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Publié par Alain Lequien

   Huitième étape. Quand je me suis couché, il pleuvait. Niché au fond de ma couette, je priais la divinité pour que cela ne soit pas le cas pour le lendemain. Le réseau téléphonique ne fonctionnant pas, pas moyen d’échanger avec ma chérie pour lui dire combien je doutais soudainement de mon entreprise. Tant mieux peut-être, car elle se serait elle fait du mouron pour rien. Il faut savoir refréner ce que l’on dit dire. Il faut choisir le temps adéquat pour toute chose.

   Je me suis réveillé après un sommeil lourd, avec l’impression d’un poids sur la tête. « Encore un jour de galère en perspective ?» J’ai donc traîné au lit… avec une envie folle d’attendre. Attendre quoi ? Rien. Comme j’apercevais un rayon de soleil à travers les bandes des volets, je me suis dit que peut-être tout n’était pas perdu. Miracle de la nature, il faisait beau.

   J’ai empaqueté rapidement mon sac et pris la route sans attendre. Tant pis pour le petit déjeuner, on verra sur le chemin.  

   Le début du parcours se réalise en route descendante. C’est bon pour le moral. En effet, vu ma galère de la veille, j’ai trouvé raisonnable d’éviter le détour par Cenves pour rejoindre Saint-Jacques-des-Arrêts. Le temps est magnifique, un peu frais. Je découvre une église dont le toit vernissé à la bourguignonne porte une croix de David. Explication ? J’entre dans le département du Rhône, quittant pour la première fois de ce cheminement  mon pays d’accueil, la Bourgogne.    

Après Saint-Mamert, un site clunisien, je rejoins Ouroux. Comme j’ai besoin de caféine, je m’arrête au bistrot du coin. J’y assiste à une scène digne d’un film des années 50’.

   Autour d’une table, deux jeunes hommes et le patron qui m’a servi mon double café taquinent une jeune fille pour qu’elle dise la différence entre un œuf de poule et un œuf de coq. Voyant mon air surpris, le patron me fait un clin d’œil. L’un prétendait que l’œuf de la poule était rond, le second que l’œuf de coq était allongé. Allez y voir une suggestion…

   Du coup, après avoir hésité, la jeune fille qui s’exprimait fortement dit : « Eh ! Les mecs, vous êtes c… ou quoi ? Les coqs ne pondent pas ». Ouf ! Elle s’en sort bien.

   Ce fut que lui fut posée une autre question : « Un œuf tombe entre un coq et un canard. À qui appartient-il ? » Sans hésiter, pas très fute-fute, elle répondit : « Ben, il est mitoyen ».

 

  Éclat de rire général (sauf de moi). Je commençais à être gêné du déroulement de cette scène, mais aussi pour cette jeune fille. J’ai préféré quitter les lieux en lançant un « au revoir » à la volée.

   C’est maintenant la longue montée vers le site de Gros Bois, j’aurais dû y dormir hier au soir. Je longe un grand mur figurant les limites du domaine privé d’un châtelain. Derrière, j’entendais de nombreux chiens aboyer. Je me suis mis à penser à ces hommes d’un autre âge qui entretenaient une meute de chiens pour le plaisir de la chasse. Je ne saurais jamais  si c’était le cas. Peut-être que mon arrêt à Tramayes m’a évité d’entendre ces chiens toute la nuit.

   Le chemin est très bien indiqué. Alors que je gravissais lentement une côte, j’ai entendu progressivement arriver une meute de moto-cross. Je me suis donc mis sur le côté pour les laisser passer. Lorsque la première moto arriva, son conducteur stoppa net près de moi, coupant son moteur. D’un signe, il demanda à ses suivants de faire de même. Le brouhaha mécanique cessa faisant place au silence retrouvé de la forêt. Apercevant ma coquille, mon interlocuteur comprit que j’allais à Compostelle. Il fut surpris d’apprendre que lui et ses amis soient sur le Chemin de Saint-Jacques.  

   J’expliquais comment reconnaitre la coquille stylisée : fond bleu, coquille jaune. Il s’excusa de leur intrusion (j’ai trouvé cela très sympa). Nous fîmes une photo souvenir. En repartant, chacun me fit un petit signe de la main. Je trouve super ce respect mutuel, quel que soit le choix de chacun. Le leur, à l’évidence, c’est le sport mécanique et la prise de risque sur des chemins souvent abimés, le mien, c’est la marche et la réflexion sur les mêmes chemins. Une cohabitation que j’espère au fond de moi limitée.

   À la sortie d’un hameau, je découvre une croix dont le socle porte la coquille. Un peu plus loin, les chemins sont illuminés de nombreuses fleurs, notamment des genêts.

   Arrivée au col de Crie. La vue accueillante de la maison touristique réveilla en moi une forte envie de manger un sandwich. La tenancière m’en fit un gros (très gros même) rempli du fromage local accompagné d’une bière locale. Quand je vous disais que je n’étais pas fermé à autre chose que le vin. J’aime déguster les productions locales, un moyen de découvrir de nouvelles saveurs.

   Nous avons entamé la discussion. Elle m’apprend qu’elle a repris cette maison de pays depuis quelques mois. Elle a fait une partie du Camino, pour sa plus grande joie. Nous échangeons comme le font deux pèlerins même si de temps à autre, notre conversation est entrecoupée pour servir un autre client. Au moment de payer ma note, elle me donne une crêpe au sucre entourée de papier : « Je vous la donne, elle est trop petite pour être vendue. » Une belle façon de faire un geste généreux. 

   Un couple, Marie-Claude et Philippe, s’était installé sur une table voisine. Au moment de partir, nous entamons une conversation rapide, car le temps joue contre moi. J’ai vu, grâce au commentaire de Marie-Claude qu'elle avait regardé mon blog. Merci de vos encouragements, Marie-Claude et Philippe. 

   Il faut reprendre le chemin, car je ne suis pas arrivé. C’est  la montée vers le mont Saint-Rigaud, surnommé « le toit du Rhône ». La pluie fait sa réapparition par intermittence, la température chutant rapidement. Drôle de mois de juin. Je suis obligé de porter en permanence le K-way et de recouvrir le sac de sa protection.

   Dans cette forêt, ce qui prime, c’est l’exploitation forestière qui entraîne l’émergence de chemins défoncés, boueux, remplis d’eau à cause des engins et autres tracteurs. Si parfois on peut marcher sur les côtés, il est parfois incontournable de patauger dans une boue collante à souhait. Pas du tout agréable, mais que peut-on y faire ? Au-dessus de Monsols, c’est la présence des passages pierreux dignes de la moyenne montagne savoyarde. Autant dire que c’est fatigant.

   Je suis alors victime des fléchages inconstants du Chemin. Est-ce la faute des baliseurs ? Est-ce dû à la coupe des arbres ? Toujours est-il qu’il n’existait plus rien de cohérent. La seule possibilité est de suivre les marques rouges et blanches du chemin de grande randonnée (GR). Le risque est de suivre un GR qui n’a rien à voir avec le chemin jacquaire. Au col, alors qu’il pleut à verse, j’ai la chance de croiser une voiture. Son conducteur m’apprend que je dois changer de direction, Propières étant quatre kilomètres plus bas.

   Il est 19h00 à mon arrivée au village. Je descends à la base de loisirs d’Azole. Une demi-heure plus tard, je suis installé dans un gîte confortable (numéro 7) où il n’y a malheureusement aucun minimum pour se restaurer : ni café, thé… rien. Heureusement, il me reste une partie du sandwich. Très rapidement, je mets le chauffage à fond et entre me réchauffer dans mon sac de couchage où je tente de dormir.

   À demain. Alain, Bourguignon la Passion.

 

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