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Publié par Alain Lequien

   Nous prenons le petit-déjeuner ensemble. Mes compagnons n’ont pas l’air décidés à partir, je les retrouverai à Tineo. J’étais prêt à le faire lorsqu’une pèlerine espagnole nous propose de préparer nos muscles pour la journée, en effectuant des exercices à consonance chinoise dont j’ai oublié le nom. L’âge… En fait, j’ai trouvé cela proche du yoga. La séance dura une demi-heure. Pour être honnête, je n’ai trouvé aucun changement à ma forme. Sans doute, n’étais-je pas persuadé de ses bienfaits dès le débit !  

   En fait, le matin je me sens toujours un peu fatigué. Cela se comprend après plus de 1700 kilomètres de marche. Je n’ai mal nulle part, simplement je ressens la sensation de ne plus avoir d’énergie. C’est souvent le cas en montant les côtes, mon point devenu faible, alors qu’au temps de ma jeunesse lorsque je courrai le marathon ou les courses de montagne, c’était un point fort. Oh ! Jeunesse qui s’éloigne et crépuscule de la vie qui arrive à grands pas ! Allez, Alain, bouscule-toi un peu !

  Tout commence par une longue côte raide où je double trois jeunes Allemandes. L’une d’entre elles retourne en courant au monastère pendant que ses compagnes gardent son sac. Elle a dû oublier quelque chose, la pauvre. Heureusement, on n’est qu’à un seul kilomètre. Nous échangeons le buen Camino traditionnel.

   Traversée de Sobrerriba avec ses rues étroites. Sur les hauteurs montagneuses, de grands travaux pour une autoroute.

Ah ! Modernité, tu détruis ainsi la nature, « tu écorches la terre qui te porte et tu lui fais mal » dit un poème perse de la période mazdéenne.

Même si je comprends qu’il faut désenclaver la région, on pourrait peut-être utiliser des moyens moins destructeurs. Tristesse tout de même !

   Au bout de onze kilomètres, j’arrive à Salas dont le passé médiéval est surtout présent avec la tour de l’ancien château abritant le musée d’art préroman.

L’accès à la cité s’effectue par un pont de bois surplombant une sorte de marais traversé par un petit filet d’eau. Une pancarte indique qu’il s’agit d’un lieu inondable. Nous sommes en été, et l’eau des rivières est basse. Face au château, je prends mon café américain traditionnel, c’est mon rituel. Je reprends la route pour effectuer les dix-huit kilomètres restants à parcourir ce jour.   

   Remontant le village, après la Fuente de Pain, je me retrouve sur une piste empierrée raide à flanc de montagne, au milieu de chênes et de châtaigniers. Devant moi, un groupe de trois filles que je rattrape assez rapidement.

   Est-ce le hasard ou la volonté d’en découdre de leur part ? Je ne sais pas. Toujours est-il qu'arrivant à leur hauteur, elles accélèrent et tentent de me faire lâcher-prise. Est-ce par réaction anti-bonhomme ? Comme le chemin empierré a fait place à un sentier étroit, je ne peux que rester en arrière.

   Mais, mes amis, on a du mal à abandonner l’esprit de compétition qui demeure en moi malgré le temps qui passe. Je me sens prêt à les doubler, à n’importe quel moment. Je sais, je sais… vous avez certainement raison, je ne suis plus dans le pèlerinage. Comme je vous conte mes sensations du moment, je vous dois la vérité quitte à ce que vous ayez une opinion nuancée. Mon orgueil masculin a repris pour un temps le dessus. J’ai encore beaucoup de progrès à faire vous savez, si j’y arrive…  

   Les filles se relaient pour ne pas se laisser doubler. Cela m’amuse : elles sont beaucoup plus jeunes que moi. En fait, comme je le faisais lors des compétitions, j’attends le moment propice pour donner un coup de boutoir et les doubler. Ce que je fais sans difficulté en arrivant au Puente del Carcabon. Il me faudra plus d’un kilomètre pour réussir complètement. Arrivant en haut de la côte, sous une arche supportant l’autoroute, je me retourne et vois qu’elles sont HS. J’en suis heureux. C’est mal, Alain.

   L’une d’elles me sourit et me fait un grand signe de la main pour montrer qu’elles se sont bien amusées. Je fais de même. Cela ne va pas m’empêcher de continuer mon effort.

   J’atteins les hameaux de Porciles et de Bodenaya situés non loin du col de La Espina, puis le village éponyme du col. Au Moyen âge, ce lieu était un carrefour important puisqu’un hôpital et une maladrerie dépendant de l’archevêque de Santiago y étaient installés. J’y rencontre un couple d’Espagnols croisé à plusieurs reprises qui arrête son périple.

Comme ils sont devant une albergue privée, la tenancière me propose de rester le soir. Je décline, j’ai l’intention de me rendre à Tineo, situé à dix kilomètres de là. Je m’arrête toutefois un instant pour partager le verre de l’amitié et faire de nouvelles courses.

   Un peu plus loin, à La Pereda, j'admire la Capilla del Christo de los Afligidos (la chapelle des Affligés) datant du XVe siècle. Elle fut restaurée vers 1960 alors qu’elle servait de poulailler. Ici, c’est une région d’élevage et mon cheminement se déroule dans des chemins creux bordés par de nombreux rochers. Je me mets même à discuter avec une vache qui s’approche pour dire bonjour aux marcheurs. Étonnant, non ? Traversée d’El Pedregal, puis de Santa Eulalia de Tineo.

   Au-dessus de Tineo, alors que j’aperçois au loin des zones industrielles, je fais la connaissance d’Octave et de Pablo, deux Français vivants à Barcelone. Je les retrouverais à l’albergue Mater Christi de Tineo. En arrivant à la ville-étape, je passe à la chapelle de l’ermitage Saint-Roch devant laquelle deux femmes prient devant la porte, celle-ci étant close. L’une d’elles m’indique le chemin de l’albergue.   

En arrivant, j’ai la mauvaise surprise d’apprendre, alors qu’il est encore tôt, qu’il n’y a quasiment plus de places. Mathieu est déjà installé dans une petite pièce, je ne l’ai pas vu me doubler ! Il propose à l’hospitalier de mettre un matelas entre les deux lits existants.

Celui-ci accepte. Par contre, je décline la proposition de Mathieu se proposant de dormir par terre en me laissant le lit. En fait, vers 22h00, l’Italienne qui devait occuper l’autre lit va dormir ailleurs, si bien que je le récupère.

   En sortant, je rencontre Mélanie qui couche dans la grande chambrée. Finalement, elle aussi va quitter le gite pour aller au camping rejoindre Octave et Pablo qui n’avaient pas trouvé de place. Heureusement, ils ont une tente, car l’albergue est pleine à craquer. Des pèlerins dorment dans les couloirs. J’ai donc beaucoup de chance.

   Mathieu et moi allons prendre un repas peregrino dans un bar, car il est  impossible de faire la moindre cuisine. Il faudra attendre presque 23h00 pour que le calme règne dans l’albergue.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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