fond. Impossible de le suivre, encore moins de le rattraper. J’abandonne même l’idée.

   C’est la jeunesse. Peut-être d’ailleurs a-t-il envie d’être seul ? À moins qu’il ne se donne un challenge ? Je continue donc à mon célèbre pas de sénateur, m’arrêtant de temps à autre pour boire un peu. Boire est très important, car il ne faut surtout pas avoir une sensation de manque. Cela permet aussi d’éviter la tendinite.

   À Barbadelo, anciennement Mosteiro, une belle petite église romane dédiée à Santiago.  

   En passant, j’aperçois quelques monuments étonnants. Mais aussi, de nombreuses bouteilles et canettes vides. Un vrai effort à faire sur cette partie du Camino. Il y a beaucoup de monde aussi, notamment de nombreux cyclistes. Les marcheurs deviennent par moments très minoritaires ce matin. Le paysage est toujours aussi magnifique, et la route alterne avec des chemins ombragés où il fait bon marcher, passant par moment sur des cours d’eau.

   J’arrive à la borne mythique des cent kilomètres entre A Brea et Morgade. À partir de ce point, les pèlerins qui effectuent à pied le reste de trajet jusqu'à Compostelle ont droit à leur Compostela à l’arrivée à Santiago. Autant dire qu’il y a du monde.

   C’est là que Charles a décidé de m’attendre pour que nous immortalisions ce moment important. Important pour ces pèlerins levant les bras comme s’il venait de gagner une victoire. D’autres, au contraire, ne regardent même pas la borne, pris par l’effort. Ils sont étonnés de voir autant de monde autour de la borne. De nombreux clichés sont pris. Nous y participons pour laisser ce souvenir à des petits groupes. On peut voir votre serviteur bien chevelu, ayant perdu une grande partie de sa bedaine.

  Sur le Chemin, toujours ces nombreuses croix qui nous rappellent que nous devons nous préparer avant d’entamer un tel cheminement. J’explique d’ailleurs à Charles que ce n’est pas du voyeurisme, mais un moyen de leur rendre hommage. Il approuve.

   Sur cette partie de Chemin, Charles est intéressé par mes écrits. Nos discussions tournent autour de quelques histoires d’ovnis sur lesquelles j’ai écrit. Il me raconte alors la vision des deux jeunes Bulgares rencontrés hier. Ils sont persuadés que dans leur pays existe une sorte de grotte abritant des extra-terrestres. Il est vrai que ce pays est fervent des mystères. Je lui raconte l’arrivée des Bogomiles issus de leur pays au sein du mouvement cathare et leur écrasement par les armées du Nord associées au pape.

   Nous voyons d’autres « monuments » comme cet assemblage en pleine forêt de vêtements et de divers éléments.

   La dernière partie devient difficile surtout quand on passe sous le cagnard. Aussi, je décide de m’arrêter à la prochaine albergue alors que Charles continue. Je lui explique que j’ai besoin de repos, cela fait presque deux mois que je suis parti, et que si je continuais, je serais un boulet pour lui.

   Je m’arrête donc à Vilachá, deux kilomètres avant Portomarín, dans un établissement à taille humaine, avec tout au plus une quinzaine de lits. J’essaie de le persuader de rester. En vain ! Nous buvons un verre ensemble, puis nous nous quittons simplement. Salut Charles, à bientôt peut-être.

   La soirée des neuf pèlerins présents fut conviviale. Autour de la table, un Américain, trois Espagnols, deux Slovaques, deux Allemands et votre serviteur, le seul Français. Il est vrai que le repas concocté par l’hospitalière est de qualité. Tout d’abord, des petits poivrons verts frits en entrée, une spécialité galicienne. C’était superbe et certains firent une grimace (y compris des Espagnols d’autres régions) du fait que certains étaient forts en goût.

   Quant à moi, j’ai l’habitude des goûts pimentés avec ma chérie venant des Iles. Ensuite, un plat sud-africain à ce que j’ai compris composé de viande bien relevée, de riz à l’ancienne, de petits légumes froids coupés en morceaux, sur lesquels est posée de la noix de coco et des morceaux de banane. Sublime ! Le tout est arrosé de vins blancs et rouges locaux.

   C’est ainsi que se termine cette journée courte quant à la distance, mais riche par la symbolique de la borne des cent kilomètres. Dommage que Charles n’est pas partagé ce moment, il aurait aimé.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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