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Débout vers 6 h, petite douche rapide, je me dirige vers la salle commune pour le petit-déjeuner. Étant le premier, je fais le café. Alors que je termine de déjeuner arrive un marcheur au long cours. Nous discutons un peu. En fait, c’est surtout lui qui parle… Il fait le trajet entre le Mont et le Mont-Gargano en Italie. Speed, il s’éloigne rapidement. Ce n’est pas le type de personne que j’apprécie, autocentré, sans véritables échanges. Bon voyage… Arrive un couple de Néerlandais d’une soixantaine d’années, effectuant un circuit en France à vélo. Les rapports humains sont plus sympathiques. Nous échangeons en partie en français, en partie en anglais. Belle rencontre. Je les quitte une demi-heure plus tard, après avoir lavé ma vaisselle. Normal !
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Je quitte le Mont vers 7 h, avec l’intention de m’arrêter dans un centre équestre à Saint-James. Je croise des livreurs de marchandise et des agents de la cité ramassant les déchets. Tout doit être propre avant l’arrivée d’une nouvelle fournée de touristes. Je privilégie le petit chemin de terre en contrebas de la passerelle, prenant plaisir à musarder sur la terre souple. Au passage, des moutons à la chair présalée renommée me regardent passer. En arrivant à la Réserve, trois d’entre eux sont sortis de leur enclos, bêlant à mon passage devant le grillage. Après leur sortie nocturne, ils veulent rejoindre leurs camarades. Je ne peux rien pour vous. Je me revoie faisant le mur à l’armée, à Châteauroux. C’était au siècle dernier…
Par erreur, je me retrouve sur la voie passant par Pontorson. A l’aide du smartphone, je traverse les parkings avant de trouver une route de campagne rejoignant Ardevon. Je passe devant l’ancien prieuré bénédictin qui abritait le domaine agricole de l’abbaye du Mont, puis la résidence de l’abbé. De nos jours, il marcheurs et miquelots y trouvent refuge. Si je reviens, je me promets d’y faire une halte salutaire. Je n’ai parcouru que six kilomètres. La dizaine de kilomètres suivante se déroule sur des routes bitumées sans grand intérêt. Pas très bon pour les muscles. Par une longue montée sous le cagnard, j’arrive à La Croix-Avranchin où je fais halte devant l’église.
Le village initial s'est implanté à l'intersection de deux voies gauloises, puis romaines : l'une, allant des bords du Beuvron aux bords du Couesnon ; l'autre, venant d'Avranches vers Rennes. Selon la tradition, il aurait été la première paroisse locale à être évangélisée. Peut-être l’origine de son nom ? Un autre évènement majeur, la victoire le 30 décembre 1795 des Chouans sur l’armée républicaine qui aurait fait entre 50 et 80 victimes. Une stèle emblématique marque cet évènement.
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Trois kilomètres plus tard, j’arrive dans l’ancienne commune de Saint-Benoît, détourné par des travaux. À sa sortie, je quitte enfin les chemins bitumés pour un chemin creux montant sans apercevoir le polissoir Saint-Benoît annoncé, un bloc de quartz dépassant du sol. Il servait au néolithique à aiguiser les haches de pierre retrouvées. J’avais la tête ailleurs. Je n’ai parcouru qu’une vingtaine de kilomètres, j’ai un coup de fatigue dans la montée… et mon eau est déjà chaude. Mon sac de neuf kilos me pèse, je n'ai pas marché ces derniers temps avec lui.
Au bout de 23 km, j’arrive à Saint-James, portant jadis le nom de Saint-Benoit-de-Beuvron. Au Mont, je prononçais le nom de ce bourg rural à l’anglaise, mais mon hospitalière m’a indiqué que les locaux disent Saint-Jame à la française. Dans une boulangerie, j’achète un sandwich que je mange partiellement sur la place voisine (je n’ai pas trop faim), agrémenté d'une bouteille d’eau fraîche.
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En consultant la carte des lieux, je découvre à Montjoie-Saint-Martin, une petite commune voisine, la présence d’un cimetière de 4 410 tombes de soldats américains tombés au combat lors de la Seconde Guerre mondiale. Le nom du village m’interpelle. En effet, montjoie était le cri poussé par le pèlerin lorsque, se trouvant en haut d’un monticule, il apercevait une référence du pèlerinage. Ici, le Mont-Saint-Michel.
Revigoré, je reprends ma marche pour me rendre au gîte d’étape, la Ferme de La Dierge où je dois dormir ce soir. Elle se trouve en dehors du bourg. En suivant le balisage, je découvre l’église paroissiale censée être l’église de l’ancien prieuré Saint-Jacques. Guillaume le Conquérant l’aurait dédié à Saint Jacques le Majeur, celui des jacquets. Il aurait abrité des reliques dont un doigt de l’apôtre qui aurait été dérobé ? attirant les pèlerins. Étant close, j'aurais aimé la visiter même si elle n'a plus rien à voir avec l’église originale. C’est hélas fréquent. je passe ensuite devant la stèle dédiée à Guillaume le Conquérant, fondateur du château local. Érigée en granit en 1987 à l’occasion du 900e anniversaire de sa mort, elle est entourée de cinq blocs représentant les chevaliers locaux qui l’ont accompagné lors de sa conquête de l’Angleterre en 1066.
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Le temps passe vite, je dois accélérer le pas, il se trouve encore loin. En arrivant, surprise, je ne suis pas attendu. J’ai bon indiquer à l’une des jeunes femmes que j’ai téléphoné, rien n’y fait. « Le dimanche, on ne réponds pas au téléphone », me dit-on. J’argumente : « Vous auriez pu me rappeler ». Réponse : « De toute façon, le gîte est réservé par un groupe, on ne peut pas vous recevoir. Vous n’avez qu’à téléphoner à l’office de tourisme. » Bref, je dois me débrouiller. Mauvais accueil et mauvaise foi. Cela arrive parfois.
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Je repars, dépité par le comportement de ces jeunes personnes qui n’ont rien à faire de ma situation. L’une d’elle m’indique simplement que je peux traverser la ferme (un raccourci) pour rejoindre le balisage. Ce que je fais. Heureusement, j’avais imprimé la liste des hébergements sur le site de l’association bretonne. À plusieurs kilomètres, se trouve le camping à la ferme La Harilais. Je téléphone à Nicolas qui me confirme pouvoir m’accueillir, et mettre une tente à ma disposition.
Fatigué, j’arrive enfin, et peut m’installer. Rien n’est prévu pour manger, je me contente de boire la bière locale qu’il me vend et de finir le sandwich de ce midi. Je suis lessivé. Après une douche bien fraîche, je me couche rapidement, bercé par le bruit de l’eau voisine.
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