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Publié par Alain Lequien dit Bourguignon La Passion

1winterieurgiteventerol.jpgJ’avais prévu de partir vers 7h30 car l’étape est longue : 36 km. La nuit fut calme et reposante dans un lit confortable digne d’une chambre d’hôte. Il est vrai qu’à 1 100 m d’altitude, dans un petit village de montagne, il y a peu de bruit. Je prends ma douche du matin, assez fraiche. C’est une habitude prise 2wgiteventerol.jpgdepuis l’an dernier lors de mes pérégrinations ou avant une activité sportive pour activer la circulation. Elle est différente de celle prise le soir qui au contraire doit être plutôt chaude, reposante et reconstituante. Chacun ses petites habitudes. Je suis en train de prendre un petit déjeuner frugal avec des produits du pays lorsque je suis rejoint par l’un des touristes et Bruce. 3wurlecheminenhauteur.jpgL’occasion de reprendre la suite de notre discussion d’hier. Dehors, il pleut maintenant à seaux d’eau et le tonnerre roule dans le ciel avec de nombreux éclairs. Dieu fait-il son ménage ? disais-je jadis en plaisantant avec mes enfants.  

En fait, je traine car j’ai peu envie d’y aller. Pressentiment ? Je ne le saurais jamais. Je pars avec quasiment une heure de retard sous une pluie battante.4wjoliefleur.jpg Direction Urtis. Montée d’abord au col des Marmets situé à 1 200 m d’altitude par une petite route, puis un chemin terreux et caillouteux. Descente rapide vers le hameau des Marmets (de nombreuses grandes flaques d’eau), passage aux Garcins, où il faut de nouveau gravir un sentier pierreux glissant qui mène à la colline de la Garduelle.

Je décide de continuer par le chemin proposé, très large pour éviter une variante proposée passant par Faucon du Caire possédant un dénivelé plus important. Un choix qui me dirige vers le lieu de mon accident. Ah ! Si je l’avais prise, cette variante, je serais peut-être encore sur le Chemin ! Comme quoi, tout choix même infime a son importance sur notre destinée !

5wsupervision.jpgMais continuons. Je passe au col de la Berche par des sentiers détériorés par la pluie et particulièrement glissants. Je m’étale à plusieurs reprises sur le balcon surplombant une grande forêt, au-dessus de Pièfourcha. Au loin, j’entends un chien aboyer. Décidemment, cette étape se révèle plus galère que prévu avec ces conditions atmosphériques déplorables. Je pense qu’il faut être raisonnable : je m’arrêterais certainement avant Saint-Geniès. Il n’y a pas de doute, j’ai eu les yeux plus gros que le ventre dans mes prévisions ! La question est de savoir comment sera la suite du parcours après ce passage plein de difficultés. A étudier !

Je décide de me choisir un nouveau bâton qui sera mon nouveau compagnon de voyage, au moins pour cette partie d’étape. Je regrette vraiment ce bâton portant mes couleurs oublié à Savines, qui était bien ferré et que j’avais bien en main. 6wnouveaubaton.jpg

La pluie a maintenant cessé depuis une heure, mais le temps est très couvert comme on peut le voir sur cette photo. Vers le onzième kilomètre, alors que je rêvassais certainement (attention, les pèlerins et cheminants – cela nous arrive souvent), je bute sur une pierre glissante et je m’étale de tout mon long vers le bord de la combe. Mon sac à dos m’entraine inévitablement vers le ravin. Heureusement pour moi, de petits arbustes stoppent ma chute à environ deux mètres au-dessous du chemin. Je n’ose regarder en bas et je sens comme une compression dans ma poitrine. Voyant une racine qui dépasse au-dessus de moi, je m’y accroche avec la trouille qu’elle ne cède. Heureusement, elle tient et je me mets à trembler, j’ai la trouille de tomber plus bas. Dans mon esprit me traverse beaucoup d’images. Ma famille bien sur, ma femme, mes enfants et petits-enfants, ma belle-mère... Mais aussi ce souvenir datant d’environ vingt-cinq ans où j’avais dévissé dans le glacier de Bionnassay non loin de Chamonix. A l’époque, notre guide s’était montré à la hauteur et m’avait permis de remonter, de retraverser le glacier avant que je n’éclate en sang7wcheminpeutrace.jpglots de l’autre côté. Les nerfs avaient lâchés !  

Mais ici, je suis seul et ne peux attendre aucune aide. Tout dépend de moi et de mes actions. Au bout de quelques minutes, le temps de retrouver mon calme, je teste la racine. Elle tient solidement. Petit à petit, en prenant appui sur les arbustes et des morceaux de rocher saillants, je parviens à me rétablir et à revenir à plat sur le chemin. Je reste ainsi étalé pendant quelques minutes pour retrouver ma respiration liée à cet effort. Je me sens fourbu. J’ai des égratignures et ressent une douleur à la cheville gauche. Celle qui s’était déjà tordu lors de la chute dan8wtempsmaussade.jpgs le trail de Marsannay couru début juin. Je la touche et je vois qu’elle a doublé de volume. Zut ! Une foulure ou une entorse pensais-je. La galère continue.     

Il faut bouger, car je commence à ressentir le froid. Mais contrairement à mon accident précédent, j’ai l’esprit beaucoup plus lucide et suis plus maitre de moi. L’âge sans doute. Je me lève en utilisant le bâton de secours qui était tombé sur le chemin. Et je regarde en bas. Bigre ! Je l’ai échappé belle. Cela aurait été une belle descente qui m’aurait mené au fond de la combe. J’en tremble encore en revoyant cette image. 9wendroitchute.jpg

Désolé mes amis, j’avais autre chose à penser qu’à prendre des photos…

Devant moi, le sentier descendant. Ouf ! Cela sera plus facile. Je l’entame tranquillement. De toute façon, je ne peux pas aller vite puisqu’à chaque pas, ma cheville est douloureuse. Sans oublier le mal de dos lancinant. Je vais mettre plus de deux heures à l’effectuer pour rejoindre la route. Hier (11 juillet), j’ai calculé cette distance : 2 700 mètres de descente, avec un dénivelé positif (descente) de 350 m, passant de 1 200 m à 850 m d’altitude. En examinant la photo Google, je serais tombé au pire dans le torrent de la Combe, que b10waccueilsauvetage.jpgorde le Forest des Os. Derrière moi, le ravin des Gravas. Un peu plus bas, à gauche, la Combe obscure.  Bigre...

Il est près de 15h00 quand j’arrive à l’office de tourisme qui gère la Via Ferrata de la grande Fistoire du Caire (photo OT). L’accueil est chaleureux (contrairement aux gens rencontrés sur le parking qui m’ont pris pour un SDF et n’ont pas voulu m’aider). Aussitôt, l’accueillante s’occupe de moi, m’offre un café et téléphone pour me trouver un gite pour le soir. Elle se propose même de m’y emmener. Merci à elle et à sa gentillesse.

En fait, c’est Marc, le propriétaire de la « Maison des Hôtes » de la Motte du Caire qui viendra me chercher (photo OT). Car, pour ce soir, pas question d’aller jusqu’à Saint-Geniès. Je contacte d’ailleurs la propriétaire pour décommander ma venue vu m11wmaisondeshotes.jpgon état… Avec son épouse Ingrid, ces accueillants m’ont beaucoup facilité les choses avec une grande attention, me proposant notamment des béquilles et me servant à manger à l’étage. Je n’ai pas pu terminer le frugal repas proposé tant j’étais crevé à la fois physiquement et moralement. Marc me proposa de m’amener aux urgences de l’hôpital de Sisteron. J’ai décliné pensant qu’il n’y avait pas urgence. Passons la nuit et voyons. Nous nous mettons d’accord pour que Marc me descende tôt à Sisteron le lendemain matin en allant à son travail. Ne serait-ce que pour me rassurer.   

Naturellement, vous le devinez, j’ai passé une mauvaise nuit ne sachant comment poser cette cheville douloureuse. Sans oublier ce mal de dos lancinant et quelques contusions sur le corps. Je craignais de plus en plus que cela soit autre chose qu’une entorse ou une foulure. Bref, j’ai commencé à penser qu’il me faudrait certainement me faire une raison : mon périple 2014 est très compromis, ou à minima suspendu pour une ou deux semaines.

Très cordialement

Bourguignon la Passion.

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