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Publié par Alain Lequien

 

  Cette septième étape, je l’espérais plus longue. En fait, j’ai ressenti rapidement un vide d’énergie immense. Cela n’a naturellement rien à voir après l’accueil généreux de Liliane et Jean-Louis.  

   Non, tout simplement, la machine physique que représente mon corps ne voulait pas suivre comme si elle me disait : « Mec, que fais-tu ? Pourquoi me bouscules-tu ainsi alors que tu m’avais habitué ces derniers temps à te prélasser ? Eh bien ! Pour te prouver que c’est moi le maître, je vais t’empêcher de choisir ton rythme… »

   Cela vous paraît peut-être idiot de faire parler son corps, mais je pense que celui-ci réagit ainsi lorsque le mental ne se trouve pas à la hauteur pour lui dire : « Eh, corps, bouge-toi, tu as ce qu'il faut pour te dépasser. » J’ai connu des situations semblables lorsque je courais des marathons ou des courses de montagne.

   Plus prosaïquement, bien que ma jambe enflée ait meilleure mine, peut-être qu’effectivement j’ai été piqué par et que les traces de venin sont encore dans mon corps. J’avoue humblement que j’aimerais cette explication qui me dédommagerait de mon manque de mental !

   Pourtant, tout avait bien commencé : petit-déjeuner copieux, short recousu par Liliane, linge propre, provisions de route sous forme d’une cuisse restante de la veille, gâteau et pain maison. Bref, tout pour un bon voyage. 

   Lors de mon départ, mes amis étaient sur le bord de la route à me faire la levée, la sortie jusqu’au virage qui m’éloignait de leur vue. Un dernier au revoir avec le bâton levé, mes couleurs rouge et blanche flottant au vent sous le soleil déjà présent.

   La traversée de Sainte-Cécile est facile, le chemin bien indiqué. Puis, c’est une longue grimpette. Un vieux monsieur en voiture s’arrête et me lance un « Grand bravo, c’est par-là. ». Puis, c’est une succession de chemins de forêt, agréable. Alors, tout allait bien.

   Ma première rencontre fut un groupe d’une vingtaine de personnes s’entraînant à la marche nordique, avec une professeure un peu raide. Très impressionnante, elle criait : « Plus haut, Jean, lève les pieds, Christiane, ton dos en arrière… » Certains profitèrent de ma présence pour s’arrêter, une bonne excuse pour lever le pied. Ce ne fut pas du goût de la professeure qui s’approcha car, à l’évidence, je perturbais son groupe.

Un peu moqueur je vous l’avoue, je me suis mis au garde-à-vous en disant : « Bien mon capitaine ! ». Beaucoup rirent, mais elle n’en eut cure. Elle repartit et je pus discuter avec trois personnes pendant quelques minutes. Puis, elles partirent rejoindre le groupe. 

   Par moment, la forêt s’éloigne faisant place aux herbages. Dans une petite montée, je suis rejoint par mon pèlerin du jour, Jean-Yves, qui effectue le Chemin de Vézelay à Assise, avec l’intention de s’arrêter cette année sur les contreforts des Alpes. Plus rapide que moi, au bout d’une dizaine de minutes il repart me laissant littéralement sur place.

   Je passe en surplomb du lac de Saint-Point, une bien belle vision. Il est temps de reprendre des forces. L’arrêt en pleine forêt au pied d’un arbre est le bienvenu. J’avale avec avidité la cuisse de pintade, du gâteau. Et hop ! Il est temps de repartir. Rapidement, je sens mes jambes flageoler. J’ai du mal à me remettre debout. Mais, il faut y aller. Je n’ai pas le choix quitte à raccourcir l’étape. Ma marche devient plus lente, m’arrêtant souvent pour reprendre courage. Je bois beaucoup d’eau, donc ce n’est pas un problème de déshydratation d’autant que je n’ai pas de crampes. Bref, un vrai passage à vide.

  Enfin, j’aperçois Tramayes au loin. Cela me redonne du courage. Il est 14h00 lorsque j’arrive à l’office du tourisme. Il est fermé, une affiche indiquant le téléphone réservé aux pèlerins pour loger au gîte communal. Contactée, Monique arrive. Elle m’accompagne au local qui m’accueille. S’il est sommaire, il est le bienvenu. La contribution est donativo, c’est-à-dire que l’on donne ce que l’on veut. L’accueil est si cordial que Monique ouvrira l’office de tourisme pour envoyer une mise à jour du blog. Sans succès ! Devant mon désarroi, elle me proposa de le faire de son domicile. Toujours sans succès. C’est alors que je vous ai passé ce message : « Mes amis, ne vous inquiétez pas… » (Voir plus loin.)

   Merci à Monique, mais aussi à l’état d’esprit des habitants de ce village : la coiffeuse en face de l’office, la personne tenant l’épicerie, celle ne vendant que des légumes… toutes ont véritablement l’esprit d’accueil et de service. Une telle unanimité est si rare.

   Je vais passer la fin de journée à me reposer. Dans la soirée, alors que je somnolais, un violent orage va perturber mon repos. L’eau tombait fortement et je me suis dit que demain serait galère. Si physiquement ce ne fut pas un grand jour, moralement, j’ai pu reprendre le dessus à cette étape.

   À demain. Alain, Bourguignon la Passion.

 

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