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Publié par Alain Lequien dit Bourguignon La Passion

   En quittant l'albergue seul à 6h00 du matin, je ne sais pas encore où je vais m'arrêter ce soir. Ma grande chance est de découvrir sur la grande place un bar qui ouvre. Je suis le premier client, et j’y prends mon traditionnel café américain.

   Passant devant la cathédrale, je me dirige par des petites rues pavées vers la Puerta del Carmen, la porte la plus ancienne de la muraille. Même si tout est bien éclairé, je n'arrive pas à trouver le fléchage. Je me trompe de chemin. Heureusement, un taxi en maraude habitué sans doute à voir des pèlerins paumés s'arrête et m'indique le bon chemin.

   Quelques instants plus tard, je marche sur un chemin pierreux non éclairé. Je dois avancer prudemment si je ne veux pas chuter. Au loin, j'entends parler des pèlerins. Je ralentis ma marche. C'est Myriam en compagnie des deux Allemandes. Elles aussi sont perdues. Nous décidons de faire route commune.

   Personne pour nous renseigner. Nous savons seulement que nous devons passer de l’autre côté du Rio Miño. Ouf ! Voilà enfin le célèbre pont romain piétonnier d’une centaine de mètres de long. Nous sommes sur la bonne voie. Désormais, le fléchage devient clair.

   Nous longeons le fleuve, passons devant le centre nautique. Les jeunes femmes marchent assez vite. Au bout d'une vingtaine de minutes, nous nous séparons en deux groupes : les deux Allemandes veulent rejoindre la voie du Nord, Myriam et moi suivons le Camino Primitivo jusqu’à Melide.

   Il faut déjà grimper, le soleil apparaît dans toute sa splendeur. Myriam a décidé d'accélérer, je la laisse partir. Je préfère assurer, car je n’ai pas loin de 2000 kilomètres dans les pieds. 

   Je vais parcourir plusieurs kilomètres seul. Je ne suis pas pressé, je vais terminer mon cheminement de l’année, le second vers Compostelle dans un peu plus de 200 kilomètres. Soit environ 90 % du parcours total.   

   Dans des petits villages, des chapelles étonnantes. Comme cette église de San Vincente de Burgo, un exemple de baroque rural galicien. J'y retrouve Myriam en compagnie d'un jeune Franco-Espagnol. Nous prenons un solide petit-déjeuner dans une sorte de café-auberge organisé dans une ancienne ferme, un peu à l'écart de la route.

   Ensemble, nous reprenons la route. De nouveau, Myriam accélère le pas. Mon autre compagnon au contraire, ne marche pas bien vite. Ce qui fait qu'au bout de deux kilomètres, le petit groupe est devenu trois individualités.

Ce n'est pas un problème, c'est tout simplement la vie. Par manque de courage ou de gnaque,  je ne fais pas le détour pour visiter l'église paléochrétienne de Santa Eulalia de Bóveda. Après coup, je l'ai regretté, cela n'aurait fait que cinq kilomètres de plus. Un pèlerin qui l'a visité m'en a dit du grand bien. Il arrive quelquefois que l'on rate certaines occasions... Le destin…

   Je quitte la route goudronnée subie depuis Lugo pour prendre des chemins creux ou une antique calzada. Cela change du bitume, c'est plus sympa et cela fait moins mal aux pieds, moi qui porte des sandales.  

J'arrive à San Roman da Retorta. J'ai effectué dix-huit kilomètres depuis Lugo. Je me sens suffisamment en forme pour continuer. Je passe devant l'ermitage roman siégeant au milieu d'un cimetière. Je m'y arrête quelque temps pour prendre un peu de repos. J'y retrouve Myriam et un couple de Serbes déjà croisé, dont le mari est un ancien légionnaire. Tout près de là siège une borne romaine qui attire mon attention. J'apprendrais plus tard que ce n'est qu'une réplique.

   Comme Myriam ne sait pas où elle va s'arrêter, je reprends la route seul, passant devant une albergue municipale où déjà quatre jeunes attendent l'ouverture. Je continue vers Pacio que je traverse pour rejoindre Ferreira. Il y a, semble-t-il, une albergue. En fait d'albergue, c'est un établissement (la casa del ponte) dont le coût dépasse mes modestes moyens.

   Je fais une petite halte tout près de là pour me restaurer et admirer ce modeste pont antique romain. Ici, il y a plus de deux mille ans passait une voie romaine. Myriam et le jeune franco-espagnol me rejoignent. Elle m'indique que sur son guide, une autre albergue est ouverte un peu plus loin.    

   Nous reprenons ensemble la route. Lorsque nous arrivons, nouvelle déception : elle est fermée pour quelque temps. J’ai appris plus tard que ce fut également le cas pour Guy... Il eut la chance d’être véhiculé par une personne du cru jusqu’au village suivant.

   Obligé de reprendre la route, je me sens soudain crevé. J’ai parcouru depuis ce matin vingt-huit kilomètres et le soleil tape dur. Je ralentis le pas. Brusquement, un gros coup  de fatigue m'oblige à faire halte. La tête me tourne.

Me voyant en difficulté, mes compagnons attendent  que je récupère assis sous un arbre. Cela dura une bonne demi-heure. Difficilement, je rejoins As Seixas, à quatre kilomètres de là.   

   Arrivée sur place, l'albergue privée est complète. Il faut se rabattre sur l'albergue publique. À notre grande surprise, tout est neuf, agréable, avec un bassin d'eau pour tremper ses pieds. De quoi récupérer des échauffements de la journée.

   J'y retrouve de nombreux compagnons : Guy, Octave, Pedro, Gérard, le Franco-Suisse, Miguel l'Espagnol...L'ambiance est bonne. Nous mangeons à l'auberge privée contrairement à d'autres qui font leur popote à la cuisine de l'albergue.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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