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Publié par Alain Lequien

   Après le petit-déjeuner, je suis le premier à quitter la ferme. J’ai relativement bien dormi malgré les ronflements d’un voisin de chambrée. C’est toujours la difficulté lorsque l’on dort en gîte. Alain, notre hôte, est déjà au travail. Chacun sait qu’il en est toujours ainsi dans une ferme, il faut se lever tôt pour le travail quotidien. Je le vois déambuler sur son tracteur et nous nous envoyons un grand bonjour de la main.

   Le village fortifié de Larressingle est l’un des plus Beaux Villages de France.

Datant du XIIIe siècle, surnommé la petite Carcassonne du Gers, il possède un ancien château fort appartenant aux évêques de Condom et une église romane fortifiée. Je n’ai pas pris le temps de le visiter. Encore dommage, avec du recul.

   Je commence mon cheminement par une grande descente goudronnée sillonnant au travers d’une forêt de feuillus. Le temps est un peu gris, et j’ai préféré conserver mon k-way pour ne pas attraper froid.

 

  J’arrive au pont roman de Lartigues, un bel ouvrage aux quatre arches inégales qui permet de franchir l’Osse, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il serait situé à environ mille kilomètres de Santiago. D’après les sources historiques, le propriétaire éloigné en était le diocèse de Compostelle. En 1254, il en fit don aux Chevaliers de Saint-Jacques de L’Épée rouge, un ordre de Santiago. Celui-ci installa une commanderie, un hôpital, une église Notre-Dame, dont rien ne subsiste aujourd'hui.

   J’y rencontre un homme plus âgé que moi qui me semble un peu excité. Avec son épouse, il voyage en camping-car. Quelques minutes avant mon arrivée, celle-ci l’a déposé à cet endroit. Il doit la rejoindre en marchant à pied jusqu’à Montréal du Gers.

   Personnellement, je ne suivrais pas ce chemin, j’ai choisi la variante allant à Eauze. En effet, même si j’ai bien dormi, je sens que la dure étape d’hier a laissé des traces. Je n’oublie pas non plus les moustiques encore bien présents. Quant à ma jambe, si pour l’instant elle ne me fait pas mal, elle est gonflée. Et cela m’inquiète un peu…

   Notre homme, d’un pas alerte, n’a aucun mal à me lâcher. Mais, je m’en fiche, je ne cours pas.

   Je traverse de nombreux champs bien verts avant de rejoindre une route départementale en direction de la Tour de Lamothe. Un long cheminement sur une route goudronnée. Pas très cool…

   J’ai un doute sur ma destination. Un couple de Toulousains en vacances, après m’avoir offert un jus d’orange bien frais, regarde sur leur GPS. Ils ne peuvent pas me confirmer que je suis sur la bonne route. En effet, de nombreux lieux du département portent ce nom. En fait, je vais découvrir que c’est un lieu-dit. Un couple de pèlerins passant à ce moment-là, je leur emprunte le pas.

   J’arrive enfin à la Tour de Lamothe, une tour de guet médiévale composée de cinq niveaux dont la base aveugle servait de réserve ou de grenier à grain. Le dernier étage permettait de surveiller la région à 360 degrés.

   Le gîte local (j’ai soif !) étant fermé, j’emprunte l’ancienne voie ferrée qui va me mener à Eauze. Le parcours ombragé me va bien. En chemin, je double le couple de pèlerins. Il s’avère que ce sont des Parisiens, et qu’ils sont exténués. Comme moi d’ailleurs, je traîne la patte comme on dit. Il est vrai que le soleil, malgré l’ombre, est très présent. Il fait très chaud. Je rencontre aussi d’étranges animaux dont l’un possède la tête d’un célèbre personnage de la Guerre des Étoiles. Devinez lequel…

   L’arrivée à Eauze est pénible, en plein cagnard. Je fais un détour au Centre Leclerc du coin pour acheter deux bouteilles de Coca frais (bouteilles de cinquante centilitres). Il faut bien cela au minimum pour me désaltérer.

   Je visite l’église qui se révèle être une ancienne cathédrale dédiée à Saint-Luperc, un évêque du lieu, martyr au IIIe siècle de notre ère. Un inconnu pour moi, et peut-être pour vous ? De style gothique au clocher octogonal, elle fut construite avec des pierres provenant de ruines romaines environnantes. Ce que j’ai beaucoup apprécié, ce sont les belles fresques murales peintes situées derrière l’autel, entourées de vitraux.

   À l’office de tourisme, je profite du wifi gratuit et de la fraicheur pour envoyer un article sur mon blog. Puis je reprends la route vers Nogaro pour me rendre chez Antoine le Pèlerin, un citoyen belge installé au Chalet du Bonheur[1], une célébrité du chemin du Puy. Le marquage sur les trottoirs d’Eauze est d’une grande beauté. Bravo !

    En route, je rencontre Rosine, la jeune femme pèlerine hospitalisée en urgence à la suite des piqures de moustiques à Lectoure. Elle a dû subir un traitement de choc à base de cortisone. Jean-Claude m’avait parlé d’elle.

   « Radio Camino » en parle.  C’est d’ailleurs amusant la manière dont se transmettent les informations propres du Chemin. Tout est colporté par les pèlerins, mais aussi par les hospitaliers. Il n’y a pas qu’une chaîne de solidarité, il y a aussi celle des petites histoires au quotidien. C’est ainsi que des surnoms sont donnés aux uns et aux autres. Moi, c’est Alain l’écrivain, ou Le pote du nouveau Ramzi (voir le film Saint-Jacques La Mecque).

   Quant à Rosine, c’est celle qui va permettre de fermer ce passage, peut-être ? Nous faisons route ensemble. En passant devant une maison, une vieille dame nous invite à boire de l’eau fraiche. Avec cette chaleur, nous acceptons sans détour. Sa petite fille, Marie-Lou, avec une grande gentillesse, nous offre un dessin. C’est mignon et touchant.

   Quelques kilomètres plus loin, alors que Rosine se rend au gîte municipal, je quitte la voie du Puy pour rejoindre mon accueil du jour. Accueil chaleureux d’Antoine qui me met tout de suite à l’aise. J’y rencontre un ressortissant québécois et une jeune femme française. Celle-ci me reconnait immédiatement : nous avons participé ensemble à la bénédiction au Puy en compagnie de Djam. Cela fait presque un mois et demi. Elle me demande de ses nouvelles. N’en ayant pas depuis Condom, je ne m’étends pas sur la question.

   La soirée fut sympathique, chacun mettant la main à la pâte pour préparer le diner. Le repas à base de cuisses de canard fut excellent. Le thème principal de nos échanges philosophiques tourna autour du bonheur, chacun devant essayer d’en donner la définition. La mienne fut simple et sans ambigüité : aimer et être aimé.

   Après le repas, Antoine me proposa un massage décontractant de ma jambe enflée. Hélas pour moi, le résultat ne fut pas très positif. Une douleur de plus en plus vive est maintenant apparue à mi- genoux. Fatigués, nous allons dormir… dans son camping-car pendant qu’Antoine dort sous l’avancée du chalet. En effet, notre hôte retraité est un grand voyageur, et il passe beaucoup de temps en déplacement. 

   À demain - Alain, Bourguignon la Passion.

 

[1] Quelques jours plus tard, je recevrais un message de sa sœur m’indiquant que nous fûmes ses derniers visiteurs avant de passer à l’Orient éternel. Salut l’artiste !

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Christine Antoine 07/09/2015 11:24

Par hasard,je tombe sur cet article. Je suis la soeur d' Antoine et celui-ci est décédé dansl'avancée de son chalet dans sonlit pliant le dimanche 10 aout 2015.
Bien à vous