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Publié par Alain Lequien

   Lorsque je me lève, il fait un temps de cochon comme on dit à la campagne. Il n’y a pas de quoi mettre le moral au beau fixe. Heureusement que j’ai mis mes vêtements à sécher dans la chaufferie de l’albergue.

   Mon lever a entrainé celui du cycliste anglais. En souriant, et par un geste, il me dit avoir été gêné par le ronflement de l’Espagnol du lit voisin. Sur le chemin avec sa femme et leur fils, ils se comportent comme des compagnons peu sympathiques.

Lorsque nous étions attablés, ils faisaient de fréquents allers-retours pour nous faire comprendre que nous devions leur laisser la place. La femme nous lançait un regard noir. Quant au garçon d’une quinzaine d’années, jouant sur un petit écran, il poussait de petits cris un peu bêtes comme le font parfois les adolescents. À plusieurs reprises, nous avons essayé de lier le contact, en vain. L’hétérogénéité du Chemin…

   Lorsque je pars après mon thé vert et mes tartines, le temps est toujours aussi sombre. Mathieu, le Français rencontré la veille a déjà repris la route lorsque je franchis la lourde porte d’entrée en bois fermant le jardin de l’albergue. La pluie s’est arrêtée, mais cela ne va pas durer. Ma prudence proverbiale (sourires) ou plutôt mon expérience m’a fait mettre mon k-way et recouvrir mon sac de sa toile. En passant, j’admire des maisons d’architecte qui me plairaient dans le genre moderne.

  Juste avant d’atteindre El Berrón, avant le pont de l’autoroute, la pluie redouble de force. Sous un abri d’autobus où sont abrités des autochtones, je vois Mathieu en train de se vêtir et de couvrir son sac. Avec sa jeunesse, il me rattrapera sans problème. Nous avons longuement échangé hier soir. C’est un garçon très sensible se posant de nombreuses questions sur son avenir professionnel. Âgé d’une bonne trentaine d’années, il en parait vingt-cinq avec son crâne rasé. Un garçon très sympa et attachant.  

   À El Berrón, je m’arrête pour prendre un café même si je n’ai parcouru que quatre kilomètres. Lorsque je dépose mon sac mouillé sur le sol, le serveur me fait un peu les gros yeux (c’est ce que je vois), mais comme je consomme un café américain solo bien chaud bienvenu, il ne dit mot.

   En sortant, je vois un marcheur devant moi engoncé sous son poncho. J’utilisais le poncho l’an dernier, mais cette année,

j’ai préféré la veste k-way plus pratique par temps de pluie ou contre la froidure. Je suis attiré tout de suite par les guêtres qu’il porte pour protéger ses chaussettes et chaussures. Sur le chemin, c’est la première fois que je vois cela. Cela me pose question. Je rejoins le marcheur et découvre qu’il s’agit de Mathieu.

   Nous marchons maintenant de concert.

Quelques kilomètres plus loin, nous nous arrêtons au Palacio de Meres, attirés par la beauté de cet ensemble. L’église est ouverte, une rareté à cette heure matinale. Comme il continue à pleuvoir, c’est un bon moyen de passer un petit temps à l’abri.

   Un homme prépare le mariage qui doit s’y dérouler dans l’après-midi. Il nous invite à la visiter, le sol étant recouvert de moquette pour conserver le sol propre pour la cérémonie.

Datant des XVe et XVIe siècles, elle est dédiée à Santa Ana et peut être considérée comme l’un des points importants à visiter sur le Camino del Norte. Que dire ? La Capilla est aussi belle à l’intérieur avec la représentation de la Vierge que de l’extérieur avec son porche. Ici, tout respire la spiritualité religieuse.

   Hélas, comme je ne suis pas un bon photographe, certaines photos prises vont se révéler floues. Sniff…

Ce n’est pas le cas de Mathieu, photographe à ses heures perdues, possédant un appareil professionnel. Il passe un long moment à prendre des clichés tant dans la chapelle que dans le palais contigu.  

   L’homme nous invite à visiter le Palacio, le palais. Classé parmi les monuments culturels espagnols depuis 1990, il appartient à la même famille depuis quatorze générations. Sa construction s’articule autour d’une cour carrée centrale, dont le couloir s’appuie sur des colonnes toscanes. Une conception spatiale dans la tradition de la Renaissance. À l’intérieur, de nombreuses salles de réception et quelques meubles répertoriés à l’inventaire du patrimoine espagnol.

Un vrai musée utilisé pour des mariages, cérémonies et conférences. Mathieu prend un vrai plaisir à les prendre en photo. Sur l’arrière, c’est un tout autre spectacle puisque l’ensemble de la façade est fleurie.

   La gestionnaire du site nous fait visiter l’ancien pressoir de la cidrerie du palais. Avant d’être classé, ce lieu avait une importante activité agricole confirmée par une peinture représentant la fin de la récolte. À l’image de ce qui se déroule dans notre Bourgogne avec la paulée.

   Alors que la pluie avait cessé durant une heure lors de nos visites, elle reprit de plus belle à notre départ comme si nous avions eu droit à un intermède. C’est donc sous la pluie battante que nous repartons. Nous passons à Granda puis à Colloto où nous enjambons le pont médiéval sur le Riu Nora qui a conservé toute sa robustesse. Il nous reste six kilomètres à parcourir pour atteindre Oviedo.

Souhaitant se restaurer, Mathieu fait une halte pendant que je continue mon parcours. Nous nous rejoignons près de la cathédrale. 

   Fondée au VIIe siècle, Oviedo est la capitale de la principauté des Asturies. Sa devise « La muy noble, muy leal, benemérita, invicta, heroica y buena ciudad de Oviedo » peut se traduire par « La très noble, très loyale, méritante, invaincue, héroïque et bonne ville d'Oviedo »

   Pendant le règne d’Alphonse II le Chaste, il fut découvert en 812 à Iria Flavia (aujourd’hui Padron non loin de Santiago) une tombe qu'on supposa être celle de l'apôtre Saint Jacques. Après l’évêque du lieu, Alphonse fut le premier roi à visiter la tombe. Partant d'Oviedo, Alphonse II devint le pèlerin inaugurant le premier chemin, celui que nous allons parcourir désormais, le Camino Primitivo. Ses liens avec Charlemagne auraient attiré de nombreux pèlerins, ce qui fait du Primitivo un chemin plus ancien que le Camino Frances.

On le comprend lorsque l’on sait que la région plus au sud était envahie par les Maures.

   Du fait de la présence de reliques du saint, un ancien proverbe espagnol dit : « ¿Quien va a Santiago y no a San Salvador visita al siervo y deja al Señor? » traduit par « Celui qui va à Saint-Jacques et pas à San Salvador visite le serviteur et laisse le Seigneur ». On voit à quel point Oviedo est une étape obligée sur le chemin de Compostelle. 

   Nous visitons la cathédrale datant des XIIIe et XIVe siècles. Pour accéder au trésor, à la Camara Santa, la chambre sainte ou au cloitre gothique, il faut payer (toujours). Il  y a beaucoup de monde. Il y aussi le suaire d’Oviedo, une toile de lin imprégnée de sang de type AB comme celui de Turin. Les différents tracés du sang se superposeraient à ceux du linceul de Turin. À croire qu’ils furent en contact. Nous décidons de faire l’impasse et quittons l’édifice.

   Devant celui-ci, des statues d’une femme et d’un voyageur portant ses valises. Durant mon parcours espagnol, j’ai remarqué à quel point les Ibères aiment placer ce type d’œuvre dans les rues.

   Nous déjeunons sur un banc devant la cathédrale sous les yeux étonnés des passants. Certains disent en espagnol : « Ce sont des pèlerins de Compostelle ».

Oviedo.Oviedo.
Oviedo.

Oviedo.

Nous sommes rejoints par un Français rencontré deux jours plus tôt au monastère. Une voiture de police passe, ralentit, stoppe. Va-t-on nous demander de nous éloigner ? Les policiers restent quelques minutes, puis la voiture redémarre et s’éloigne. Nous ne sommes que des pèlerins.  

   Nous avons quelques difficultés à trouver la sortie d’Oviedo malgré le plan remis à l’office de tourisme par un agent parlant français. Sur le chemin, une statue commémorant le premier pèlerinage d’Alphonse II le Chaste, puis une œuvre plus moderne.

Toujours l’alternative du blanc et du noir, de la tradition et du modernisme. Il reste douze kilomètres à parcourir. S’il ne pleut plus, le soleil reste assez timide.

   Nous passons près de Lampaya, puis arrivons à La Venta de Escamplero. À cet endroit, il y avait un monastère dédié à San Martín et un hôpital de pèlerins depuis 978. Ce lieu abrita Don Enrique de Trastámara (futur roi des Asturies) alors sujet à la vengeance de son demi-frère Pedro le Cruel. Un lieu historique.

   En arrivant, je suis fatigué. Mathieu se révèle un bon compagnon de route en m’attendant parfois. Il est vrai qu’il y a de belles côtes. À l’albergue, nous retrouvons Mélanie et Andres perdus de vue depuis quelques jours. L’occasion pour Matthieu de faire leur connaissance. Nous partageons le repas en commun en admirant ce paysage grandiose.

   Ce soir-là, je dors sur un matelas au rez-de-chaussée posé à même le sol. Pas très confortable, mais c’est la vie.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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