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Publié par Alain Lequien

   L’arrivée à Santiago est bien entendu un grand événement. Toutefois, il me reste dans le respect de la tradition à me rendre à Cabo Fisterra, au bout de la Terre. Selon temps anciens, ce lieu représentait le bout du monde, comme l’est notre Finistère breton. Il me reste une centaine de kilomètres à franchir.

   Arriver à Fisterra revêt non une finalité, mais un nouveau départ. J’ai besoin d’y accomplir un geste symbolique, celui de brûler les vêtements du vieil homme afin de revenir plus fort, plus près de ce que je suis au fond de moi.

En quelque sorte, me débarrasser de ces lourdes pierres que je porte dans mon sac de vie, ces passions-poisons, ces préconçus, ces dogmes qui nous enferment et bloque mon évolution personnelle. Bien entendu, cela ne se fait pas par miracle, mais par un travail constant sur soi-même, en liberté.   

   Il est 6h00 lorsque je quitte le lit douillet de l’ancien monastère devenu hôtel, où j’avais pris racine durant ces deux jours à Santiago. Les rues sont vides, bien éclairées. À cette heure matinale, un seul marcheur me précède qui bientôt disparait à ma vue. Il est vrai qu’avec mon pas de sénateur… 

   À un carrefour, je suis rejoint par deux marcheuses françaises pharmaciennes du Nord-Pas-de-Calais. Trompés par le fléchage peu clair, nous devons rebrousser chemin pour trouver le petit sentier permettant d’accéder au bon chemin. Une entraide banale.

   Nous nous engageons dans des chemins pierreux situés à quelques kilomètres de Santiago. La pluie se met à tomber. Vais-je faire ce dernier parcours sous la pluie ? Il est vrai que la météo locale annonce trois jours de pluie. Mais comme chacun le sait, le temps change rapidement non loin de l’océan.

   Doublé par trois Français, ayant laissé mes compagnes de voyage, j’avance assez vite la pluie ayant cessé. Nous avons quitté les sentiers de terre pour des petites routes goudronnées. C’est plus pratique pour marcher avec mes sandales. Toujours pas de bar en vue. En partant, je n’ai mangé qu’un petit morceau de pain et une banane. Ce qui devait arriver arriva, j’ai un gros coup de barre. Cela dut se voir, car deux Italiens se sont enquis de ma santé. Super-sympas, ils m’ont donné de quoi me réconforter. Un grand merci, moi qui les critique parfois pour leur bla-bla continue. C’est cela aussi le Camino, nous ne sommes jamais seuls, la solidarité joue à plein.

   Enfin, au bout d’une quinzaine de kilomètres, un café ouvert. Je peux déguster un grand café. J’y rencontre une partie du groupe des Flamands déjà aperçus au camping, et retrouve Éric perdu de vue depuis plusieurs jours. Nous allons d’ailleurs finir l’étape ensemble. 

  Son acuité visuelle me fait découvrir un calvaire ancien dont le socle porte des signes proches du compagnonnage.  

   Nous arrivons à Negreira, ville-étape où de nombreux pèlerins se sont arrêtés. Située seulement à vingt-deux kilomètres de Santiago, l’étape nous semble trop courte. D’autant qu’il va falloir rentrer sans tarder, mon beau-père René âgé de 96 ans ayant été hospitalisé. Même si je le sais en de très bonnes mains, je dois m’attendre à tout moment à quitter le Camino pour remplir mes devoirs familiaux.  

   Nous poussons donc plus loin. À la sortie de la ville, nous trouvons un étonnant monument à deux faces. Sur la première, une famille assise (femme et enfant) tente de retenir par un trou percé dans le monument un homme debout.

Celui-ci, dont on découvre les traits sur l’autre face, s’éloigne en portant un baluchon sur l’épaule. C’est une belle représentation de l’homme obligé de s’expatrier pour gagner de quoi faire vivre sa famille. Une réalité qui demeure très actuelle.

   Nous cheminons vers notre prochaine étape, la pluie s’étant remise à tomber dru. Nous quittons le sentier boueux pour la route asphaltée qui passe non loin de là.

Nous prenons le temps de manger dans un bar en espérant que la pluie cesse. Le tenancier nous sert des œufs sur le plat dont le jaune est épais, accompagnés de bacon et de frites. Un peu de fromage local arrosé de miel et un café avec la goutte complètent le repas. Cette goutte me rappelle celle de nos campagnes normandes.

Sans oublier l’inévitable grande cerveza (bière) pour dix euros.

   Nous reprenons la route sous la pluie vers une albergue privée. Je décide d’y rester, Éric préférant tenter sa chance au refuge municipal. Il eut raison, car c’était donativo alors que j’ai payé douze euros. C’est la vie… Le soir, je découvre que Charles dont j’ai parlé plusieurs fois, et son copain Louis sont au refuge avec Éric. Nous n’échangeons que des banalités. Bon voyage Charles.

   À l’albergue, je retrouve nos deux pharmaciennes  ainsi qu’une Américaine déjà rencontrée à Léon.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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