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Publié par Alain Lequien

   Même si le gîte est confortable, j’ai très mal dormi. Longueur de l’étape ? Le fait qu’hier soir je suis arrivé trempé dans la froidure  ou  qu’il n’y ait aucune provision de bouche au gîte ? Certainement un peu tout cela.  

   En me levant vers 7h00, je n’ai qu’une envie : trouver un endroit où prendre un petit-déjeuner consistant. En sortant, je constate que le site est magnifique : deux petits plans d’eau, des emplacements de camping bien propres, un endroit rêvé pour des vacances campagnardes. C’est une réussite. Même sous la pluie et le brouillard.

   En remontant vers Propières, je trouve un café bien nommé : l’arobase. Pourquoi le bien nommé ? Parce qu’il va me permettre de mettre à jour mon blog avec quelques étapes écrites.

   Il n’y a pas grand monde, juste deux personnes en train de regarder un plan, discutant âprement. Il est vrai qu’il est tôt. Après deux heures de présence et trois cafés, j’ai réussi à tout envoyer ce que j’avais en réserve. Je peux reprendre la route, revigoré. Un passage à l’épicerie pour faire tamponner ma crédentiale. La personne est peu accueillante, les fruits onéreux. C’est la vie ! Alors que je remettais mon sac sur mon dos, une vieille personne lui fit une remarque : « Vous servez beaucoup d’étrangers ce matin. » Sans réfléchir, j’ai rétorqué : « Désolé, madame, je suis Français. » Elle se retourna, étonnée. Je lui ai souri avant de sortir. Il existe encore un esprit de clocher qui fait que celui « qui n’est pas du pays » est obligatoirement un étranger.   

   En reprenant la direction des Écharmaux, le brouillard est si épais qu’on ne distingue pas grand-chose de la nature environnante. Arrivée au col où trône un Napoléon ou un soldat napoléonien, je ne peux pas le distinguer nettement. Les chemins se succèdent, alternant des biens entretenus (une belle statue de la Vierge en passant), des montées pierreuses, des chemins boueux, de petites routes goudronnées… C’est ainsi que j’arrive à la Croix bleue. Étonnante. Lorsque je posai la question à mon hôte du soir, il ne m’apporta pas de réponse précise sur celle-ci.

   Toujours des chemins boueux où il est nécessaire de porter attention pour éviter de s’engluer. Alors, vous pensez, avec mes sandales, vous voyez le résultat. Mais quel plaisir lorsque l’on retrouve des chemins où les fleurs pointent comme des points de lumière sur la verdure !

   La tête dans les étoiles peut-être, je perds mon chemin. En discutant avec des baliseurs, ils ne comprennent pas que parfois on ne voit plus les choses les plus simples. On est tout simplement ailleurs, dans nos pensées, dans notre réflexion. C’est peut-être ce qui différencie le marcheur, le randonneur du pèlerin, du cheminant. Si les marques ne sont pas claires, on passe tout simplement à côté.

   Donc perdu, je rejoins une route et tente de héler des voitures qui passent… en fuyant. Je suis peut-être considéré comme un SDF ? Enfin, j’aperçois une voiture arrêtée près d’une maison. En m’approchant, je demande comment rejoindre Le Cergne. « Ah, c’est loin monsieur », me répond la conductrice.

   Sur les conseils de l’homme habitant cette maison, elle accepte de me ramener sur le chemin. Lorsque je monte dans la voiture, elle me lance un peu agressive : « J’espère que je ne fais pas une bêtise en vous emmenant ». Ai-je l’air si affreux que cela ? Elle me demande si l'on peut passer chez elle aller chercher son chien : « Je serais plus rassurée, dit-elle, je l’ai laissé seul depuis ce matin. » Suis-je à ce point dangereux ? Bien sûr, je n’ai pas le choix.

   En route, elle me parle de Dieu, qu’il est en nous. Quand elle me demande pourquoi je suis sur le Chemin de Compostelle, je lui réponds pour la spiritualité. Alors, je déclenche une prébende affirmée du style : « On met tout sous ce terme... Pourquoi faire un pèlerinage puisque Dieu est en nous? … » Il m’arrive souvent d’argumenter, mais dans ce cas précis, je préfère fuir d’autant qu’elle me dit être très proche de la fraternité Emmanuel de Paray-le-Monial.

 

  De nouveau mis sur le Chemin, je passe devant la chapelle Notre-Dame de Fatima. Très étonnante. Mon hôte du soir me raconta qu’elle fut construite par les habitants du Cergne en hommage du retour de tous ceux qui avaient été envoyés en Allemagne durant la Seconde Guerre mondiale. Et le nom ? Le curé aimait bien cette dame de Fatima.

   Je suis maintenant à un kilomètre de la fin de mon étape. En route, je suis interpellé par un vieux couple dont l’homme coupe l’herbe à la faux, à l’ancienne. Ils m’invitent à boire le café. Comme cela semble leur faire plaisir, j’accepte volontiers. J’ai droit aux petits gâteaux et à beaucoup de questions sur le pèlerinage. Au bout d’un quart d’heure, je lève l’ancre pour rejoindre Martine et Philippe qui m’accueillent pour la nuit. La maison est confortable.

   Nous passons une soirée agréable avec la présence partielle de leur fils Lucas. Nous parlons de tout et de rien. Si mes hôtes n’ont pas fait le Chemin – ils sont encore en activités professionnelles -, ils le vivent au travers les témoignages de ceux qui sont accueillis. Philippe me dit à quel point, parfois il ressent être le confessionnal de certains jacquets. Si je devais qualifier Martine et Philippe, je dirais que ce sont des gens authentiques. Authentiques dans la passion de Philippe dans le travail du bois. Authentiques par la nourriture : quasiment tout vient du jardin, Martine allant chercher des plantes fraiches pour me faire une tisane du soir. Authentiques dans les échanges, où les mots justes sont employés sans discours superflu. Belle soirée !

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.   

 

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