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Publié par Alain Lequien

Alain Lequien

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Ultreïa ! C’est le cri de ralliement et d’encouragement de tous les jacquets du monde. Il est le signe et la force de l’universalité du Chemin. Véritable secret d’échange, il comporte le tout c’est-à-dire l’indicible, ce que l’on ne peut décrire par des mots. En effet, il n’existe pas de mots suffisamment forts pour le décrire. Employer un mot appauvrit son sens et sa valeur.

Beaucoup d’historiens lui ont donné des origines hébraïques, germaniques, grecques, latin, vieux français… Ce que l’on sait, c’est que le mot est apparu dans les écrits cléricaux vers le XIe siècle. Il figure plusieurs fois dans le Codex Calixtinus datant de 1140, notamment dans la quatrième strophe du poème Alléluia in greco où l’on peut lire : « Herru Sanctiagu / Gott Sanctiagu / E Ultreia, e suseia / Deus aia nos ».   On peut le traduire ainsi par : « Monseigneur saint Jacques / Bon saint Jacques / allons plus loin, plus haut / Dieu nous aide. »

Ainsi, Ultreiä signifie plus loin. C’est la première vision du Chemin, celle de l’horizontalité. Tous les matins, le jacquet se lève pour continuer son cheminement dans l’espace. Il se lève quels que soit le temps, l’heure, la fatigue… pour aller vers ce but qui n’est qu’un point de passage dans sa vie d’être humain. C’est aller plus loin, c’est-à-dire quitter son confort, quitter ce qui est devenu son passé, progresser à la découverte du monde et s’ouvrir aux autres. Le pèlerin, le cheminant est une femme ou un homme en marche vers son destin. Il va progressivement abandonner sur la route ses habitudes, ses préjugés, tout ce qui l’encombre et des futilités pour se recentrer vers l’essentiel qui forme ses valeurs. Valeurs qui vont lui permettre de développer sa propre éthique de vie loin de la morale convenue. Lorsqu’il arrivera à Fistera, au Cap Finisterre, au bout de la terre, il pourra brûler son vêtement le plus cher à son cœur. Pourquoi ? Parce qu’il porte tout ce qui a été remis en cause au cours du Chemin, tout ce que tu as abandonné et qui représente « le vieil homme » dont il faut se défaire. A partir de là, il y a renaissance d’un être humain nouveau prêt à changer pour être plus vrai. Un être humain qui se rapproche de l’Autre, son frère en humanité.  

C’est un Chemin fort car le jacquet met ses pas dans celui des millions d’êtres humains qui le parcourent depuis douze siècles. Cela ne peut laisser indifférent. 

Car, vous l’avez compris mes amis, ce Chemin est surtout celui de la fraternité où race, religion, statut social, célébrité, argent, pouvoir… s’effacent. Nous sommes dans cette égalité parfaite face aux joies et aux difficultés qui laisse à chacun la responsabilité de redevenir ce qu’il est intrinsèquement au fond de lui-même comme l’enfant qu’il était à sa naissance.        

Il serait dommage dans un tel voyage de rester uniquement dans l’horizontalité des choses. Aussi, il existe une seconde vision complémentaire à mes yeux, celle de la verticalité. 

E Suseïa ! Ce mot que l’on peut traduire par plus haut, toujours plus haut  représente cette élévation vers la spiritualité. Nous sommes ici dans l’essence des choses. Certains pèlerins y mettent la satisfaction d’un besoin religieux, d’autres une spiritualité laïque. Quel que soit l’intime des croyances de chacun, ce qui est important c’est la tolérance d’accepter ces différences qui nous enrichissent mutuellement.

Bien au-dessus des soucis de la vie matérielle s’ouvre pour le pèlerin ou le cheminant le vaste domaine de la spiritualité auquel il ne peut échapper. Si la vision horizontale l’amène vers son frère en humanité, la vision verticale l’amène vers cet indicible qu’il ne peut décrire. Peu à peu, l’épais bandeau qui l’empêche de voir lui fait découvrir cet autre chose qui concerne sa construction intérieure et cette Lumière qu’il porte au fond de lui-même. Cette lumière d’Amour qu’il lui faut découvrir et entretenir.

Cette verticalité du Nadir au Zénith, c’est aussi la relation entre le microcosme de l’homme au macrocosme de l’Univers, des Univers. Le bourdon du pèlerin, le bâton du marcheur le représente de façon physique.

Ainsi, Ultreïa et Suseïa se complètent harmonieusement en formant la Croix. Symbole universel et commun à de nombreuses traditions, il faut dépasser sa vision purement christique. Elle figure l’Homme universel à la fois dans sa dimension humaine et quotidienne et dans ses possibilités spirituelles.    

A l’intersection des deux, nous trouvons l’essence du pèlerin, du cheminant. Celle de l’amour universel, celle de la paix retrouvé, celle permettant de se recentrer sur l’essentiel. Sa représentation symbolique est la rose, la rose mystique qui éclaire de sa beauté une vie meilleure pour tous.

 Alain Lequien dit Bourguignon la Passion.

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