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Publié par Alain Lequien dit Bourguignon La Passion

 

  Il nous reste une quarantaine de kilomètres à parcourir jusqu’à Santiago. Nous décidons qu’il est plus raisonnable de faire deux étapes pour nous permettre d’arriver frais le matin pour assister à la messe des pèlerins à midi, à la cathédrale.

   À la sortie d’Arzúa, de nouveaux pèlerins se joignent à nous, ceux venus par le Camino Norte que j’ai quitté avant Oviedo pour prendre le Camino Primitivo.

   Nous commençons par descendre un petit chemin où je retrouve une fontaine où je m’étais reposé l’année précédente. J’y avais discuté avec un Espagnol qui était venu remplir un bidon d’eau : l’eau serait miraculeuse... J’ai appris plus tard qu’elle s’appelait aussi la source des Français. Pourquoi ? Mystère. Nous en buvons un peu pour respecter les croyances du cru. Et puis, mes amis, cela ne mange pas de pain comme on dit.

   Nous suivons le chemin bien indiqué souvent bordé  d’arbres : chênes, eucalyptus… Les villages s’enchainent : As Barrosas et sa chapelle San Lazaro, la traversée de la rivière Brandeso, Quertoño, non loin de Burres et son ermitage de San Paio du XVIIIe siècle, A Peroxa, la traversée du ruisseau Ladrón, Taberna Vella, Calzada… Après avoir traversé le ruisseau Langüello, et suivi un réseau de pistes et de routes l’arrivée à Boavista…

   Non loin du hameau de Santa Irene, nous doublons un groupe de personnes handicapées entourées d’accompagnateurs poussant un fauteuil ou portant un brancard.

C’est un moment d’intense émotion mes amis. J’ai beaucoup d’admiration pour ces bénévoles qui consacrent leur temps et leurs efforts à ceux qui sont en souffrance. Je l’avais déjà ressenti près de Saint-Jean-Pied-de-Port. On peut percevoir en regardant avec le cœur que les yeux de ceux qui sont portés pétillent, qu’ils voient leurs vies sous un autre jour. Une belle leçon de vie.

   L’étape se poursuit en forêt, par la montée d’O Monte de Santa Irene qui nous amène non loin du bout de la piste de l’aéroport de Santiago. Sur les grillages, de nombreux vêtements abandonnés par les pèlerins.

   Plus loin, je n’en ai pas trop parlé cette année (cela avait créé de l’inquiétude à ma famille l’an dernier), toujours ces pierres laissées en hommage de pèlerins qui ont rejoint l’Orient éternel en réalisant leur rêve. 

   Rencontre avec Benjamin, un séminariste qui sera ordonné prochainement diacre puis prêtre[1]. Homme de foi, il est

surtout un homme d’ouverture. Dans nos échanges, nous avons pu apprécier une vision plus moderne de ceux qui assumeront dans l’avenir la prêtrise, des hommes moins péremptoires, plus conscients du monde d’aujourd’hui. Il nous accompagna jusqu’à Lavacolla, puis poursuivit son chemin vers Compostelle.

   Nous passons près d’une stèle indiquant que nous ne sommes plus loin de Santiago. En fait, nous savons que c’est la fin d’une étape non du cheminement qui va continuer à se réaliser en nous. Une longue côte nous conduit à San Paio. Un dernier effort à faire, par une côte particulièrement raide, nous arrivons à Lavacolla.

   Ce lieu était un arrêt obligé pour les pèlerins médiévaux pour se laver (lava colla), mettre leurs affaires en ordre et se faire beau pour honorer le saint.

   Suivant Guy, nous prenons de nouveau une pension. Nous avons marché trente kilomètres, cela suffit pour ce jour. Voilà qu’apparait le blues de la fin du voyage. Bientôt, il nous faudra retourner dans le monde sociétal, le monde profane, reprendre le quotidien.

   Nous décidons de manger sur place. Sous notre fenêtre, une fête bruyante se déroule avec une musique très forte. Bah ! Il faut faire le dos rond. C’est le Camino Frances…

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

[1] Quelques mois plus tard, je vais assister à son ordination.

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