Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Alain Lequien

   Le temps est incertain. Il fait plus frisquet qu’à Dijon m’obligeant à mettre ma veste polaire. Comme je ne veux pas trainer à Nevers, un chauffeur de taxi m’indique la direction du pont sur la Loire. Il le fait avec bienveillance en me souhaitant bon voyage. Je suis repéré (sourire)...

   En descendant vers le fleuve, une dame sortant d’un immeuble me lance le même encouragement. Ils sont sympathiques les gens de Nevers. Je traverse le long pont de pierre et me retrouve sur une petite route goudronnée. Je passe devant le sentier des castors, puis un peu plus loin, suis un chemin de terre longeant de nouveau la Loire.

    J’y découvre une pancarte d‘une société de pêche « autorisant la capture de carpes la nuit ». J’ignorais cette pratique. Malheureusement, tout autour, c’est un amas de déchets : emballages de packs de bières, bouteilles, sacs plastiques… Les visiteurs sont loin de se montrer civiques. On ne peut refaire le monde même si j’aimerais pouvoir y participer plus complètement.

   J’emprunte un petit sentier serpentant dans la forêt sur un ou deux kilomètres. Au loin, j’entends le bruit d’un tracteur et des voix d’hommes en train de discuter avec âpreté. L’herbe est fraîchement aplatie par les roues du véhicule dégageant cette bonne odeur d’herbe fauchée à la rosée. J’arrive sur le chemin et découvre cinq hommes en train de transborder du bois du tracteur dans un petit camion. Je demande si je peux passer, car le chemin est complètement bloqué par les véhicules. L’un des hommes bougonne, et me fait signe de passer sans m’adresser la parole. Ils ne sont pas causants ces gens. Mais bon…

   Je continue sur un chemin large, bordé de chaque côté par des champs de fleurs jaunes. Comme le soleil brille, je quitte ma polaire bien que le temps soit toujours frais.

   À la sortie de Challuy, je prends le sentier du passeur et arrive sur l’ancien port de la Gimouille se trouvant sur le canal latéral à la Loire. On peut y admirer une vieille grue servant aux transbordements. Depuis, rouillée, elle a pris une retraite bien méritée. C’est à partir de 1827 que furent construits ces 197 kilomètres de canaux pour suppléer la Loire trop capricieuse pour permettre le transport des marchandises. Le secteur du Bec d’Allier va connaître alors un grand développement à la suite de ports comme celui de la Gimouille.

   Ayant égaré mes lunettes de soleil lors d’une pause, je retourne en arrière pour les rechercher. Je vais les retrouver au bout de dix bonnes minutes, cachées sous l‘herbe avec l’aide d’un jeune homme passant sur le chemin. Elles avaient dû tomber lorsque j’avais ouvert mon sac pour prendre un fruit.

   Nous avons alors sympathisé. Cycliste venu du Calvados, il faisait lui-même sa pause en marchant un peu le long du canal pour se décontracter. Il avait déjà parcouru plusieurs centaines de kilomètres en utilisant un tricycle tirant une petite remorque avec son matériel. Échangeant sur le sport en général et la nécessité de déconnecter, il reprend son travail le lundi suivant, nous avons parcouru un bon kilomètre jusqu’au Pont-canal du Guétin surplombant la Loire capricieuse. Nous nous sommes quittés au milieu de ce pont.

   En arrivant à la double écluse, j’ai pu assister au passage d’un petit bateau de croisière avec un dénivelé de deux fois 4,80 mètres. À cet endroit, la confluence entre la Loire et l’Allier offre un remarquable lieu de découverte, d’ailleurs classé « site Panda » par WWF depuis 2004.

   C’est l’entrée dans le Cher. Je passe dans le hameau de la Grenouille. D’après des panneaux de publicité, les grenouilles sont très présentes ici.

   Traversant le canal, je suis le nouveau véloroute en construction jusqu’à l’Ecluse des Lorrains. Un site étonnant.   

Construite par Adolphe Jullien au lieu-dit Les Laurins, transformé en Lorrains, cette écluse circulaire de trente mètres de diamètre fonctionna jusqu’au début du XXe siècle. Elle permettait le passage des bateaux à fond plat transportant jusqu’à cinquante tonnes de sable. Les bateaux venant du Bec d’Allier étaient remontés à contre-courant de l’Allier jusqu’à l’entrée de l’écluse située en aval de l’actuel barrage. Introduits à l’intérieur du sas rond, ils étaient orientés vers l’entrée du canal des Lorrains au moyen d’un attelage de chevaux qui fut remplacé plus tard par un tracteur. Hélas, au fil du temps, la rentabilité se perdit. Le lieu fut abandonné sous cette forme.

   Il est temps de prendre la direction d’Apremont-sur-Allier, un village médiéval classé parmi les plus beaux villages de France. Je n’ai pas eu le temps de le visiter. Selon la publicité, dans son parc floral façonné par Gilles de Brissac s’étendant sur quatre hectares, on peut découvrir de nombreuses constructions fantaisies comme on aimait le faire dans la seconde moitié du XVIIIe siècle comme le pavillon turc ou le pont chinois.

   J’ai parcouru dix-sept kilomètres lorsque le clocher du village annonce 13h00.

   Direction La Chapelle-Hugon où je sais qu’un gite pèlerin a été rénové par la mairie. C’est huit kilomètres à parcourir sur une petite départementale sous un soleil éclatant même si le fond de l’air est frais.  

   Traversant la forêt sur de nombreux kilomètres, j’arrive à ma destination à 15h00. J’en ai plein les pattes, et me prépare à prendre un bon repos bien mérité. Il est vrai que je suis debout depuis 5h00 du matin. Le maire arrive, nous remplissons les papiers, je verse mon obole (15 euros pour la nuit). Nous en profitons pour parler du dépeuplement de son village qui n’est plus qu’un lieu de passage. La dernière épicerie fonctionnant avec le soutien de la municipalité a dû cesser son exploitation, car elle déposa son bilan. Dure réalité de la ruralité. 

Ayant largement le temps, j'écris le déroulé de ma journée. Ah ! au fait, il y a la TV… C'est un luxe dans un gite de pèlerin. Mais, vais-je la regarder ? Eh bien oui, je suis encore intoxiqué et dans ce petit village de 300 habitants, il y a peu à faire. Mais cela m’ennuie. Dix minutes, cela suffit.       

   Retour dans le village puisqu'il fait beau. Je voulais visiter l’église (j’aime m’y ressourcer pour leur calme) qui se trouve près de la rue du prieuré. Tiens, j’en déduis qu'il y avait des moines. Elle est fermée, mais sur son tympan, l’agneau et la croix ressortent avec une grande précision.

   Non loin de là, une rue porte le nom de « moine Hugon », une gloire locale dont on a accolé le nom à celui plus générique de la Chapelle. Il est temps de manger un morceau de poulet acheté avant de partir et au lit.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article