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Cette étape est relativement courte, ce qui permet de la réaliser en quelques heures. Le temps est toujours caniculaire, mais comme je dors chez moi ce soir, je vais prendre mon temps. D’autre part, je fais une pause dans mon cheminement sur cette voie, ayant plusieurs engagements littéraires (salons et conférence) à assurer dans les prochains jours, et plusieurs jours de marche programmés sur la voie de Tours avec un ami.
Repartant du château, je traverse le pont de Verdun laissé pour suivre le balisage qui m’amène sur une bande de terre entre le bord de la Maine et le lac du même nom. En me retournant, je peux apercevoir le château-forteresse massif avec à sa gauche les tours de la cathédrale qui paraissent bien minuscules. Une photo s’impose !
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Le chemin caillouteux me va bien, mon rythme n’est pas très rapide. Les cris d’oiseaux sur le lac attirent mon attention. Je tente de prendre quelques clichés, mais la prise de photos avec le smartphone à une certaine distance est peu concluante. Je regrette parfois l’appareil photo…
De l’autre côté de la Maine, je peux entrevoir au travers des branchages, le couvent de la Baumette sur son éperon rocheux. Lorsqu’il se trouvait en Provence, le roi René se recueillait à la Sainte-Baume, la grotte-sanctuaire de Marie-Madeleine. Découvrant dans son Anjou une grotte surplombant la Maine lui ressemblant, il fit édifier vers 1452 un couvent auquel il donna le nom de petite Baume ou Baumette. Rabelais et Joachim du Bellay y firent leurs humanités.
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J’arrive au pont des Américains enjambant la Maine situé entre Pruniers et Sainte-Gemmes-sur-Loire. À l’époque, ce pont ferroviaire portait le nom de Pruniers. Le 8 août 1944, les Allemands ont positionné au milieu du pont un wagon du Petit Anjou (ligne locale de chemin de fer) chargé d’explosifs. Ils veulent leur barrer à tout prix le passage qui leur permettrait de contourner Angers par le sud. Le wagon est sorti du pont.
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Le lendemain, les rails sont arrachés pour permettre le passage des camions et des jeeps. Les Allemands reculent. Le 10 août 1944, Angers est libéré par les troupes du général Patton. La prise du pont permit aux Alliés de gagner six jours sur le calendrier prévu, et d’éviter le bombardement massif de la ville.
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Je me dirige maintenant vers Sainte-Gemmes à travers des chemins herbeux et de terre. À partir du huitième kilomètre, je traverse des zones horticoles et maraîchères. Pourquoi ce nom de Sainte-Gemmes ? Selon la légende, cette sainte célèbre en Aquitaine serait d’origine ibérique. Au IIe siècle, elle se serait donnée au Christ. Préfet de Galice, son père mit tout en œuvre pour ramener sa fille au culte des dieux romains.
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Refusant de se marier à un seigneur, dénoncée comme chrétienne, elle fut jetée dans un cachot noir où on lui fit endurer d’horribles tortures. Condamnée à être brûlée vive, Dieu la préserva de l’action du feu. Alors on lui trancha la tête. Elle avait quinze ans.
En arrivant en face à l’île aux Chevaux, je m’aperçois que la Loire s’est retirée, et que son accès peut alors se réaliser à pied sec.
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C’est ce que font de jeunes gens au loin. Je retrouve la présence du dernier alambic utilisé dans le village. Il est placé dans une cage aux forts barreaux réalisée par Bernard, un membre de notre association jacquaire, qui fut architecte de son état.
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Il en a rédigé un article dans le Compostellan d’Anjou n° 61 de notre association. Comme il le dit lui-même, c’est « une prison douce, métaphore d’un interdit devenu éternel. »
Je continue mon chemin entre le mur de l’hôpital psychiatrique et la Loire, puis la levée de l’Authion jusqu’à l’église de Saint-Aubin à Ponts-de-Cé, terme de mon parcours.
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Il me reste à visiter la petite église discrète construite initialement au début du millénaire précédent, dont il ne reste que quelques éléments. Classée monument historique en 1903 dans sa totalité, elle connut de nombreuses vicissitudes. Elle n’a échappé ni aux crues de la Loire malgré sa construction sur un tertre, ni aux conflits des guerres de Religion ou de la Fronde, ni à la tourmente révolutionnaire en servant de prison temporaire à plusieurs centaines de vendéens, en décembre 1793, ni devenir un magasin à fourrage. Sans oublier le spectaculaire incendie en 1973 dont la restauration se termina en 1984.
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Parmi les peintures murales du XVIe siècle, figure notamment un Portement de Croix ou L’humanité souffrante aidant le Christ à porter sa croix sur plusieurs mètres dans le collatéral. Une représentation trouvée aussi à l’église Saint-Martin de Vertou du Lion-d’Angers.
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Elle a connu une histoire mouvementée : disparition sous un badigeon au XVIIIe siècle, mise à jour en 1847, badigeonnée à nouveau quarante ans plus tard, remise à jour en 1919, restaurée en 1966, puis après l’incendie de 1973. Son état médiocre de conservation ne permet pas de distinguer les quatre personnages se trouvant derrière le Christ (le pauvre, le ladre ou lépreux, le laboureur, le prisonnier si l’on suit le poème du Roi René). Sont identifiables par leurs signes distinctifs, le mal marié, le pèlerin, la veuve, l’orphelin puis suivent quatre moines répartis de chaque côté de la croix démesurément longue.
Pour terminer notre périple du jour, j’ai envie de réciter avec vous le poème intitulé Les Ponts-de-Cé écrit par Louis Aragon dans Les yeux d’Elsa (en hommage à Elsa Triolet), alors qu’il passait en zone libre en 1942.
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