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Publié par Alain Lequien

 

  Cela bouge de bonne heure même si nous dormons dans la petite chambre, car elle se trouve près des toilettes. Dès 5h00, il y a un va-et-vient permanent bien que notre porte soit fermée. Je vais vraiment émerger à 6h00 alors que Mathieu est en train de s’habiller.

   Lorsque je me rends aux douches, elles sont occupées. Je dois attendre dix bonnes minutes pour y accéder. L’eau est fraiche. Ce refuge est délabré loin de ceux rencontrés. Il y a peu de points d’eau, à la limite de la propreté. Notre hospitalier fait ce qu’il peut pour que les pèlerins soient accueillis correctement malgré ces conditions. C’est le Chemin, avons-nous l’habitude de dire, pour relativiser !

  6h30, il fait encore nuit. La future étape sera vallonnée, et les prochains refuges sont trop proches de Tineo pour s’y arrêter. Je préfère partir devant, car il n’est pas possible de prendre le petit-déjeuner au gite. J’espère trouver un bar ouvert en cours de route ; Mathieu me rejoindra peut-être plus tard. Quant aux autres, j’apprendrais que certains ont couché au camping et que d’autres comme Andres sont venus au refuge de Borres à … quinze kilomètres de là. Quels courageux !

   Certains murs de la petite cité sont couverts de dessins plus ou moins naïfs. On est loin des marques illisibles de nos cités françaises. Ici, c’est beau, poétique… Ils ont du talent, nos Ibères.

   Ouf ! À la sortie, un bar ouvert pour prendre mon desayuno ; je suis seul à déguster mon café américain solo traditionnel. En sortant, je tombe de nouveau sur la jeune Suisse perdue lors d’une étape précédente. Elle cherche la sortie de la ville en consultant son guide. Comme initialement, je la remets sur le bon chemin en lui montrant le fléchage. Elle part alors à toute vitesse devant moi. Je souris intérieurement, je la reverrai sans doute bientôt…

   Elle gravit la longue montée et disparait dans le brouillard épais. Le temps est frais et humide.

Près d’une fontaine, je découvre un petit ermitage de grande beauté. Difficile de le prendre en photo dans cette nuit noire, avec mon appareil peu performant. Question forme, ça va bien. Au bout de trois kilomètres, je rejoins un couple de pèlerins suivi par devinez qui ? La jeune Suisse essoufflée…  

   Je suis en forêt, continuant progressivement à monter pour arriver à l’Alto de Piedratecha situé à plus de mille mètres d’altitude. J’entame la descente par un chemin caillouteux en direction d’Obona (eaux bonnes). Après la traversée du hameau, je fais le petit détour vers le monastère en ruine de Santa Maria Real de Obona datant des XIIe et XIIIe siècles se nichant dans un vallon.

   La légende veut qu’il ait été fondé en 780 par Adelgaster, le fils naturel non confirmé du roi asturien Silo. Le monastère possédait un cloître inachevé. Son église, de facture cistercienne, possède trois nefs séparées par des pilastres cruciformes et une toiture en bois. Dommage qu’il soit en si mauvais état au milieu des herbes et du lierre. Ce lieu solitaire magique, situé au milieu de grands arbres, correspond à ces endroits où j’aime me retirer afin de méditer, réfléchir, écrire. Un lieu de quiétude au milieu de nulle part.

   Retour sur la piste forestière à travers le bois où je double un couple d’Italiens accompagné d’un enfant. Je traverse plusieurs hameaux : Villaluz, Vega del Rey, San Martin de Semproniana… Ils semblent nombreux, mais en fait, certains sont complètement déserts. Aucune âme qui vive hormis la présence de chiens aboyant sur mon passage.

   Peu après Campellio, Mathieu me rejoint. Il passe par la voie alternative des Hospitales, celle des anciens hôpitaux en ruine au travers la montagne. On m’en a dit du grand bien, et qu’elle est ardue. J’hésite un peu, mais préfère continuer sur le circuit initial. Peut-être une erreur[1] ?

   Arrivé à Espin de Sangonedo, je découvre une maison moderne où sèche du maïs. Une maison sans hórreo ?  

   Arrivée à Borres où se trouve l’albergue Santa Maria. Bêtement, je vais suivre son fléchage. Allongés dehors dans leurs sacs de couchage, des pèlerins dorment. Dans son demi-sommeil, l’un d’eux me dit être arrivé vers 5h00 du matin, trouvant l’albergue pleine. Il m’indique aussi que je me trouve en dehors du chemin. Ne voulant pas redescendre la côte gravie, je fais le détour par la route et retrouve le fléchage ainsi que Manuel, un pèlerin espagnol déjà connu. Marchant vite dans la montée cimentée continuant en chemin creux, il me lâche sans difficulté.   

   Deux kilomètres plus loin, j’arrive à Samblismo où sont attroupés de jeunes pèlerins attablés ainsi que Manuel. Nous nous saluons, mais je ne m’attarde pas. Il reste une bonne dizaine de kilomètres à parcourir alors que le soleil brille de mille feux, et qu’il commence à faire très chaud... Et très soif.

   Je suis le fléchage vers la Mortera menant au col de Lavadoira (huit cent quinze mètres d’altitude). En suivant la route, il faut parcourir huit kilomètres. Si le chemin est aisé, on est sur l’asphalte où le soleil darde de ses rayons. Je choisis de suivre le sentier caillouteux permettant de couper les virages qui ne fait que cinq kilomètres de longueur.

La contrepartie, il comporte de dénivelés importants avec les descentes dans les vallons et les remontées pour traverser la route.  

   Après Colinas, j’arrive à Porciles où je prends en photo l’église San Roque qui se trouve en contrebas. 1500 mètres plus loin, j'arrive au col. J’entreprends la descente par une piste herbeuse serpentant au milieu des sapins suivie d'une piste rocailleuse et accidentée.


[1] Je vais suivre cette voie deux ans plus tard, un autre carnet de voyage à paraitre.  

Sur le Camino Primitivo.
Sur le Camino Primitivo.
Sur le Camino Primitivo.
Sur le Camino Primitivo.
Sur le Camino Primitivo.

Sur le Camino Primitivo.

À Ferroy, de nouveau un chemin pierreux très pentu, suivi d’une route et d’un chemin herbeux. Le lot quotidien en fait sauf qu’ici, c’est pentu. Ainsi, je croise ponts de bois, vallons, escaliers de pierres. Bref, aujourd’hui, j’ai mon lot de dénivelés importants. 

   Au bout de vingt-sept kilomètres, après avoir traversé le Rio Nisón, c’est l’arrivée à Pola de Allande, une cité créée au XIIIe siècle pour regrouper la population répartie dans la vallée. Au XIXe siècle, elle perdit la moitié de sa population du fait de la pauvreté des lieux et la nécessité d’émigrer à l’étranger.

   Je suis le troisième arrivant à l’auberge municipale, un bâtiment situé au-dessus de ceux de la Guardia Civil. Je fais connaissance du couple d’Espagnols présent. Une heure plus tard, Anders le Basque, Mélanie, Gérard, un Franco-suisse de 70 ans, Manuel notamment arrivent.

   Le soir, nous partageons les agapes dans la très belle cuisine après avoir effectué des courses en ville. Fatigué par le long dénivelé, je m’endors rapidement vers 21h30.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 
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