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Publié par Alain Lequien

 

  Il est 6h00 lorsque les premières sonneries de téléphone se font entendre.  C’est le moment de se lever pour les plus courageux pour se rendre à la prochaine étape ou s’arrêter en cours de route pour faire la sieste espagnole entre 13h00 et 16h00.

   J’ai bien dormi. Mes doutes d’hier soir ont disparu. Je me suis aperçu depuis longtemps que le fait de noircir une situation avant de m’endormir permettait le lendemain de voir les choses de manière plus positive. Comme si le cerveau, au cours de la nuit, faisait le ménage et rétablissait les choses de façon plus réaliste. 

   Je préfère laisser partir la majorité des pèlerins, la pièce où s’entassent les lits étant encombrée. Au bout d’une demi-heure, c’est plus dégagé. Somnolant, je me lève et retrouve Mélanie et Anders avec lesquels je déjeune. Comme ils ne se décident pas à partir, je pars en avant. Il fait encore nuit pour ma dernière étape entièrement asturienne. Devant moi, une famille d’Italiens bruyants.

   Devant l’église, j’aperçois dans la pénombre plusieurs pèlerins entassés sous le porche.

Après l’ancien cimetière, je prends la route rejoignant la piste. L’homme marche bien. À un moment donné, il est obligé de s’arrêter, car le reste de la famille a du mal à suivre.

   Je suis en bonne forme, comme quoi les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le chemin monte à travers la forêt et la lande, puis rejoint une route goudronnée rejoignant en descente La Mesa. En passant devant l’albergue installée dans l’école rurale, j’aperçois Miguel. Nous nous saluons.

  Dans la grande montée qui suit, je rejoins et double Gérard. Après quelques mots échangés, je reprends mon pas.

   En haut de la côte, j’arrive sur un sentier traversant un paysage désolé et venteux menant à Buspol. Au milieu du brouillard, la très belle et minuscule ermita Santa Marina réalisée en pierres qui est fermée. Il y aurait à l’intérieur une iconographie naïve. Plus loin, je n’ai plus de doute, on est en pays celte avec une immense roche surplombant le chemin et quelques pierres plates plantées verticalement. 

   J’entame la longue descente rapide de sept kilomètres vers le barrage de Salime, avec des passages en lacets. Au départ, il n’y a que la lande et le vent soufflant en rafales. Puis, des routes forestières. Au travers des arbres, la retenue d’eau du Rio Navia qu’il faudra dépasser en passant sur le barrage.

   Salime, un nom qui n’a pas dû au hasard. En voici la légende. Un jour, pris de boisson, le démon tomba à l’eau. Tout le monde sait que le diable n’aime pas l’eau. Alors qu’il se débattait, il cria en vieux patois asturien : Salime, Salime, voulant dire « Sortez-moi, sortez-moi ».

À ce cri, les villageois accoururent pour sauver la personne tombée à l’eau. Contrairement à son attente, ils s’aperçurent que c’était le démon. Ils le rejetèrent à l’eau où il périt. Ils décidèrent alors de conserver le nom afin de commémorer leur victoire sur le diable.

   De manière plus pragmatique, le village de Salime a disparu comme treize autres villages, engloutis vers 1950 par la construction du barrage. La configuration des lieux obligea à réaliser un téléphérique qui, sur trente-sept kilomètres, achemina les matériaux depuis le port de Novia. C’était alors le plus long téléphérique du monde. Des milliers d’habitants durent quitter les lieux dont les collines étaient couvertes de vignes. De nos jours, c’est plutôt le brouillard né du lac artificiel qui les remplace.

   Dans la descente, je suis rejoint par Mélanie. Nous continuons à cheminer au milieu d’une forêt de conifères et de châtaigniers. Nous doublons un « frère de la route » portant un sac à dos et un sac de supermarchés. C’est une vision bizarre dans cet environnement d’autant qu’il n’a pas l’air commode.

   « Heureusement que tu es là, me dit Mélanie. Il me fout la trouille ». Certes, il ne faut pas mesurer la qualité de quelqu’un sur sa tenue, mais il est vrai qu’il n’est pas rassurant.

   Arrivant sur la route, nous découvrons une étrange porte grillagée donnant accès à un passage percé dans le rocher. La porte n’est pas fermée, donnant accès à une terrasse surplombant le barrage. Pour rassurer (sourires) Mélanie, je lui dis que ce lieu est très propice pour un crime parfait. Elle ouvre de grands yeux et me traite de psychopathe. Il faut rire un peu… pas trop. D’ailleurs, mes amis, j’ai un projet de roman policier…

   Nous quittons les lieux pour traverser le pont surplombant le barrage. Ni voiture en vue ni âme qui vivent à l'exception du frère de la route qui s'est réfugié dans le corridor du barrage.  

   Après avoir gravi la montée, nous nous arrêtons pour boire un café au bar surplombant la retenue d’eau. Nous sommes les seuls clients. De la terrasse, on peut admirer une belle vue du barrage.

   Nous avons déjà parcouru quatorze kilomètres. Il nous en reste cinq pour arriver à Grandas de Salime. Alors que le soleil avait fait une timide apparition, le ciel d’un seul coup se couvre de gros nuages annonciateurs de la pluie. Il n’en fut rien. Le trajet n’a rien de très réjouissant : montées, descentes par des tronçons de route ou des sentiers arborés.

   La première chose qui saute aux yeux au village est la présence de la collégiale San Salvador. Une merveille romane datant du XIIe siècle. Au fil du temps, elle fut l’objet de nombreux ajouts : tour, salle capitulaire, chapelles, narthex.  Le long du mur, une très belle fresque moderne naïve.  Devant la nouvelle albergue, deux pèlerins attendent l’ouverture. Nous les avons déjà croisés, notamment celui qui chante avec son banjo.

   Après quelques courses, nous reprenons la route pour Castro situé à cinq kilomètres pour dormir à l’auberge de jeunesse. En passant, une nouvelle église fermée attire mon attention. Ne retrouvant pas les marques, nous suivons la route goudronnée qui nous mène à l’auberge de jeunesse.

  L’accueil est mitigé. Mais bon ! Le tarif est raisonnable et nous dormons dans une chambre à quatre lits. Cela va nous changer des grands dortoirs de ronfleurs. Le repas peregrino fut le bienvenu (soupe chaude, viande). Entretemps, Anders fit son apparition. Il dormit sous sa tente. 

   Ce fut une soirée calme avec des échanges avec quelques Espagnols et un couple d’Italiens.

   Vers 18h00 le temps tourna vinaigre. Dans la nuit, l’orage fit parler de lui.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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