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Publié par Alain Lequien

   L’histoire de l’église Saint-Nicolas est intimement liée à celle de la Bourgogne. En effet, le corps du duc Philippe le Hardi y fut déposé le 26 avril 1604. Le duc Jean sans Peur, après la défaite d’Azincourt et la mort de deux de ses frères, y fit célébrer avec magnificence un service funèbre en leur honneur, en présence de toute la noblesse du duché. Il en fut de même, lorsqu’à la mort de son épouse à Gand, Michelle de France, le duc Philippe le Bon fit rendre un grand service pour le repos de son âme. Quant à l’empereur d’Autriche, il vint en 1815 assister à la messe de Pâques.

   Sa construction remonte au XIIe siècle, et elle fut sans doute l’église qui se trouvait près de l’hôpital Saint-Germain qui accueillait les malades et les pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. L’église fut endommagée lors du bombardement du 15 juin 1940 avec la destruction de chapelles, de la flèche du clocher qui brûla et tomba au sol communiquant l’incendie aux boiseries de l’édifice. La tour du clocher fut reconstruite selon les modèles des églises de l’époque de sa construction. Si l’église à l’intérieur très sombre possède de nombreux vitraux, notamment l’arbre de Jessé datant de la Renaissance (1530/1540), ce sont les scènes de la verrière sud, datant du XVIe siècle, qui attirent notre attention de pèlerin de Compostelle.  

Elle raconte l’un des miracles qui seraient dus à saint Jacques le Majeur, frère de saint Jean l’Evangéliste qui fut l’un des trois témoins privilégiés de la Transfiguration, et de son agonie dans le jardin de Gethsémani. Il fut le premier des douze disciples à subir le martyre et périt décapité vers 44 apr. J.-C. En voici l’histoire.

   « Deux époux se rendaient à Compostelle avec leur fils, dont la beauté frappa la fille de l'hôte (ou une servante de l'auberge), au point de lui inspirer une vive passion. Le jeune homme ayant repoussé cette impudente, la tentatrice tourna bientôt en haine son amour méprisé. Elle introduisit un gobelet d'argent dans le paquet de l'adolescent lorsque celui-ci allait partir, et le fit poursuivre comme voleur. Sur cette pièce à conviction, le juge eut bientôt établi sa sentence, et l'innocent fut pendu sans délai. Le père et la mère désolés voulurent, au moins voir le cadavre de leur fils. Quand ils arrivèrent à la potence, le jeune homme les consola lui-même, assurant que saint Dominique de la Calzada soutenait son corps pour empêcher la strangulation (nota : saint Jacques et saint Dominique se superposent). Puis, il les envoya demander au juge qu'il ne maintint pas un arrêt si clairement cassé par le Ciel. Le magistrat, peu disposé à douter de son bourreau, pensa qu'on se moquait de lui. Comme il allait se mettre à table (selon d'autres versions, il prenait déjà son repas), il répondit sans plus d'enquête : « Votre fils est vivant comme ce coq et cette poule qui sont dans le plat (ou à la broche).

« Les oiseaux, prenant la comparaison à leur avantage, se mirent immédiatement à chanter et à battre des ailes. Il n'en fallut pas moins pour impressionner le juge qui, alors, consentit à laisser dépendre son condamné pour admettre un pourvoi trop hautement appuyé, d'autant plus que son dîner se trouvait forcément abrégé par cet accident imprévu. La descendance des deux volailles paya la célébrité de ces ancêtres, car on la plumait pieusement pour répandre parmi les pèlerins le gage de la protection accordée par saint Dominique à ses clients ; et ces plumes se répandirent ainsi dans toute la chrétienté ».

   Depuis lors, un coq et une poule vivants se trouvent toujours dans la cathédrale de San Domingo de la Calzada sur la route de Compostelle. Les vitraux de Saint-Nicolas nous content cette histoire en cinq groupes de trois vitraux, de haut en bas : 

  • Le premier avec cette inscription : « Comment le père et la mère de l’enfant partirent pour aller à Saint-Jacques et demandèrent à loger à l’hôte » ;
  • Le second : « Comment la chambrière mit la tasse dans la mallette de l‘enfant » ;
  • Le troisième : « Comment le père et la mère trouvèrent l’enfant pendu par la justice » ;
  • Le quatrième : « Comment miraculeusement le coq chanta dans l’âtre, par-devant le juge » ;
  • Le cinquième : « Comment l’enfant fut miraculeusement dépendu de la justice ».

L'attribution de ce miracle au patron de l'Espagne n'apparut qu'avec le Livre des miracles de S. Jacques[1]. Depuis l'apparition du livret clunisien, le miracle fait partie du bagage de saint Jacques et rien ne saurait le lui ravir. Grâce au pèlerinage de Saint-Jacques, le pendu rescapé connut une nouvelle popularité. Césaire d'Heisterhach[2] (+ 1240), sans fixer de lieu précis, en fait même bénéficier un pèlerin rhénan. La preuve en est fournie au XIIIe siècle par le Miroir historial de Vincent de Beauvais, au XIVe par Jacques de Voragine dans sa Légende Dorée, au début du XVe (1418) par le seigneur de Caumont dans son Voyage à Saint-Jacques de Compostelle[3].

   Dans cette église, je ne peux m'empêcher de prendre la photo de cette réalisation faite à l'occasion des fêtes de Pâques et de la Pentecôte avec le Golgotha, la mise au tombeau...

   À suivre… Alain, Bourguignon la Passion.

[1] Liber Miraculorum  S. Jacobi.

[2] Césaire d'Heisterhach, Dialogus Miraculorum. 

[3] Cet ouvrage se trouve à la suite des Voyages d’Oultremer du marquis de Lagrange, Paris, 1878.

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