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Publié par Alain Lequien

   12h48. Ça y est ! Je suis devant la cathédrale de Santiago de Compostela. Une vague d’émotion m’envahit comme si je venais de franchir un cap, de remporter une victoire sur moi-même, comme si j’avais repoussé mes limites. Les larmes me montent aux yeux. Nous nous congratulons même si l’on ne se connait pas. Sauf peut-être les trois jeunes Espagnols avec qui j’ai fait les derniers kilomètres. En arrivant, ils ont levé les bras en signe de victoire. Ils sont tellement heureux qu’on s’est embrassé. Il est vrai aussi que l’air joué à la cornemuse en descendant les escaliers vers la place de la cathédrale m’a soulevé l’âme. J’ai pensé immédiatement aux sensations ressenties lors de nos cérémonies écossaises. 

   Je peux l’avouer aujourd’hui même si j’ai joué au fier-à-bras pour donner le change, pour rassurer ma chérie Pauline, j’ai beaucoup douté être capable de réaliser cette longue distance de plus de 1700 kilomètres de marche en si peu de temps (soixante-deux jours). C’est une belle leçon, nous possédons des ressources insoupçonnées.

Ce cheminement s’est traduit actuellement par la remise de la Compostela en latin. En soi, ce n’est qu’un petit morceau de papier. Mais, au-delà de ce qui va rester en moi, il représente beaucoup plus : les efforts, les doutes, les réflexions, l’introspection, les coups de gueule aussi … Bref, il va me rappeler que l’on est capable de se dépasser, et de donner du sens à ce mot de cheminement que nous intellectualisons parfois un peu trop. 

   Pourtant, pour ce dernier jour, la nuit fut courte. Je n’avais pas réalisé que le refuge était situé le long d’une route fréquentée autant de nuit, et que cette maison était si mal insonorisée. À tel point que le jeune couple polonais venu par le Camino Norte plia bagage vers 3h00 du matin. Je les ai recroisés à Santiago.

   C’est avant 6h00 que j’ai repris la route après le café américain au refuge. Le temps est maussade. Officiellement, le refuge est situé près de la borne marquant Santiago à 25 km. Désormais, ces bornes sont nombreuses, placées à environ tous les cinq cents mètres. La réalité, c’est que le chemin fut plus long que prévu. Changement d’itinéraire ?

   Je passe par Salceda, puis la montée pas très difficile de l’Alto de Santa Irene avant la descente vers O Pedrouzo. Les chemins parcourus sont prenants même sans soleil. À O Pedrouzo, le nombre de pèlerins décuple, dans cette ville étape, il y a de nombreuses albergues. Le chemin continue par des montées et descentes tout en restant dans des proportions largement supportables.

   Après Anton, à Amenal, je prends un petit-déjeuner plus consistant. Puis, c’est la Cima de Barreira, San Paio, et le bout de la piste de l’aéroport de Lavacolla situé à une dizaine de kilomètres de Santiago.

En fait, je suis intégré dans un long train de pèlerins marchant tous à peu près à la même vitesse. Il pleut une petite pluie fine obligeant à recouvrir de nouveau le sac. Cela va durer une bonne demi-heure. Le temps redevient seulement couvert. Les bornes indiquant la distance de Santiago ont disparu. Il faut découvrir une particulièrement importante pour s’apercevoir que nous sommes désormais sur le grand territoire entourant la cité.

   Après Vilamaior à la montée un peu raide et San Marcos, j’arrive à Monte do Gozo où un monument inaugure le passage de Jean Paul II dans la cité. Un moment émouvant immortalisé par une photo prise par un jeune Italien qui me fait l’accolade. Nombreux sont ceux qui se congratulent. Bien sûr, je ne manque pas de faire estampiller ma crédentiale.  

J’aurais pu m’arrêter ici au Centre européen des pèlerins, mais la cathédrale est annoncée à moins de cinq kilomètres. Après une longue descente et des escaliers casse-pattes, j’entre dans la ville de Santiago où la pancarte indique son classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Je suis le long parcours à travers la ville en direction du centre historique. J’ai volontairement ralenti le pas pour prendre toute la dimension de ce qui est en train de se réaliser.

   À l’entrée de la voie piétonne, j’entends parler français. Avec deux couples, nous échangeons quelques mots. Ils viennent d’assister à la messe des pèlerins et m’invitent à y participer le lendemain à midi.

Nous nous serrons fortement les mains. Mes compagnons espagnols m’ont attendu. C’est ensemble que nous finissons le parcours puis que nous irons chercher notre Compostela.

   À la sortie, je vais chercher ma coquille Saint-Jacques car, contrairement à ceux qui l’ont porté pendant tout le parcours sans l’avoir réalisé, j’ai maintenant le droit de l’accrocher comme le vrai signe de reconnaissance du jacquet. Tradition oblige.

   À suivre - Alain, Bourguignon la Passion.

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