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Publié par Alain Lequien

  Vers 9h00, je quitte Eysines après un solide petit-déjeuner pour me rendre à la gare Saint-Jean. Je mis du temps : mon bus est bloqué près du Jardin Public par une balayeuse prenant tout son temps avec des arrêts fréquents. Étonnant de voir cela dans une ville aussi importante et dans une rue aussi étroite. Enfin, c’est la vie…

   Ce retard va me faire rencontrer un jeune compagnon interpelé par mon bâton de marche et les signes gravés dans le bois. Une première sur le Chemin. Morgan m’annonce qu’il travaille au sein de la Fédération compagnonnique – Compagnons du Tour de France pour devenir compagnon charpentier. Il fait actuellement son Tour de France.  

   Ressemblant à un titi parisien moderne, en plus grand et mieux nourri, portant une casquette de marinier, il se rend chez son patron à Marmande. Comme il attend son train, et que j’ai un peu de temps, nous prenons un café au buffet.

   La parole se libère. Garçon épris de liberté, il a eu une enfance pas très facile. Son but en entrant chez les Compagnons est d’acquérir cette famille qui lui a manqué. Libertaire, il souffre toutefois de la discipline compagnonnique. En contrepartie, il apprécie l’éthique et le respect de l’autre développé au sein de l’organisation. Son souhait, une fois qu’il sera devenu accepté, est de parcourir le monde pour en apprendre davantage. Il a un grand respect des Anciens qui sont pour lui une source d’écoute et de transmission de savoir.

   Comme nous avons la passion commune du trait et de la tradition, nous échangeons sur nos Anciens mythiques. Un vrai moment de bonheur qui passe rapidement. Sans le retard de mon bus, je n’avais aucune chance de le rencontrer.

   Ce qu’il ne sait pas, c’est que sur ce chemin initiatique, ma présence à Bordeaux est aussi de revoir Julien, le fils d’un grand ami. Il assume des responsabilités au sein de sa Fédération compagnonnique, notamment la gestion du Musée des Compagnons du Tour de France. Situé rue Malbec, à quelques centaines de mètres de la gare Saint-Jean, il vaut largement le détour. Moi qui suis malhabile de mes mains, j’ai un très grand respect et une grande admiration pour ces hommes capables de transformer la matière brute pour en faire un chef-d’œuvre plein de symbolisme.

   La rencontre avec les jeunes compagnons ou aspirants m’a permis de ressentir de leur part une grande sérénité qui se lit sur leurs visages souriants. Je dirais une jeunesse très saine. Et que dire de mes échanges avec Julien, un garçon que j’ai connu très jeune, qui aujourd’hui est un homme porteur de nombreuses responsabilités, celui de la transmission du métier, de l’art du trait et des valeurs compagnonniques.

   Nous avons échangé aussi sur l’histoire, notamment la partie méconnue autour de la Seconde Guerre mondiale.  Lors de la visite du musée, j’ai pu admirer la qualité des chefs-d’œuvre sous la férule inspirée de Julien. Et que dire de cette immense réalisation de plusieurs mètres de haut réalisée par cinq compagnons dans le cadre d’une confrontation entre Devoirs ? Sa réalisation permit à ce Devoir de « gagner la ville de Bordeaux » au détriment des autres Devoirs, et d’être ainsi pour une dizaine d’années les seuls représentants du compagnonnage dans la cité. Ce type de confrontation remplaçait les anciennes rixes qui ont émaillé toute son histoire.

   Je demeure toujours impressionné pour ceux que je considère comme l’aristocratie ouvrière. Partageant des valeurs communes sur la rigueur des comportements et du travail, sur le développement et la prise en compte des richesses de l’homme, je ne peux que me sentir proche des Compagnons. Merci à Julien pour sa disponibilité et son apport.   

   Après ces moments riches, il est temps de rejoindre nos anciens à Eysines pour une seconde nuit avant de repartir sur le Chemin.

    À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

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