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Publié par Alain Lequien

 

  Continuant ma préparation pour mon départ en juin 2013 de Dijon à Saint-Jacques (c’est décidé), je voudrais partager avec vous ces quelques moments passés sur les chemins de Bourgogne, à Bligny-sur-Ouche. Il s’agissait pour moi de marcher certes, mais aussi de m’enrichir. J’ai tant de choses à apprendre.

   Levé tard avec un gros mal de tête (c’est fréquent en ce moment), j’ai le plaisir de voir qu’il fait beau. Comme vous le savez, je soigne le mal par une bonne marche. Parti juste après un petit-déjeuner (je décline le déjeuner proposé par mon ange Pauline), j’arrive vers 13h00 à Bligny-sur-Ouche situé dans la vallée de l’Ouche.

   Ce village (étymologiquement provenant de Bel, ou de bhla-n, racine hydronimique[1] indo-européenne) fut la première bourgade construite près de la source de l’Ouche. Les premières traces écrites datent de 879, portant alors le nom de Beligny-sur-Oische.

   En montant de la rue de l’Église, je découvre le musée de chanvre dénommé « Au fil du chanvre ». Située dans une ancienne maison de commune, cette bâtisse du XIVe siècle est unique par sa spécificité. Pourquoi le chanvre ? Sa culture fut importante dans la vallée, l'industrie du tissage du chanvre employant une grande partie de la population jusqu'en 1900 (il existait 80 tisserands en 1850).

   Passage par l’église Saint-Germain d’Auxerre datant du XIe siècle (dans l’enceinte du château), modifiée aux XIIIe et XIVe siècles. À l’intérieur, les représentations de deux chapiteaux attirent mon attention. À cette époque, tout était symbole, peut-être plus qu’aujourd’hui. D’abord, la lèpre. Il existait vers 1200, au lieu-dit « La Chapelle », une léproserie avec une chapelle sous le vocable de saint Antoine. Cette représentation, comme celle du mauvais œil d’ailleurs, se trouve sur le côté nord, le côté de l’ombre frappé de la malédiction. On y retrouve monstres, diables, serpents, péchés de luxure ou d’avarice… Le mauvais œil représente une tête d’homme avec un serpent enroulé autour de son cou, possédant deux têtes.

   Autre richesse de l’église, la confrérie de saint Sébastien dont j’ai conté l’histoire dans mon ouvrage  les Mystères de la Côte d’Or[2].

   Est-ce l’effet de l’église, du temps ? Je n’ai plus mal à la tête. C’est la reprise du chemin. Si le soleil est bien présent, la nuit tombe assez vite en ce début mars. Une bonne grimpette me permit de découvrir, à travers les arbres, le village dans toute son unicité. Après la croix de saint Crépin rénovée en 2010, c’est le passage dans les chemins boueux de la forêt domaniale, complètement défoncés par les traces laissées par les engins forestiers.

   Et… première chute dans une flaque où je m’étale de tout mon long. Bref, je râle sachant que cela ne sert à rien, puis rigole un bon coup. Heureusement, je suis seul, aucune âme qui vive à l’horizon (je ne vais rencontrer personne sur le chemin ce jour-là). Après ce passage difficile, j’arrive près d’une aire de repos pour promeneurs. C’est le moment de grignoter une pomme.

   Reprise du cheminement sur des chemins vierges où la neige est encore bien présente. Et devinez quoi ? Eh oui ! Ma seconde chute sur une plaque de verglas. Ce n’est décidément pas mon jour…    

   J’entends maintenant le bruit lancinant de l’autoroute A6, du lacet de béton comme le nommait Henri Vincenot. Je passe, côté forêt, près de l’aire d’autoroute clôturée (Bligny-la-Forêt).

   Je quitte assez vite cet endroit bruyant en m’enfonçant sous les arbres. Le temps passe, et mon pas devient plus rapide. En passant près d’une ferme, je suis accueilli bruyamment par des volatiles. Attendaient-elles à ce que je les nourrisse ?

   Les kilomètres se déroulent. M’étant trompé de chemin (ah ! Le marquage a disparu ...), je passe par Bessey-en-Chaume. Pour rejoindre Lusigny-sur-Ouche, je n’ai pas d’autre choix que de suivre la route départementale. Heureusement, les bas-côtés sont larges. En passant, je me recueille devant la stèle rappelant que plusieurs résistants FTP (Francs-Tireurs Partisans) de la Seconde Guerre mondiale furent fusillés non loin de là, pour défendre notre liberté et devant la fureur nazie le 30 mars 1944.

   Arrivée enfin à Lusigny-sur-Ouche par de grands virages descendants, protégés par de larges bordures métalliques. À l’entrée du village, je prends le petit raidillon qui me mène à la Vierge noire. Il est 17h30, et le soleil est absent. Il fait frisquet. La montée est éprouvante, et j’arrive à une construction avec sa croix. Une cabote pour se reposer ou manger à l’abri ? Un ancien ermitage ? À étudier.  

  

C’est enfin l’arrivée à la Vierge noire qui surplombe toute cette vallée. Offerte par une habitante au XIXe siècle, elle est censée protéger le village de tous les maux. De nombreuses légendes en expliquent la présence. En voici une parmi tant d'autres : une jeune fille, Barbara, était tombée amoureuse d'un ermite. Se voyant rejetée, la pauvre désespérée se transforma en statue.

   La lumière s’assombrit rapidement maintenant. Par les petits chemins de la forêt, je presse le pas pour rejoindre Bligny. J’arrive à la route alors qu’il fait presque nuit. Au loin, les lumières du village que j’atteins à grands pas. Passant devant l’église éclairée, je ne peux m’empêcher de photographier ce moment tant l’endroit me paraît beau.

   Bien qu’ayant effectué cette dernière partie rapidement, j’ai froid. Les cloches sonnant 19h00, je rejoins ma Mégane. Je regarde la température : elle est négative - 2 degrés. Il est temps de reprendre la route pour Dijon. J’ai parcouru une bonne vingtaine de kilomètres, je suis fatigué, sans plus. Cela augure bien de mon futur cheminement vers Compostelle.

   À suivre… Alain, Bourguignon la Passion.

 

[1] Ce mot indique une relation avec l'eau ou un autre liquide.

[2] Alain Lequien, Les Mystères de Côte d’Or, Editions De Borée.

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