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Publié par Alain Lequien

   L’orage a duré une grande partie de la nuit. À travers les velux du toit, on peut percevoir ses éclairs. Si l’albergue est neuve, on entend de nombreux bruits des machineries telles que ventilation, expulsion pneumatique de l’eau… Sans oublier le ronflement de l’Allemand du lit voisin. J’en garde le souvenir d’une mauvaise nuit.

   En fait, plus le temps passe, moins je supporte cette proximité. La durée du parcours surement. Je n’oublie pas ceux qui n’hésitent pas à allumer leur lumière alors que l’on est en train de s’endormir pour prendre quelque chose dans le sac, y compris en pleine nuit.

Si je pousse ce petit coup de gueule qui peut être perçu comme un manque de tolérance, c’est que ce comportement sans-gêne, ce manque de respect des règles basiques de la bienséance m’indispose dans ma démarche de pèlerin fait d’échanges et de réflexion.

   Que dire alors de ceux qui font la fête tard en buvant de la cerveza, ceux qui papotent à voix basse ou sont friands du bavardage souvent ponctué par des rires parfois un peu idiots. Voilà, c’est dit sans détour. Quand on veut faire une chronique sur la réalité des albergues au cœur du Chemin, il faut savoir dire les choses simplement, sans exclusive, sans fard.

   Heureusement pour nous, la grande majorité des pèlerins et des cheminants respecte l’autre. C’est très bien, je suis de ceux-là. Finalement, notamment dans les 200 derniers kilomètres avant Santiago, et après, on retrouve les dérives de la société actuelle. Il faut savoir que cela existe.   

   Il est à peine six heures quand je me lève. J’éprouve une grande envie de solitude. Il est vrai aussi que ceux se dirigeant vers Cabo Fisterra sont en nombre dix fois inférieur à ceux qui arrivent à Santiago. On retrouve de nombreux Français et Nordiques, un peu d’Italiens, quasiment pas d’Espagnols. Il est vrai aussi que l’on n’est plus à la recherche de la Compostela, et que le bus les amène à Fisterra.

   Quand le soleil se lève et éclaire la nature, on peut se dire que la journée sera bonne. La météo s’est trompée une fois de plus en annonçant la pluie. On retrouve toujours la verdure qui rend ce pays agréable, à l’image de la Bretagne me disait mon pote Éric.

   En passant dans un village, je prends en photo de nombreux séchoirs de maïs à l’ancienne, où les pierres brutes ont remplacé les constructions maçonnées. Des édifices très bretons…  Quelques hectomètres plus loin, alors que je prends un encas rapide (toujours pas de bar), je suis rejoint par Éric. Nous reprenons notre marche collective.

   Nous trouvons un bar ouvert en cette journée du 15 aout. Comme il y a la messe dans la petite église du village, nous voyons passer les habitants endimanchés se rendant à l’office.

   Reprenant notre trajet, nous subissons une averse importante. La pluie tombe dru, m’obligeant à m’arrêter pour changer de chaussures et mettre le poncho. Marchant devant, Éric s’éloigne à grands pas. Quelques kilomètres plus loin, à Olveiroa, je le retrouve dans le bar où je fais halte. Je suis complètement trempé et j’ai froid.

   Je prends l’option de faire une halte plus longue pour me restaurer en dégustant un pot-au-feu galicien. Éric veut reprendre la route pour trouver un endroit où planter sa tente. Il ne sait pas encore s’il va à Fisterra ou vers Muxia, l’autre destination possible où se rend d’ailleurs Charles. Il lui faudra choisir quelques kilomètres plus loin, après Hospital, où j’ai l’intention de m’arrêter. Une nouvelle albergue est annoncée.  

   Bonne route, Éric, tu fus un compagnon de voyage riche dans les échanges, prends soin de toi.

   Me voilà de nouveau seul pour terminer mon chemin. La sortie d’Olveiroa me mène vers des sommets où règnent de nombreuses éoliennes. Il est vrai qu’ici, le vent est violent, l’utilisation écologique de ces machines est particulièrement justifiée.

Le ciel est maintenant dégagé, et le soleil brille de nouveau. Il va en être ainsi jusqu’à la fin de la journée.

   C’est un vrai plaisir de découvrir en prenant son temps cette contrée un peu sauvage. En contrebas, le Rio Xallas maitrisé apparait dans ces méandres. Lorsque le vent baisse un peu de ton, on entend assez distinctement le bruit de l’eau s’écouler. Montées, descentes, c’est l’alternative de ces vallonnements où se promène le sentier. Je marche sans me presser si bien que les deux pharmaciennes nordistes me rejoignent. Elles prennent pension après Logoso. Nous marchons ensemble pendant quelques centaines de mètres pour nous quitter à une intersection. Bon Camino mesdames.

   Peu avant Hospital, je découvre que l’albergue annoncée est en construction. C’est mal parti, sauf s’il existe quelque chose au village voisin. Il n’en est rien. Je n’ai pas d’autre choix que de continuer à me diriger vers Cee à 14 kilomètres de là, soit 40 kilomètres au lieu des 26 kilomètres prévus. Autre solution possible, s’il ne pleut pas, dormir en forêt ou à l’abri d’un ermitage. Après tout, ce serait fun ! 

  Bon, il faut y aller. Cela ne sert à rien de s’appesantir. À Curvellas, je prends le chemin menant à Fisterra, délaissant celui de Muxia. Après le passage sur une route asphaltée, c’est un chemin forestier bien connu. Je ne rencontre aucun marcheur, seuls six cyclistes me doublent en tout et pour tout sur le chemin pierreux. En passant, je découvre un calvaire où de nombreux pèlerins ont déposé leurs pierres. Peut-être celles qu’ils avaient emportées avec eux, une autre manière de signifier qu’ils ont laissé une partie du vieil homme en cours de route.

   J’arrive ainsi à la Capilla Da Nosa Señora Das Neves où j’ai le plaisir de rencontrer Philippe, un pèlerin de Montpellier parti en bus de Santiago à Fisterra, qui refait le chemin en sens inverse à pied.

C’est l’occasion de parler du Chemin avec un pèlerin avec qui je partage la sensibilité sur le sens à donner à la spiritualité de l’homme. Un échange riche qui vient renforcer le fait que cette partie du chemin de Santiago à Cabo Fisterra ressemble fort à celui que j’aime. Rien à voir avec la multitude des « pèlerins » du Camino Frances. Une vraie respiration.

   Il me reste huit kilomètres pour atteindre Cee. Ce cheminement se déroule toujours dans des paysages toujours aussi sauvages et magnifiques, avec une explosion de la floraison de couleurs. Il me faut moins de deux heures pour les parcourir et découvrir au détour du chemin en contrebas, la cité et la baie donnant accès à l’océan Atlantique. Cette vision homérique m’annonce que je vais arriver progressivement au bout de mon voyage.

   En ville, les choses vont se compliquer un peu. On me dirige d’abord vers l’albergue municipale fermée en fait depuis deux ans. Je trouve une albergue neuve, bien proprette. L’accueil de l’hospitalier est distant, il y a peu de monde. De toute façon, je suis fatigué par la longue distance parcourue. La douche presque froide n’est pas là pour me réconforter sur la qualité du lieu. Lorsque je veux me rendre en ville pour manger, on me donne à regret une clé : « N’oubliez pas de la rendre… » J’avais envie de répondre : « Ne vous inquiétez pas, je ne fais pas collection des clés d’albergues. »  

En ville, à quelques centaines de mètres de mon refuge, il y a une fête avec de nombreux vendeurs de babioles (je remarque de nombreux commerçants africains), des manèges, des autotamponneuses, des vendeurs de barbe à papa et autres sucreries.

   Je suis attiré par la fanfare classique qui joue sur un podium des morceaux qui font la joie du public. Ils sont très applaudis.

Sans oublier, c’est une première pour moi la présence d'auteurs venus dédicacer leurs livres dans d’étranges box.

Rien à voir avec notre vision des salons du livre. Un ami espagnol m’expliqua que la vision de la culture dans son pays était très différente de la nôtre.

   Je m’attarderais bien, mais je n’ai que la permission de minuit. Après avoir mangé un plat accompagné d’une cerveza, retour au refuge pour dormir.

   Quand j’y pénètre, il y règne un grand silence que j’ai rarement vu dans ce type de refuge. Alors, sans faire de bruit, je me couche pour un sommeil réparateur. Longue journée.  

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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