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Publié par Alain Lequien dit Bourguignon La Passion

   Et si Compostelle n’était qu’une étape ? Je n’ai aucune envie de rester à Santiago, je m’y ennuie, car il y a trop de monde, trop de commerces… La société touristique dans toute sa grandeur. J’éprouve un besoin de me retrouver dans les chemins creux.

   C’est la raison de mon départ vers Fisterra, la fin de la Terre des Anciens qui fut déjà ma destination l’an dernier. Refaire un chemin, repasser dans les mêmes endroits permet de découvrir avec d’autres yeux d’autres éléments enrichissants, de faire d’autres rencontres différentes d'autres fois.

De plus, cette destination ancestrale de pèlerinage est bien plus ancienne que le christianisme puisque selon les traditions galiciennes, les Romains y virent le bout du monde connu. Au-delà, c’était l’inconnu. Il ne devint destination jacquaire qu’à l'époque médiévale. Les pèlerins venaient sur ce site magique et sacré depuis l'Antiquité pour ramasser les fameuses coquilles…  

La nuit à l’albergue fut assez moyenne. Dès le matin, il y eut beaucoup d’animation dans le Roots and Boots, les portes claquent entre ceux qui continuent vers Fisterra ou rejoignent le Portugal, ceux qui vont passer la journée à Santiago et ceux qui quittent le Chemin pour retourner chez eux. Lorsque je prends enfin ma douche, l’eau est devenue fraiche. 

   C’est l’adieu pour certains d’entre nous comme Benjamin. Une belle rencontre se terminant avec émotion. Non seulement nous avons partagé cette dernière chambrée avec les Allemandes, mais pour lui, c’est le retour vers sa mission d’accompagnement des autres, la prêtrise.

 Après le départ de Benjamin, je prends le petit-déjeuner dans le jardin. Il fait frais et pourtant, le ciel est d’un beau bleu. Nous sommes fin août. Sur le lit, un petit mot de Benjamin qui m’a touché. C’est vraiment quelqu’un de bien.

   Vers 9h00, je prends seul la route ne sachant pas encore où je vais m’arrêter. Guy, qui doit aussi se rendre à Fisterra, préfère se reposer au Parador. Je ne me fais pas de souci pour lui. Sportif comme il est, il va me rattraper avant que j’atteigne le bout de mon étape du jour. 

   Le chemin est vallonné pour le moins, c’est le souvenir que j’en ai retenu du parcours de l’an dernier. Il passe par des forêts d'eucalyptus.

   À Sarela de Abaixo, je peux entr'apercevoir la façade et les flèches de la cathédrale. Je vais effectuer ce cheminement très tranquillement en passant notamment par Aguapesada. La côte qui suivit fut l’un des moments les plus rudes l’an dernier[1]. J’avais eu un important coup de barre. Pas cette fois-ci où je double le couple de Serbes rencontré il y a quelques jours avant Melide sur le Camino Primitivo. Je ne l'ai pas aperçu à Santiago. Si l’homme me parait en bonne forme, ce n’est pas le cas de son épouse qui semble souffrir. Nous nous arrêtons un moment pour échanger. Ils me disent qu’ils vont s’arrêter définitivement au bout de cette étape. Je leur souhaite bon courage, et bonne continuation dans leur vie future.

   Je ne vois plus grand monde. Je marche seul jusqu’à A Ponte Maceira, un village typique de granit aux maisons blasonnées, sous un fort soleil. Les jours se suivent et ne se ressemblent pas.

   L’an dernier, j’y avais rejoint Henri, le cuisinier. Je n’ai plus de ses nouvelles. Je profite de mon passage pour admirer le pont médiéval bombé datant du XVe siècle (reconstruit au XVIIIe siècle) passant sur le Rio Tambre et la petite chapelle classique de la Galice (capilla de san Blas – saint Brais). Elle est toujours fermée.

 

[1] Alain Lequien, Carnet de voyage de Vézelay à Saint-Jacques de Compostelle. Tome 1 - 1850 km à pied par la voie de Vézelay et le Camino Frances.  

Ponte Maceira : la croix biface.
Ponte Maceira : la croix biface.
Ponte Maceira : la croix biface.
Ponte Maceira : la croix biface.
Ponte Maceira : la croix biface.

Ponte Maceira : la croix biface.

Et puis, cette fameuse croix biface découverte l’an dernier que j’avais qualifiée un peu trop vite de compagnonnique tant elle me parlait sur ce plan. Or, en y portant attention avec un autre regard, et avec les commentaires d’amis, je comprends qu’il s’agit de la Crucifixion du Christ : les os, la lance et l’écuelle d’eau, l’échelle, le marteau, la pince et les trois clous, le Christ et la Vierge…  Comme quoi, il faut toujours prêter attention à son interprétation. Mea Culpa !

   Direction d’Outeires et Negreira. Il fait de plus en plus chaud. Il est presque 15h00. Fatigué, je décide de m’y arrêter. Lorsque je m’adresse à la cabane de bois de l’office de tourisme, on m’indique que le gite municipal est déjà plein. Il me reste à dormir dans une auberge privée au prix de 12 euros. Cela va, c’est dans mes cordes.     Au centre de la cité, une statue imposante de monsieur Jacques regardant arriver les pèlerins se rendant vers Fisterra. Un peu plus loin, statuaire de deux vaches et d’un veau accompagnés d’une bergère. Toujours ces réalisations de grande stature.  

   Entretemps, Guy m’a appelé pour me dire qu’il avait repris la route. N’ayant pas de nouvelles de lui, je m’attable à l’entrée de la cité en buvant une cerveza. Vers 18h00, je reçois son coup de fil. Il s’est installé dans une pension non loin de là. Nous décidons de diner ensemble.

Negreira : la statue des Emigrants. Negreira : la statue des Emigrants.

Negreira : la statue des Emigrants.

 

  En le rejoignant, je l’emmène voir à la sortie de la ville l’étonnant monument à deux faces réalisé en hommage aux émigrants partis de Galice. Ils furent nombreux à s’éloigner pour trouver du travail et gagner de quoi nourrir leurs familles. Moments de séparation éprouvants, déchirants, bien représentés par l’artiste.  

   Après le diner peregrino, il est l’heure d’aller dormir.

   Je rejoins le gite. Il y a des matelas partout dans la grande salle. Dans la première pièce, des Asiatiques font leur repas. Chacun attend son tour, car elle est encombrée. J’ai bien fait de diner dehors. Bref, beaucoup de mouvements et quelques mécontents.

   Vers 22h00, je dors déjà du sommeil du juste malgré cette courte étape.

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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