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Publié par Alain Lequien

   Je repars vers 7h00 du matin. J’ai de la chance, un café venant juste d’ouvrir, j’en profite pour prendre un petit-déjeuner complet. Reprenant la route, je suis doublé par un couple d’Allemands à l’allure rapide. Ils sont nettement plus jeunes que moi. Il fait frais ce matin, j’ai gardé mon k-way, car le soleil a du mal à percer les nuages. Quelques kilomètres plus loin, je retrouve mon couple assis. 

   Sur le parcours, toujours ces petits oratoires ou trône souvent une statue de la Vierge ou d’un saint. Ici, elle est remplacée par une belle mosaïque. C’est très beau. Il faut d’ailleurs croire que les émaux sont appréciés. Par ici, ils sont plaqués sur les maisons pour remplacer les fameuses flèches jaunes tracées à la peinture ou les bornes posées par les associations régionales. Du beau travail sans doute réalisé par un particulier sensible au pèlerinage.

   Après le pont sur l’autoroute, j’arrive à Pernús, un village mentionné dans un document datant de 1090. Son église possède un portail datant du Xe siècle. Hélas, je m’en suis aperçu trop tard pour aller l’admirer. Passage à La Llera, un village ayant la particularité de posséder autant d’hórreos que d’habitations. Parfois, ils cohabitent côte à côte.

    Le ciel est toujours aussi nuageux. De temps en temps, la pluie fait son apparition pendant quelques minutes. Comme il fait lourd, je fais un aller et retour fréquent entre garder et enlever le k-way. Par contre, je maintiens la protection du sac.

   Perché sur sa colline, Villaviciosa vaut le détour pour admirer toute la vallée. À Priesca, belle (par sa simplicité) église préromane San Salvador datant de 921 de notre ère. Un bail !

   Sebrayu est un tout petit village considéré comme une étape importante selon les guides. Il y a un refuge qui occupe les anciens bâtiments de l’école. Il est trop tôt, je ne m’y arrête pas, il est trop tôt, préférant aller jusqu’à Villaviciosa.

   Parfois, la route fait place à des petits chemins beaucoup plus agréables. Gros avantage pour moi, cela me repose les pieds et les muscles de la dureté de l’asphalte. Le sol est beaucoup plus souple, sans cailloux. J’avais l’espoir que cela dure plus longtemps, mais je dois déchanter. En suivant de nouveau la route, je fais des allers et retours avec l’autoroute, ce qui est loin d’être très amusant. Montées, descentes avec sous le soleil qui s’est enfin décidé à se lever.

   Avant d’arriver dans la cité, je vois au loin une grande cidrerie locale sur le mur duquel est marqué en gros le mot champagne. Bizarre, non ! On ferait du champagne avec du cidre ???  

   À Villaviciosa, je fais quelques courses, mange sur la place de la mairie sous l’œil goguenard d’un policier local qui passe à plusieurs reprises devant moi sans oser m’aborder.

Peut-être est-ce pour me faire voir que je suis indésirable ? En fait, mes amis, je ris intérieurement en attendant qu’il me parle. Il n’en fit rien. Tranquillement, je ferme mon sac à dos et passe devant un étrange élevage de poules enfermées derrière un grillage. Pourquoi cette présence ?

   Dans la zone piétonne, je rencontre et discute avec un manipulateur de marionnettes qui joue parfaitement son rôle. Il m’explique combien c’est dur de survivre dans un pays où il y a beaucoup de chômage.

C’est la première fois qu’un Ibère s’exprime aussi ouvertement sur la situation économique de son pays. Il préfère jouer de son art, me dit-il, plutôt que de tendre la main et mendier.

   Les Espagnols sont ainsi. Même dans la difficulté, ils conservent toujours une joie de vivre qui nous surprend. Nous, les Français, avons souvent tendance à voir les choses de la vie en sombre. Loin d’être défaitistes, ils se battent avec leurs moyens tout en conservant le sourire. Une belle leçon de vie à prendre. Je lui laisse une petite pièce, car il est méritant et il n’y a pas foule.

   Cette rencontre me fait penser bien sûr à Miguel, un pèlerin rencontré à plusieurs reprises. Il est dans une situation précaire d’après ce que m’a dit un pèlerin. Quand il est avec nous, il se met à l’écart pour ne pas aller boire un verre à la fin de l’étape. J’avais pris cela pour de la timidité. Je me suis promis de l’inviter simplement à une prochaine occasion en toute fraternité de cheminants.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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