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Compagnon-charpentier-du-tour-de-Fran-ce-et-sa-canne-en-ten Depuis longtemps, j’avais envie de réaliser ce long pèlerinage comme le pèlerin d’antan. J’ignorais alors si je serais romier en allant à Rome, paumier en me dirigeant vers Jérusalem ou jacquet en me rendant à Saint-Jacques de Compostelle.

Ce pèlerinage mi-chrétien, mi-compagnonnique représente pour moi une suite logique de mon périple effectué durant plusieurs mois au cours de l’année 1965, en compagnie de mon ami Romém, Rom comme je le surnommais. J’étais alors à l’aube de mes seize ans, et, orphelin, avec un tuteur venant encaisser mon maigre salaire d’apprenti, je pensais à juste titre que le monde était à conquérir par mes propres moyens. Je n’étais pas né avec une cuiller en argent dans ma bouche, donc tout ne dépendait que de moi. Ce long voyage que  nous devions entreprendre ensemble devait nous mener en Israël, avec l’espoir de commencer une nouvelle vie en travaillant dans un kibboutz. Si Rom effectuait ce voyage par engagement religieux, il n’en était pas de moi, le « goï » dont le but, vous l’avez compris, était de changer du quotidien qui m'insupportait et pour fuir un avenir que j’entrevoyais sans issue. Le destin - ou la malchance - voulut que ce voyage soit interrompu par notre arrestation et notre emprisonnement en Turquie, suivie d’une expulsion et d’un rapatriement en France. Moment difficile mais formateur pour celui qui veut simplement vivre sa vie et non survivre à ce qu'on lui impose. Notre vie en aurait été certainement bouleversée.

Mais point de regrets car il ne sert à rien de ne vivre que de regrets sinon celui peut-être d’avoir perdu la trace de cet ami d’adolescence à la suite de la décision de ses parents de nous éloigner. Comme si j’avais été coupable de la décision de leur fils qui refusait de devenir avocat comme son père. Avec du recul, je n’ai aucune culpabilité. Il en est ainsi parfois des destinées qui s’entrecroisent et se perdent dans les tréfonds des souvenirs. Certains d’entre eux, issus de cette courte période de quelques mois où tout aurait pu basculer, remontent à mon esprit. La vie continue, et j’ai fini par rencontrer Pauline avec qui je partage avec amour ma vie depuis quarante-trois ans. Trois garçons vont naître de notre union : Cédric, Yannick et Frédéric qui à leur tour nous donneront des petits-enfants. Ainsi va le cycle perpétuel de la vie, dans la longue chaîne ininterrompue de l’humanité.   

DSCF0009.jpgSi cet éloignement vers Jérusalem n’était pas un pèlerinage en soi, il a déclenché en moi un manque que j’ai porté durant des décennies. La vie trépidante ne m’en a pas laissé le temps. Le temps de la retraite active étant venu, il me fallait remédier à cet acte manqué pour ne pas en avoir des regrets. Ce ne sera pas Jérusalem d’où j’aurais pu ramener une palme de la Terre Sainte. Ce ne sera pas Rome pour aller prier sur la tombe des Apôtres. Ce sera Saint-Jacques de Compostelle, en hommage à mon Frère Jean Brun, qui lors des années 1986/1987, alors que nous fréquentions Gustave Mesureur, m’avait fait découvrir Saint-Jacques de la Boucherie, le lieu mythique du départ du chemin vers la Galice. Ardent défenseur de cette tour se trouvant alors en mauvais état, il avait lutté pendant de nombreuses années pour lui redonner force et vigueur. Lors de nos échanges fructueux, il avait initié mes premiers pas à la recherche de la pierre philosophale où, derrière ces portes secrètes, l’alchimiste à l’instar de Nicolas Flamel, recherchait parfois la matière aurifère, parfois le sens profond de la vie humaine. Hélas, emporté dans les souffrances de la gueuse, Jean a rejoint l’Orient éternel et n’a pas pu voir grandir la graine qu’il avait semée en moi, et qui, progressivement, m’a amené à une longue réflexion introspective. Où que tu sois Jean, je ne t’oublierais jamais. Tu étais et demeure mon maître dans mon engagement. Comme je le dis parfois toujours avec émotion, « le tombeau des morts réside dans le cœur des vivants ».  

   Ainsi donc, muni de cet engagement par rapport à moi-même, il me faut désormais passer de l’intention à l’action. Devenu Bourguignon la Passion, il est de mon devoir de prendre la direction de Saint-Jacques, puis de me rendre à Cabo Fisterra, le bout de la terre, pour y ramener la coquille. Ce n’st pas pour l’exposer comme un trophée, mais tout simplement pour me rappeler, ainsi qu’à ceux que j’aime, que ce qui compte, ce n’est pas d’atteindre le but, mais d’effectuer le cheminement pour y parvenir. Et ce pèlerinage spirituel, mélangeant foi chrétienne et engagement compagnonnique, je tiens à le vivre intensément avec simplicité, humilité, introspection dans une spiritualité laïque dégagée de tout dogmatisme. Je veux rester un esprit libre prêt à accueillir et à m’enrichir de toutes les différences, avec tolérance, foi, charité et espérance pour apporter ma petite pierre vers un avenir d’un monde meilleur. L’avenir ne s’attend pas béatement, il se construit avec progressivité, étape par étape, marche par marche, pierre par pierre en n’intégrant que ce qui est le meilleur en nous.  

   Un pèlerinage, c’est vivre une expérience spirituelle permettant de réfléchir sereinement dans le silence du compagnon, juste couvert par le bruit des oiseaux, des animaux, mais aussi celui de mes pas et de mon bourdon rythmant ma marche sur le sol. De temps à autre, un petit bonjour, un sourire aux personnes croisées ou rencontrées sans véritablement s’étendre. Il est important de partager ces regards car ils sont le reflet de nos cœurs. De temps à autre, la fatigue ou l’essoufflement d’une montée un peu difficile m’amènera à effectuer une halte bienvenue. Ce sera l’occasion de prendre un peu d’eau pour se désaltérer, ou de manger un fruit. Le soir, si l’occasion en est donnée, il y aura les échanges avec d’autres pèlerins, ou avec les hôtes qui reçoivent. S’il n’y a pas d’accueil de pèlerins, ce qui est vrai sur la première partie du chemin, ce sera le silence de la solitude sous la tente, enveloppé dans le sac de couchage. Simplicité je vous dis, à l’instar de nos anciens. Un pèlerinage n’est pas une course, ni du tourisme en passant d’hôtel en hôtel avec un lit moelleux, ni un parcours œnologique ou gastronomique. Être seul ne me gêne pas car au fil du temps, je suis devenu plus solitaire, m’ennuyant des choses qui pourtant passionnent parfois de nombreux profanes. C’est ainsi, et il ne faut pas faire semblant. On peut très bien vivre ainsi dans le monde, car je me vois mal ermite.  

   Si la vie m’a fait rencontrer des compagnons formidables avec qui je suis souvent en symbiose, cela n’est pas toujours vrai. Pas très éloigné de mon départ terrestre, j’ai envie de prendre de la distance avec le bruit assourdissant de la vie quotidienne, des petites phrases débiles des gamins de la télé réalité, des politiciens promettant tout et son contraire, loin de ces « pisse-froids » qui vous plombent la vie, de ces orgueilleux qui croient fortement tout savoir et vous écrasent de leur accumulation de savoirs qu’ils nomment connaissances. Ah, s’ils savaient que la Connaissance, c’est vraiment bien autre chose.

  Aussi, cet ouvrage faisant suite à de nombreux autres sur les mystères régionaux, sur ma réflexion personnelle en loge symbolique, se veut plus personnel, plus dans l’échange avec ceux que j’aime, avec ceux qui voudront bien m’accompagner dans mes envies, mes doutes, mes choix, mes manques de courage, en fait partager mon vécu en acceptant, comme je le fais pour eux, mes défauts et mes quelques qualités d’homme.

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